Olivier Berruyer est un des blogueurs de référence en matière
d’économie. Son blog, Les crises, est une source inépuisable
de données et de faits qui permettent de faire progresser la réflexion. Dans
son dernier livre, il propose son analyse globale de la crise. Indispensable.
Vers la fin de la croissance ?
Dans son premier chapitre, il commence par un graphique inquiétant qui
montre la baisse régulière de la croissance du PIB par habitant, passée de 4,8%
par an dans les années 1960 à seulement 0,6% dans les années 2000. Il commence
par détailler précisément la méthodologie de calcul du PIB pour en souligner
toutes les limites. Il souligne le rôle majeur joué par la croissance de la
productivité pour créer de la richesse en rappelant que l’industrie et
l’agriculture sont les secteurs où ces gains de productivité sont historiquement
les plus forts, représentant encore 50% des gains globaux (mais 15% du PIB
seulement). Depuis 1950, la productivité de l’agriculture a ainsi été
multipliée par 31, celle de l’industrie par 14 contre seulement 5 pour les
services marchants et 3,2 pour la construction.
Il détaille aussi le problème des ressources énergétiques et note que
l’efficacité énergétique, qui s’est fortement améliorée dans les années 1980 et
1990, stagne depuis. Il rappelle que l’envolée des prix depuis le tournant du
siècle est bien supérieure à la croissance du PIB (+100 à 250%) : le prix
du fer a quadruplé en 10 ans, celui du plomb et du cuivre a été multiplié par
5 ! Il rappelle que selon le Global Footprint Network, nous consommons
156% des capacités annuelles à notre disposition (contre 58% en 1961), que nous
avons doublé la concentration en CO2 de l’atmosphère, dont Lyndon Johnson avait
déjà conscience du problème, et que 97% des climatologues valident la
thèse du réchauffement climatique.
Pour lui, « la croissance ne
peut physiquement pas être durable » et prend exemple sur le Japon, dont
le PIB a atteint un pic en 1996. Il soutient que « tout concourt désormais à une croissance
faible ». Il est favorable à une diminution du temps de travail, moyen
pour lui de réduire le chômage, même s’il note que tout se complique « si les entreprises sont en concurrence
mondialisée avec des pays à temps de travail et croissance plus élevés ».
Il note que notre temps de travail effectif moyen, le plus élevé du monde
pendant les trente glorieuses (43h hebdomadaire), est tombé à 30h, la moyenne
européenne, contre 34h au Japon et aux Etats-Unis. Il souligne que nous avons
perdu 56% de nos emplois industriels depuis 1973 et 90% de nos emplois
agricoles depuis 1950.
Il dénonce « le
drame du chômage » et souligne qu’en réalité, nous avons plus de 5
millions de demandeurs d’emplois. Il note que près de 20% des salariés non
agricoles sont demandeurs d’emplois, un niveau historiquement extrêmement
élevé. Après retraitement de l’indice du chômage aux Etats-Unis, il arrive à la
conclusion que le taux de chômage, au lieu d’être à 8%, dépasse 11% et qu’au
sens large, en prenant en compte les personnes découragées, il est proche de
18% (et non sous les 15%). D’ailleurs, il montre que le nombre de personnes
bénéficiant de bons d’aide alimentaire continue à augmenter et dépasse les 46
millions, contre 26 avant la crise…
L’explosion des inégalités