vendredi 7 septembre 2012

La BCE aide les marchés et torture les peuples


Alleluiah ! Pour la énième fois, l’euro est sauvé ! Super Mario et la BCE sont intervenus pour stopper les méchants spéculateurs qui veulent casser l’euro. Mais cette interprétation des faits ne résiste pas une seconde à l’analyse des déclarations du président de la Banque Centrale Européenne.

Une aidée plus limitée qu’il n’y paraît

Bien sûr, les marchés ont répondu très positivement à l’annonce d’hier puisque le CAC 40 a progressé de plus de 3%. Dans un sens, on pourrait croire que ceux qui défendaient la monétisation des dettes souveraines par la BCE ont gagné, mais il faut aller au-delà des grands titres. Deux bémols considérables doivent être soulignés. En effet, il faut souligner que le précédent programme était inconditionnel et portait notamment sur les créances à 10 ans.

Mais après avoir engrangé près de 200 milliards d’euros de créances espagnoles et italiennes, la BCE y met fin et elle annonce des règles du jeu complètement différentes. Tout d’abord, ne sont concernées que les créances de 1 à 3 ans. Ensuite, la BCE n’activera son programme de rachat que si le pays concerné fait appel au FESF ou au MES et se soumettre à ses exigences. En revanche, le programme n’a pas de limite et ces créances ne seront pas considérées comme privilégiées.

En outre, la monétisation ainsi réalisée sera stérilisée pour continuer à lutter contre le fantôme de l’inflation. Bref, tout ceci signifie que la BCE met des conditions extrêmement strictes aux pays qui souhaiteraient avoir son soutien sur les marchés. En effet, il faudra qu’ils passent sous les fourches caudines de la troïka technocratique et, du fait que seules les créances de 1 à 3 ans sont concernées, la laisse sera tenue bien courte du fait du besoin de se refinancer fréquemment.

Un répit limité pour l’euro

jeudi 6 septembre 2012

La crise. Ses causes, ses dilemmes et ses solutions

Par Jacques Sapir


La crise de la zone Euro est largement analysée comme une crise des dettes souveraines. Cette analyse conduit à donner une priorité à la réduction des déficits et de la dette, ce qui mène à l’adoption de politiques d’ajustement plus ou moins brutales suivant les pays. Or, aujourd’hui, il est clair que ces politiques ne fonctionnent pas et, en réalité, aggravent la situation à la fois dans les pays considérés mais aussi dans l’ensemble de la zone Euro. En réalité, c’est l’analyse de base qui est en cause. La crise de la zone Euro n’est pas une crise de la dette mais une crise issue des décalages accumulés de compétitivité, en raison de l’impossibilité, depuis 1999 de compenser ces dits décalages par des dévaluations. Ces décalages ont conduit les pays à accumuler des dettes excessives dans le long terme (depuis 1999) même si des causes conjoncturelles ont aussi joué.
Dans ce texte, nous analyserons ces politiques, les raisons de leur inefficacité et leurs conséquences, avant d’aborder la question de l’avenir à court et moyen terme de la zone Euro.


I.             Des politiques qui « ne marchent pas ».


Des mesures, souvent extrêmement brutales d’ajustement structurel ont été mises en place, soit par décision du gouvernement soit dans le cadre d’accords de refinancement par les institutions européennes (FESF puis MES), dans les différents pays qui connaissent des problèmes importants pour refinancer leurs dettes. Ces politiques sont par ailleurs en passe d’être consolidées par le nouveau Traité Européen qui devrait être ratifié d’ici à cet hiver.
Ces politiques sont largement comparables à celles qui ont été mises en œuvre au début de la Grande Dépression des années 1930 (en particulier en Allemagne) et dont il est acquis qu’elles ont aggravé dans des proportions considérables cette crise.

Tableau 1
Comparaison entre la politique menée par le Chancelier Brüning en 1930-1932 et les politiques de rigueur en Europe continentale.

Allemagne 1930-1932
Grèce
Portugal
Espagne
Italie
Limitation des assurances sociales (montant et conditions d’éligibilité).
Oui
Oui
Oui
Oui
Diminutions des allocations familiales
Oui
Oui
Oui

Mesure autoritaire de baisse des salaires
Oui
Oui
Oui

Report de l’age de la retraite
Oui
Oui
Oui
Oui
Augmentation des impôts
Oui
Oui
Oui
Oui

On constate cependant aujourd’hui, avec désormais de 2 à 3 ans de recul que ces politiques ne donnent pas les résultats escomptés. Une analyse des rentrées fiscales menée sur 3 pays  (Grèce, Espagne et Italie) le montre éloquemment.
Le montant du déficit budgétaire pour les 6 premiers mois de 2012 est équivalent à ce qu’il était en 2011 (Grèce) voire 2009 (Espagne et Italie) et ce en dépit des coupes sauvages réalisées dans les budgets.

mercredi 5 septembre 2012

Joseph Stiglitz explique comment gagner la bataille de l’opinion


C’est une partie absolument passionnante du livre de Joseph Stiglitz, qui rappelle « La dissociété » de Jacques Généreux : une analyse approfondie des leviers de l’opinion pour comprendre pourquoi la doxa néolibérale semble gagner aujourd’hui le débat sur l’interprétation de la crise.

La bataille de l’opinion

Le « prix Nobel d’économie » souligne l’importance du cadre d’analyse (droite contre gauche, interprétation de la crise) dans la bataille politique. Il souligne également l’importance d’utiliser une information qui est cohérente avec ce que pensent les citoyens pour les convaincre. S’appuyant sur des sondages, il note qu’aux Etats-Unis, la population ne se rend vraiment pas compte du niveau des inégalités, ni même du fait qu’elles augmentent fortement. Et il souligne que si la population pense que les pauvres le sont de leur seul fait, alors les programmes sociaux ne sont pas populaires.

Il rappelle qu’en revanche, pendant la Grande Dépression, avec une personne sur quatre au chômage, il était difficile de soutenir que les marchés étaient efficaces, ce qui a permis de faire passer l’idée que l’Etat devait jouer un rôle macro-économique beaucoup plus important. Il souligne également le rôle de l’Etat dans la réussite du développement des pays d’Asie du Sud-Est. Bref, les circonstances font beaucoup pour le débat d’idées et il est essentiel de savoir faire du judo intellectuel.

Il souligne que les changements d’opinion peuvent prendre du temps. Il prend l’exemple de la déclaration d’indépendance de 1776 qui soutient que tous les hommes sont égaux. Pourtant, la discrimination à l’égard des noirs a persisté pendant près de deux siècles. Pour lui, c’est que « les idées et les perceptions sont des constructions sociales. Mon empressement à endosser une croyance dépend du fait que les autres y croient également ». Mais il peut y avoir des changements rapides en fonction des circonstances historiques et de l’acceptation générale par la population.

Il souligne qu’il faut passer de « l’idée que l’inégalité est nécessaire pour le fonctionnement de l’économie de marché à l’idée que le niveau d’inégalité aujourd’hui porte atteinte au fonctionnement de l’économie et de la société ». Il souligne également l’importance du choix des mots dans le débat public. Il prend l’exemple des termes « incentive pay » ou « retention bonus », destinés à faire passer la pillule des rémunérations des banquiers. D’où la nécessité de parler « d’euro cher » et non « d’euro fort », de « parasite fiscal » et non de « paradis fiscal » ou de « camisole budgétaire » et non de « règle d’or ».

Le combat pour l’analyse de la crise

mardi 4 septembre 2012

Joseph Stiglitz : les inégalités mettent la démocratie en péril


Pour le « prix Nobel d’économie », la montée des inégalités aux Etats-Unis, outre le fait créer de graves problèmes économiques et de menacer le modèle du pays (en freinant l’ascenseur social), pose un grave problème démocratique, dans une analyse proche de celle d’Emmanuel Todd.

Une démocratie sous influence

Joseph Stiglitz dénonce le rôle de l’argent dans la politique : « plus il y a besoin d’argent, plus les riches intérêts particuliers gagnent du pouvoir ». 1,5 milliards de dollars devraient être dépensés pour l’élection présidentielle de 2012 ! Pour lui, ce poids de l’argent privé dans la vie politique étasunienne donne un avantage certain aux plus riches. Il dénonce la décision de la Cour Suprême de 2010 qui a donné une plus grande liberté aux entreprises pour intervenir dans la démocratie.

Il va jusqu’à dire « qu’il y a peu de différence entre la corruption et ce qui se passe – à savoir des candidats qui reçoivent de l’argent d’une entreprise pour leur campagne et soutiennent des lois qui les arrangent ». Il dénonce le poids des lobbys, et notamment des banques qui ont fait de la réglementation financière un « fromage suisse, plein de trous, d’exceptions et d’exemptions ». Il cite Krugman pour qui « la concentration extrême des revenus est incompatible avec la démocratie réelle. Est-ce que quelqu’un de sérieux peut dénier que le système politique est déformé par l’argent ».

Il souligne que 50 millions de citoyens ne sont pas inscrits sur les listes électorales et que les républicains essaient de limiter la participation des plus pauvres. Il dénonce le redécoupage abusif des circonscriptions et propose de faciliter l’inscription sur les listes électorales, de mettre des restrictions au pantouflage des dirigeants publics dans les cabinets de lobbying, de réformer le financement des campagnes électorales et que l’Etat renégocie les licences télévisuelles pour y inclure des publicités gratuites et ainsi limiter la dépendance à l’égard de l’argent.

Une finance au-dessus des lois

lundi 3 septembre 2012

Joseph Stiglitz critique la mondialisation


Son expérience au FMI a rendu le prix Nobel d’économie conscient des dangers de la mondialisation financière. Mais jusqu’à présent, il soutenait mordicus le libre-échange et dénonçait le protectionnisme. Ce livre marque un virage avec une critique des conséquences du libre-échange.

Une critique de la mondialisation

Pour lui, tout s’est accéléré dans les années 2000 avec « les politiques de déréglementation des marchés financiers de l’administration Clinton et la baisse des impôts sur les revenus du capital (…) qui ont mis de l’huile sur le feu ». Il dénonce le démantèlement du Glass Steagall Act, qui a libéré la spéculation. Il souligne également que « la libéralisation ne promeut pas la croissance économique ; mais en revanche, elle amène plus d’instabilité et d’inégalités ». Aujourd’hui, même le FMI « reconnaît les dangers d’une intégration financière excessive » et reconnaît l’utilité « des contrôles de capitaux ou la limitation des mouvements volatiles de capitaux à travers les frontières, surtout pendant une crise ».

Stiglitz constate « la destruction de millions d’emplois dans l’industrie » du fait de l’évolution des avantages compétitifs avec la montée en puissance de la Chine. Il évoque une « polarisation de la main d’œuvre du pays » avec des emplois peu payés mais qui ne peuvent pas être automatisés qui continuent à croître, notamment dans les services et les emplois très qualifiés au sommet. Il pointe les difficultés de l’industrie en évoquant la baisse des salaires des salariés automobiles qui gagnaient 28 dollars par heure en 2007 et qui, selon le nouvel accord, ne peuvent plus espérer que 15 dollars.

Il en vient même à reconnaître les conséquences peu sociales du libre-échange : « si les Etats-Unis importe des biens qui nécessitent des travailleurs peu qualifiés, cela réduit la demande pour les travailleurs peu qualifiés pour faire ces biens aux Etats-Unis et pousse vers le bas les rémunérations de ces même travailleurs peu qualifiés. (…) Si les exportations créent des emplois, les importations en détruisent ; et nous avons détruit plus d’emplois que nous en avons créés ».

Une course vers le moins-disant social et salarial

dimanche 2 septembre 2012

Joseph Stiglitz explique pourquoi les inégalités augmentent


Après avoir décrit l’étendue de l’explosion des inégalités, Joseph Stiglitz étudie les raisons pour lesquelles les inégalités augmentent aux Etats-Unis. Il pointe la responsabilité des politiques suivies et la formation de rentes de situation avant de pointer les conséquences néfastes de cette évolution.

Une responsabilité politique

Pour Stiglitz « si personne n’est responsable, si aucun individu ne peut être tenu fautif de ce qui s’est passé, cela signifie que le problème vient du système politique et économique (…) les inégalités aux Etats-Unis sont le résultat de distorsions du marché avec des incitations non pas à créer de la richesse mais à en prendre aux autres ». Il affirme que « les forces de la compétition doivent limiter le niveau des profits, mais si les gouvernements ne font pas en sorte que les marchés soient compétitifs, il peut y avoir de gros profits monopolistiques », dans une analyse finalement assez libérale.

Mais il critique la théorie de la main invisible en soulignant qu’elle a abouti « au bien-être des banquiers, avec le reste de la société qui en a payé le coût ». Il souligne que le penseur du libéralisme avait bien conscience du risque de « conspiration contre le public ou d’un certain stratagème pour augmenter les prix ». Du fait des disfonctionnements du marché, il revient à l’Etat de « mettre en place des taxations et des réglementations pour que les incitations privées et les bénéfices sociaux soient le plus alignés possible », contrairement à ce qui s’est passé en 2008.

Il cite des exemples d’imperfections du marché : les externalités (quand les actions d’un parti ont un effet important sur la collectivité sans qu’il en assume les conséquences), quand il y a des asymétries d’information, ou quand il y a un problème d’assurance contre le risque. Il conclut que peu de marchés peuvent éviter tous ces travers et qu’il revient au gouvernement de corriger ces imperfections, même s’il ne peut pas le faire de manière parfaite. Il note néanmoins que les réglementations de la Grande Dépression ont évité une crise financière pendant des décennies.

Rentes et prédation

samedi 1 septembre 2012

Joseph Stiglitz décrit la montée des inégalités


Le 5 septembre pourrait être une journée d’hommage à Keynes puisqu’outre Paul Krugman, Joseph Stiglitz sortira son nouveau livre en France, « Le prix des inégalités », dont voici donc en avant-première une analyse personnelle. Un livre là encore essentiel.

L’inspirateur des 99%

Comme il le rappelle dans la préface, le « prix Nobel d’économie » 2001 a inspiré le mouvement « Occupy Wall Street » à travers un papier intitulé « Des 1%, pour les 1%, par les 1% » publié par Vanity Fair. Pour lui, trois thèmes résonnent dans les mouvements de révolte du monde entier : « le fait que les marchés ne sont ni efficaces, ni stables ; que le système politique n’a pas corrigé les échecs du marché et que les systèmes politiques et économiques sont fondamentalement injustes ». Pour lui, l’inégalité de notre système contribue à son instabilité, qui accentue son inégalité.

On trouve dans son analyse un écho direct du livre de James K Galbraith, qui attribuait à la montée des inégalités une part de la responsabilité de la Grande Dépression. Stiglitz dénonce le chômage comme « le pire échec du marché », ainsi que les expulsions et la baisse du pouvoir d’achat. Pour lui, il ne faut pas oublier que l’Etat a joué un rôle majeur dans les progrès des deux derniers siècles, tout comme les marchés même « s’ils peuvent aussi concentrer la richesse, faire payer à la société les coûts environnementaux, abuser les travailleurs comme les consommateurs ».

Pour lui, « les marchés doivent à nouveau être domptés et tempérés ». Parallèlement, ill souligne que le rêve étasunien de l’ascenseur social n’est plus « qu’un rêve, un mythe renforcé par des anecdotes » et dénonce la montée d’une guerre des classes contraire à l’esprit de son pays. Aujourd’hui, le succès des plus riches n’apporte plus rien au reste de la population, qui souffre du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat, et qui a été exploitée pour de l’argent avec les subprimes. Pour lui, « la démocratie doit défendre l’intérêt général, pas les intérêts particuliers ou ceux du sommet ».

La grande divergence

vendredi 31 août 2012

Mobilisation pour un référendum sur le TSCG


Début octobre, suite au jugement du Conseil Constitutionnel, l’Assemblée devrait se prononcer sur le TSCG, le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance, qui instaure une camisole budgétaire pour les pays de la zone euro. Heureusement, une campagne se monte pour exiger un référendum.

Un traité doublement scandaleux

Ce traité européen est un des trois textes concoctés en deux ans dont l’objectif est de contrôler le niveau des déficits et de la dette des pays européens ! Il est la face publique de deux autres séries de textes, le six pack et le two pack, qui visent à instaurer une véritable règle d’or camisole budgétaire pour les Etats membres. Après avoir retiré le pouvoir monétaire aux dirigeants politiques nationaux, cette Europe cherche maintenant à leur confisquer le pouvoir budgétaire.

Comme le soulignent d’innombrables économistes, les plans d’austérité suivies actuellement en Europe, sous la pression de la troïka technocratique (FMI, BCE, Commission) sont un « barbarisme » pour reprendre le mot employé par le « prix Nobel d’économie » 2008, Paul Krugman, dans son dernier livre. Patrick Artus, chef économiste de Natixis, a rejoint les voix des critiques du TSCG dans une vidéo récente, dénonçant à la fois le principe même de la règle mais aussi son timing.

Pour Krugman, « durant la Grande Dépression, les dirigeants avaient une excuse : personne ne comprenait ce qui se passait ou comment la régler. Les dirigeants d’aujourd’hui n’ont pas cette excuse ». Lui et Joseph Stigltz, lauréat 2001, expliquent depuis trois ans que cette crise est une crise de la demande et qu’il est totalement contre-productif de couper ainsi les dépenses. Le pire en Europe, c’est que les faits (en Grèce et en Espagne) démontrent qu’ils ont raison mais personne n’écoute.

Il faut exiger un référendum !

jeudi 30 août 2012

Cette insécurité qu’une certaine gauche refuse de voir



Hausse de l’insécurité : une réalité et pas un sentiment

Un papier de Libération soutient que « La gauche a peur. Effrayée de passer pour angélique aux yeux du téléspectateur du 20 heures de TF1, elle apparaît comme tétanisée dès lors qu’il s’agit de sécurité (…) Revenue au pouvoir, il est plus que temps qu’elle s’arrache au piège idéologique tendu par la droite. (…) Qu’elle démontre clairement que le réalisme se situe du côté de ceux qui jamais ne cherchent à attiser les peurs en confondant, par exemple, insécurité et sentiment d’insécurité ».

Passons sur le mépris vis-à-vis d’un peuple, qui serait trop bête pour prendre du recul sur l’information : en 2005, il a démontré qu’il en était capable, à la grande colère du rédacteur en chef de ce même journal… La théorie selon laquelle les médias pourraient créer un sentiment d’insécurité totalement déconnecté de la situation réelle du terrain ne tient pas une seconde. Même Lionel Jospin avait reconnu avoir été « naïf » face à la montée des violences quand il était à Matignon.

Le chiffre global de la délinquance a baissé de près de 20% depuis 2001. Mais ce mélange de choux et de carottes est trompeur. Car cette baisse vient notamment d’un recul des vols de voitures (-61% de 2001 à 2011), du fait des progrès technologiques. En revanche, les coups et blessures ont augmenté de 67% de 2001 à 2011. Ce n’est pas le sentiment d’insécurité qui progresse, comme le soutiennent quelques belles âmes, mais bien l’insécurité, et sous sa forme la plus dure.

Pire, il faut savoir que cette violence touche notamment les classes populaires et les jeunes, les premières cibles électorales de cette même gauche. Selon l’enquête réalisée par l’INSEE pour l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales, les 14-24 ans sont 2 fois et demi plus susceptibles d’être victimes d’un vol, d’une tentative de vol ou de violences physiques. En fait, le sentiment d’insécurité, mesuré par l’INSEE n’a progressé que marginalement sur la période.

Pourquoi un tel relativisme ?

mercredi 29 août 2012

Le gouvernement déjà dans la tourmente


Jamais l’état de grâce n’avait été aussi court. François Hollande et Jean-Marc Ayrault semblent partis pour battre le record de descente aux enfers dans l’opinion de Jacques Chirac et Alain Juppé en 1995. Entre un contexte difficile et une réaction apathique, les sondages décrochent et les médias s’agitent.

Un gouvernement sur la défensive

Le coup de semonce est clairement venu du sondage du Point où la côte de confiance du président dévisse de 11 points en août, à seulement 44%, quand Nicolas Sarkozy était encore à 61% au même moment dans son mandat, malgré de grosses erreurs. Mais si la baisse n’est pas aussi forte ailleurs, elle montre que les Français ne semblent guère faire confiance au nouveau président pour les sortir de la grave crise que nous traversons, illustrée par l’envolée du chômage.

Par l’odeur du sang alléchée, l’ensemble de la classe médiatique (journalistes et humoristes) traitent de plus en plus durement l’équipe au pouvoir. Nicolas Demorand parle « d’amateurisme » dans Libération. Jean-Marc Ayrault a été interviewé de manière assez musclée par un David Pujadas qu’on a connu moins incisif. Jean-Michel Aphatie a mis Michel Sapin sur le grill. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les médias ne sont pas complaisants avec la nouvelle équipe.

Reniements et conséquences

François Hollande a passé quelques mesures de son programme avant la pause estivale mais la rentrée est plus difficile. Le candidat parlait d’un doublement du livret A, finalement, ce sera 25% à la rentrée et 25% de plus début 2013. Il parlait d’un blocage du prix de l’essence, les prix ont pris plus de 10 centimes par litre pendant l’été avant que le gouvernement ne se réveille et promette une baisse de 6 centimes qui semble aléatoire, alors qu’il existe pourtant des solutions.

Sur PSA, le gouvernement n’avait pas de mots assez durs après l’annonce du plan social et de la fermeture de l’usine d’Aulnay. Arnaud Montebourg, invité jeudi 12 juillet sur France 2, avait littéralement descendu la stratégie du groupe et annoncé qu’un expert examinerait le plan pour le 25 juillet. Naturellement, on attend encore ce rapport, qui serait inutile de toutes les façons. Et en un mois, le ministre du redressement productif en est venu à appeler les syndicats à être responsables !

Ils n’ont rien compris !