vendredi 25 juillet 2014

Résultats des banques, rachats d’entreprise, hausse de la bourse : alerte à la bulle !


Début 2009, j’avais pronostiqué une nouvelle crise financière, que j’anticipais pour fin 2016 – début 2017. Malheureusement, il semblerait que tous les symptômes d’une nouvelle bulle continuent à s’additionner, comme le démontrent les dernières annonces de la bourse…



Envolée des profits des banques US

Les résultats du second trimestre des banques étasuniennes ont été excellents, contrastant étonnamment avec les déceptions des derniers chiffres du PIB. Le blog Investigationfinancière a compilé les résultats des principales banques et les chiffres sont effarants, même en se contentant d’examiner les résultats nets, et non opérationnels, qui, eux, excluent les éléments exceptionnels, comme les différentes amendes infligées par la justice. Goldman Sachs affiche 4 milliards de dollars de résultat net pour le premier semestre, sur 18,4 milliards de PNB (Produit Net Bancaire, l’équivalent du chiffre d’affaire pour les banques), soit 21,7% de résultat net sur chiffre d’affaire, un niveau de rentabilité qui en dit long sur la situation économique réelle des banques, d’autant plus qu’elles versent des salaires énormes.

JP Morgan affiche la bagatelle de 11,3 milliards de dollars de résultats nets pour le premier semestre, sur 49,2 milliards de PNB, soit 23% de résultats nets sur PNB. Morgan Stanley a annoncé 3,6 milliards de profits pour 17,5 milliards de PNB, soit 20,6% de résultats nets sur PNB. Il est tout de même très révélateur de constater l’homogénéité de résultats nets aussi énormes, compris entre 20 et 23% du PNB, ce qui révèle à la fois que leur activité est extraordinairement rentable, et finalement très peu concurrentielle sur les prix. Bien sûr, Citigroup a annoncé des résultats moins forts au second trimestre, mais cela vient principalement d’éléments exceptionnels. Ceci amène logiquement à se poser des questions sur notre modèle économique, qui créé une situation de rente phénoménale pour ces banques.

D’autres facteurs de surchauffe



L’envolée des profits (et des cours de bourse) des banques (comme des autres entreprises) est un élément caractéristique des phases de bulle. Mais ce n’est pas le seul. Problème, beaucoup d’autres éléments traditionnels des bulles peuvent être rassemblés aujourd’hui. D’abord, les records de nombreux indices, aux Etats-Unis ou en Allemagne. Le Dow Jones a passé les 17 000 points, après être tombé de plus de 14 000 à moins de 6 000 de 2007 à 2009, un quasi triplement depuis son point le plus bas ! Finalement, ma prévision d’un niveau de 25 000 points avant un nouvel effondrement semble moins improbable aujourd’hui. Cela est d’autant plus critique que les cours sont élevés, même par rapport aux profits, une conséquence partielle des politiques monétaires accommodantes des banques centrales. Encore pire, il semblerait que nous soyons proches du pic de profits de ce cycle économique.



Ensuite, l’envolée des rachats d’entreprise (illustrés, en France, par la terrible affaire Alstom) est également typique des phases de bulle puisque les cours trop élevés de bourse permettent de financer ce qui ne serait pas possible de financer autrement. Les précédents pics avaient été atteints en 2000 et 2007, à chaque fois une année avant un krach. Pour l’instant, la tendance est à la hausse, mais on ne peut pas encore dire pour combien de temps cela va durer. On peut également voir dans la vague de rachat d’action un phénomène typique d’une période de bulle, qui pousse les marchés à des niveaux déraisonnables, avant que la réalité ne finisse par les rattraper, en général avec grand fracas, surtout quand cela est financé par l’endettement. Dernier indice : The Economist notait il y a un mois que le niveau de volatilité des marchés était revenu à un niveau proche de celui d’avant la crise financière, en 2007.



A première vue, on pourrait se dire que le krach est proche. Cependant, les expériences passées indiquent que la plupart du temps, il faut que la phase de bulle atteigne des sommets totalement délirants pour que les marchés se retournent. Paradoxalement, il y a sans doute encore de la marge…

8 commentaires:

  1. Mardi 22 juillet, Eurostat publie les chiffres de la dette publique du premier trimestre 2014.

    Dans l'Union Européenne, neuf pays sont en faillite.

    1-        Médaille d’or : Grèce. Dette publique de 314,801 milliards d’euros, soit 174,1% du PIB.

    2-        Médaille d’argent : Italie. Dette publique de 2120,143 milliards d’euros, soit 135,6 % du PIB.

    3-        Médaille de bronze : Portugal. Dette publique de 220,696 milliards d’euros, soit 132,9 % du PIB.

    4-        Irlande : dette publique de 202,920 milliards d’euros, soit 123,7 % du PIB.

    5-        Chypre : dette publique de 18,206 milliards d’euros, soit 112,2 % du PIB.

    6-         Belgique : dette publique de 404,248 milliards d’euros, soit 105,1 % du PIB.

    7-         Espagne : dette publique de 989,925 milliards d’euros, soit 96,8 % du PIB.

    8-        France : dette publique de 1985,918 milliards d’euros, soit 96,6 % du PIB.

    9-        Royaume-Uni : dette publique de 1486,878 milliards de livres sterling, soit 91,1 % du PIB.

    La question est :

    “QUAND ces neuf pays vont-ils se déclarer en défaut de paiement ?”

    http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_PUBLIC/2-22072014-AP/FR/2-22072014-AP-FR.PDF

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  2. La conjugaison de l'abondance monétaire et de la médiocrité des perspectives de profit dans la production se manifeste toujours par la hausse des actifs. Chaque crise, dont celles de 29 et de 2008, nous rejoue le même scénario. Or les politiques de relance monétaire ("quantitative easing") n'ont qu'une faible efficacité sur la production, même dans les pays qui connaissent une amorce de reprise.
    Les grands économistes des années 30 (Keynes, Fisher...) mettaient déjà en garde les Etats contre cette illusion et préconisaient des plans massifs de dépenses publiques, seul moyen de débloquer l'investissement. La politique monétaire aujourd'hui revient à remplir une passoire, et ensuite à s'étonner que le flux coule à l'extérieur (les "bulles").

    Pour s'en sortir, deux orientations s'imposeraient : 1. la réglementation de l'activité bancaire et de la finance, en particulier pour isoler le circuit du crédit à la production de celui de la spéculation, et 2. une politique de dépenses publiques sans complexe, pour "forcer" la reprise.

    La condition nécessaire (mais non suffisante) d'une telle politique est bien entendu la déconnexion du marché mondialisé des capitaux et la réduction de la propension à importer, d'où l'impératif de sortie de l'euro et des traités européens.

    Pour rebondir sur l'avant dernier article, sur l'"euro cher", la seule dépréciation du change de l'euro est de l'ordre du soin palliatif ! Dans le même ordre d'idée la politique japonaise, évidemment mieux inspirée, ne saurait cependant être efficace sans des mesures bien plus violentes pour colmater les brèches financières.

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  3. HS (mais ça devrait intéresser LP) : un extrait de Todd sur le plafond de verre dans le journal Fakir


    Fakir: Vous dites: "Le FN ne parviendra pas au pouvoir, parce que les classes qu'il représente sont trop opprimées", en gros, elle ne pourraient pas incarner une alternance...

    Emmanuel Todd: Ne pas voter Front national est devenu un symbole social: "Je n'appartiens pas aux basses classes." Ce réflexe sert de digue, il existe comme un plafond de verre, un seuil qu'ils ne dépasseront pas. Je suis épaté par l'enthousiasme de Parti socialiste à se ruer dans la lutte contre le Front national, qu'il suscite lui-même avec ses choix économiques, dans une espèce de post-mitterandisme. On les sent tellement content qu'il y ait une "menace".

    Fakir: C'est un remake...
    E.T: Même pas conscient
    Fakir: D'autant plus efficace qu'inconscient.

    E.T: C'est vrai. Donc je maintiens l'idée d'un plafond de verre.. Mais le doute s'immisce, et je veux vous en faire part: ce plafond est-il en train de sauter? J'ai entendu une citation de Copé à mourir de rire. Il expliquait qu'il n'y aurait jamais d'accord avec le Front national, parce qu'entre le FN et l'UMP il y avait un gros désaccord sur l'euro! C'est à dire, dans le délire anti-immigrés, on va les suivre, on va les précéder, on a plus de souci moral avec ça...Il est donc possible que ça change la donne à droite.

    "Le grand détraquage", Emmanuel Todd tire les cartes, dans votre Fakir spécial plage!

    (https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=10152504082591878&id=122030096877)

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    1. Précision : extrait de la reprise d'un entretien paru en mars 2014 dans le livre "Pauvres actionnaires! Quarante ans de discours économique du front national passés au crible".

      Donc ça date d'avant les dernières élections.

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  4. Record historique battu.

    Chômage en juin 2014 : catégories A, B, C, D, E :

    France métropolitaine :

    5 719 400 inscrits à Pôle Emploi.

    France entière (y compris l'outre-mer) :

    6 048 500 inscrits à Pôle Emploi.

    C'est un record historique.

    Variation sur un mois : + 0,4 %.

    Variation sur un an : + 5,6 %.

    http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/PI-Mensuelle-MK16CM.pdf

    Vous vous rappelez toutes les belles promesses au moment du référendum sur le traité de Maastricht ?

    - « Si le traité de Maastricht était en application, finalement la Communauté européenne connaîtrait une croissance économique plus forte, donc un emploi amélioré. » (Valéry Giscard d’Estaing, 30 juillet 1992, RTL)

    - « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage. En s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde ; sur une monnaie unique, la plus forte du monde ; sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois. » (Michel Sapin, 2 août 1992, Le Journal du Dimanche)

    - « Maastricht constitue les trois clefs de l’avenir : la monnaie unique, ce sera moins de chômeurs et plus de prospérité ; la politique étrangère commune, ce sera moins d’impuissance et plus de sécurité ; et la citoyenneté, ce sera moins de bureaucratie et plus de démocratie. » (Michel Rocard, 27 août 1992, Ouest-France)

    - « Les droits sociaux resteront les mêmes – on conservera la Sécurité sociale –, l’Europe va tirer le progrès vers le haut. » (Pierre Bérégovoy, 30 août 1992, Antenne 2)

    - « Pour la France, l’Union Economique et Monétaire, c’est la voie royale pour lutter contre le chômage. » (Michel Sapin, 11 septembre 1992, France Inter)

    - « C’est principalement peut-être sur l’Europe sociale qu’on entend un certain nombre de contrevérités. Et ceux qui ont le plus à gagner de l’Europe sociale, notamment les ouvriers et les employés, sont peut-être les plus inquiets sur ces contrevérités. Comment peut-on dire que l’Europe sera moins sociale demain qu’aujourd’hui ? Alors que ce sera plus d’emplois, plus de protection sociale et moins d’exclusion. » (Martine Aubry, 12 septembre 1992, discours à Béthune)

    - « Si aujourd’hui la banque centrale européenne existait, il est clair que les taux d’intérêt seraient moins élevés en Europe et donc que le chômage y serait moins grave. » (Jean Boissonnat, 15 septembre 1992, La Croix)

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  5. Les entreprises françaises sont dans l'ensemble trop petites et ne peuvent pas bénéficier du facteur d'échelle pour exporter

    "92,3% des entreprises françaises comptent moins de 10 salariés"

    http://www.journaldunet.com/economie/magazine/petites-et-moyennes-entreprises-en-danger/taille-des-pme.shtml

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  6. " Le marché veut de la bulle, il se fout de la croissance " ..

    http://www.bfmtv.com/video/bfmbusiness/lhumeur-philippe-bechade/minute-philippe-bechade-marche-veut-bulle-se-fiche-croissance-23-07-213269/

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  7. @ J Halpern

    Bien d’accord

    @ Bip

    On verra bien… Je trouve qu’étant donné ce que font PS et UMP, paradoxalement, le FN n’est pas haut

    @ BA

    Merci pour ces citations

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