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vendredi 27 octobre 2017

jeudi 24 mars 2016

Cash Investigation : le plaidoyer de France 2 pour les frontières

Mardi soir, la très recommandable émission d'Elise Lucet, Cash Investigation, était consacrée aux salariées à prix cassé. Même si on pouvait noter quelques lacunes (la concentration sur les fraudeurs, oubliant trop souvent la concurrence déloyale des travailleurs détachés légaux), il est heureux qu'une émission de grande écoute sensibilise l'opinion aux dérives de notre monde sans frontières. Et ce faisant, l'émission était aussi un véritable plaidoyer pour les frontières.



Le laisser-passer, plus dangereux que les fraudeurs

lundi 23 février 2015

L’intox du gouvernement sur les travailleurs détachés



La chienlit grandit

Le graphique du Monde est extrêmement parlant : le nombre de travailleurs détachés déclarés augmente de manière constante depuis 2005. Il est passé de trente à deux cent trente mille, une multiplication par sept ! Il est malheureusement évident que l’immense majorité de ces travailleurs détachés ont pris un emploi à des français, qui coûtent bien plus cher que des étrangers. Non seulement ils paient les cotisations sociales de leur pays d’origine, souvent bien moins élevées qu’en France, mais en plus, un SMIC français peut paraître très attrayant pour des personnes venant de pays où le salaire minimum est beaucoup plus bas, créant une distorsion pour les emplois normalement payés davantage.

Pire, le nombre de jours déclarés augmente encore plus vite que le nombre d’employés déclarés, puisqu’il a progressé de 31% en 2014, après une hausse de 30% en 2013, soit une hausse de 70% en deux ans ! Sans surprise, les Polonais sont la première nationalité, avec près de 40 000 personnes, devant les Portugais (34 500) et les Roumains (27 000). Pire, comme l’avait souligné un rapport du Sénat, ces chiffres ne prennent pas en compte les travailleurs détachés non déclarés, ce qui doublerait leur nombre réel, qui approcherait en réalité plutôt un demi-million de personnes ! D’ailleurs, les fraudes augmentent, avec notamment des salaires inférieurs au SMIC et des durées de travail dépassées.

Simulacre de réactions


mercredi 23 avril 2014

Cabotage : la course au moins-disant social en Europe (billet invité)


Billet invité de Matias Kévin


Définition 

Le cabotage consiste à quitter un pays avec un véhicule et à charger puis à décharger, à plusieurs reprises, dans un pays frontalier, avec retour obligatoire au pays d'origine. A l'issue du déchargement international, la réglementation impose aux transporteurs de ne pas excéder trois opérations de chargement puis de déchargement sur le sol national.

Le cabotage en France et en Europe 

Le cabotage est régi par la loi du 08 décembre 2009 relative à l'organisation des transports. La France est le pays le plus « caboté » en Europe soit 1/3 du cabotage total. Depuis le 1er janvier 2012, il est ouvert à la Roumanie et à la Bulgarie.

Concurrence déloyale 

jeudi 17 avril 2014

L’attaque révoltante et rétrograde du Medef sur le niveau du SMIC


Par une sinistre ironie de l’histoire, alors même que l’ancienne SEITA vient de décider de fermer une usine française pour délocaliser sa production en Pologne (où les salaires sont cinq fois plus bas), Pierre Gattaz, patron du Medef, prend la suite de Pascal Lamy pour réclamer la création d’emplois payés moins que le SMIC. Une attitude révélatrice de notre époque.


De l’ultra-libéralisme culturel, ou le règne du chacun pour soi

Il est tout de même totalement incroyable que le patron du Medef, Pierre Gataz, ne se soit pas rendu compte qu’il est profondément indécent de demander une baisse du SMIC, d’autant plus que les déclarations dans ce sens du « camarade socialiste » Pascal Lamy il y a quelques jours avaient déclenché une forte colère dans le pays. Comment peut-il demander cela alors que le pouvoir d’achat de la population (et notamment des classes populaires) baisse et que les revenus et la richesse des plus grandes fortunes ne cessent d’augmenter ? Alors que tout le monde commence à comprendre que la montée des inégalités menace notre société, voilà qu’il propose de les augmenter plus encore !

En fait, cette déclaration est un nouvel exemple de tous les travers du néolibéralisme, selon lequel la somme des égoïsmes pourrait produire de l’intérêt général ! Par-delà l’inhumanité profonde de cette idée, même si la marge des entreprises françaises n’est pas au plus haut, la baisse des salaires n’est pas une solution, car, en baissant le pouvoir d’achat des salariés, cela reviendrait à réduire leur consommation et donc le chiffre d’affaire des entreprises. Cela marque un retour aux idées du patronat  le plus rétrograde du 19ème siècle, d’avant Henry Ford, qui avait compris, lui, qu’une bonne rémunération de ses employés était bénéfique à son entreprise, en augmentant in fine la demande pour ses produits.

De l’euro et du libre-échange et leurs conséquences

vendredi 31 janvier 2014

Mory Ducros : 3000 victimes de plus du « plombier polonais »


Le conflit entre les salariés de Mory Ducros et leur repreneur semble toucher à sa fin. Les près de 3000 salariés qui seront licenciés devraient toucher 10 000 euros en moyenne. Mais beaucoup oublient de se demander pourquoi le transporteur a fait cessation de paiement.


Une cause : la concurrence déloyale

Bien sûr, certaines belles âmes n’aimeront pas cette stigmatisation de l’étranger, mais il faut quand même regarder la réalité du transport routier en face. Si Mory Ducros est au bord de la faillite aujourd’hui, c’est pour une seule et unique raison : la concurrence déloyale des personnes venues d’Europe de l’Est ou du Sud, dont les salaires sont nettement plus bas qu’en France. Pour rappel, le SMIC roumain est environ dix fois plus bas que le SMIC français… Et on le voit sur nos routes, qui accueillent une proportion grandissante de transporteurs espagnols, portuguais, polonais, roumains…

D’ailleurs, dans le transport routier la part de marché internationale (pour tous les transports d’un pays à la France ou inversement) des transporteurs français est passée de 46 à 17% de 1999 à 2010. Pire, le cabotage (les entreprises étrangères qui, après un transport international, en profitent pour faire une mission en France sur le trajet du retour) a déjà pris 3,6% du marché intérieur. Le syndicat de la profession estime qu’un tiers de ses 350 000 salariés sont aujourd’hui menacés, comme le montre malheureusement bien la crise de Mory Ducros, qui ne sera par conséquent pas le dernier.

Le PS et l’UMP sont responsables

samedi 4 janvier 2014

L’indéfendable ouverture du marché du travail européen aux roumains et bulgares


Jeudi soir, j’étais invité sur France 24 pour débattre de l’ouverture à la Roumanie et à la Bulgarie du marché du travail de l’Union Européenne. L’occasion de constater à quel point les défenseurs de cette ouverture manquent cruellement d’arguments pour la justifier auprès des citoyens.



Une ouverture indéfendable ?

C’est l’impression avec laquelle je suis sorti de ce débat avec mes contradicteurs. Aucun des arguments qu’ils ont pu avancer ne m’a semblé bien tenir la route. Yves Pascouau, du Centre Politique Européen a avancé la démographie pour justifier l’ouverture des frontières, comme la commissaire européenne en 2012. Mais cet argument ne tient pas une seconde. S’il peut être envisagé pour un pays comme l’Allemagne, où la population recule et où le taux de chômage officiel est relativement faible, il est absurde pour la France, où la population augmente et où le taux de chômage est au plus haut.

Ce faisant, cela démontre également qu’il est absurde d’avoir une politique européenne unique pour les questions migratoires étant donnée la très grande diversité des pays européens. Chaque pays doit avoir une politique spécifique, et par conséquent, des frontières nationales pour le permettre… Ensuite, mes contradicteurs ont affirmé que l’afflux de travailleurs roumains et bulgares serait limité, mais The Economist, qui soutient cette ouverture, a rappellé que les quelques dizaines de milliers de polonais qui étaient attendus ont finalement été un demi-million à venir en Grande-Bretagne.



D’ailleurs, l’explosion du nombre de travailleurs détachés ou de la délinquance de ressortissants d’Europe de l’Est (une récente étude affirme que près de 10% des vols en France sont le fait de personnes d’origine roumaine ou des Balkans) contredisent ce discours angélique. Bien sûr, une majorité des immigrés est sans doute animée des meilleures intentions, mais le contexte actuel rend difficile leur intégration au marché du travail. Et cette ouverture anarchique profite également aux délinquants et au tourisme social. Enfin, s’il y a un manque de travailleurs dans certaines professions, la solution la plus logique, avec cinq millions de chômeurs, est quand même d’améliorer l’orientation et la formation.

Toujours plus d’harmonisation par le bas

mardi 10 décembre 2013

Travailleurs détachés : le gouvernement capitule !


Lundi avait lieu une réunion des ministres du travail de l’UE sur les travailleurs détachés, ces immigrés qui travaillent en toute légalité dans un pays sans en payer les cotisations sociales mais celles de leur pays d’origine. Malheureusement, l’accord conclut hier soir ne changera pas grand chose à la situation.



Un réveil très tardif

Début 2005, les partisans du Traité Constitutionnel Européen qualifiait parfois de racistes ou xénophobes ceux qui osaient brandir la directive Bolkenstein, avec la fameuse image du « plombier polonais » pour critiquer cette europe antisociale. Devant la réaction des peuples, une version moins extrême est passée en 2006. Alors que sa première version devait permettre aux immigrés de travailler aux conditions de leur pays d’origine, les technocrates fous de Bruxelles et nos dirigeants ont mis un système ubuesque en place puisque salaire et temps de travail doivent se conformer à la réglementation du pays où est exercée l’activité mais les cotisations sociales dépendent du pays d’origine !

Résultat, dans un marché unique européen soumis à la concurrence interne des pays à bas coût de l’Est, où le SMIC peut être 5 à 10 fois plus bas, un nombre grandissant d’entreprises a recours à ces travailleurs détachés. Le Parisien avait tiré la sonnette d’alarme il y a plus d’un an, citant une note du Ministère du Travail qui estimait que leur nombre réel était probablement supérieur à trois cent mille en 2011, ce qui, par extrapolation, équivaudrait à près d’un demi-millions aujourd’hui ! Agri-tempo, agence d’intérim spécialisée dans l’agriculture soutient que « les salariés polonais (…) ne sont pas redevables des cotisations sociales françaises, ce qui permet de vous proposer des prix attractifs » !

L’impact de ces travailleurs détachés est calamiteux pour la France. C’est ce qui permet à l’Allemagne, tant qu’elle n’a pas de SMIC, de faire travailler des immigrés à des salaires ridicules dans l’agriculture. Le Sénat a publié un rapport évoquant un coût « trois fois inférieurs au coût français » et une condition « d’esclave moderne ». Bravo l’Europe sociale ! Même la Fédération Française du Bâtiment demande plus de contrôles pour éviter les abus. L’effondrement du transport routier français, dont la part de marché a été divisée par trois à l’international depuis 1999, vient de cette concurrence déloyale.

Une accord ridicule et négligeable