mercredi 13 mai 2015

Le 9 mai, l’Europe se devait d’être à Moscou




Une insulte à l’histoire

La cérémonie de samedi était l’hommage à la contribution décisive de la Russie à la victoire contre Hitler. Comme le montre Olivier Berruyer sur son blog, chose oubliée aujourd’hui, la Russie est, de loin, le pays qui a le plus contribué à la défaite du nazisme. D’abord, c’est le premier pays par la contribution du sang, avec plus de 20 millions de victimes, 30% des morts de la Seconde Guerre Mondiale. Quand les Etats-Unis ont perdu 400 000 soldats, l’URSS en a perdu entre 8,7 et 13,9 millions ! En 1945, pour 57% des Français, l’URSS était le premier contributeur à la défaite de l’Allemagne, les Etats-Unis pour 20%. L’histoire a été réécrite avec le temps puisque 54% citent Washington et 23% Moscou.

Quelque soit ce que l’on pense du régime de Poutine, l’histoire imposait à la France et sans doute aussi aux autres dirigeants européens de se rassembler samedi, dans un message de rassemblement pour défendre la liberté contre l’oppression du totalitarisme le plus barbare. C’était le moins que l’on pouvait faire pour honorer la mémoire des 80 millions de morts provoqués par le conflit, mais aussi la liberté dont nous avons profité par la suite. Il est difficile de ne pas comprendre, en se rappelant ce qu’a été cette guerre, qu’il était indispensable pour les principaux dirigeants européens d’être présents à Moscou samedi pour honorer cette alliance qui a fait tomber Hitler, comme l’a noté Jacques Sapir.

Deux poids, deux mesures

mardi 12 mai 2015

VGE, Cohn-Bendit et l’Europe : le déni de démocratie, vous le voulez aristocratique ou religieux ?




La démocratie étouffée

Tout a commencé vendredi matin, où l’ancien président de la République, qui avait co-dirigé la rédaction de la Constitution Européenne que nous avions été 55% à rejeter en mai 2005, avant que nos parlementaires trahissent le peuple en votant un texte quasiment identique, le traité de Lisbonne, commentait le résultat de l’élection britannique. Il a soutenu que l’Europe était un sujet trop complexe pour demander l’avis du peuple. Curieuse assertion ! En quoi les textes européens seraient plus complexes que les lois nationales ou les choix démocratiques auxquels les électeurs sont confrontés à chaque élection. Si l’Europe est trop complexe pour demander son avis au peuple, c’est la voie ouverte à l’autocratie…

Mais lundi matin, Daniel Cohn-Bendit n’était pas satisfait par les propos de celui qui est un des pères de cette Europe. En effet, devant l’insistance de l’interviewer, il avait fini par admettre qu’il aurait voté Cameron. Rien de bien suprenant à ce qu’un homme de droite Français préfère le candidat de droite outre-Manche ! Sauf pour Daniel Cohn-Bendit. Parce que Cameron a promis un référendum sur la sortie de l’UE, alors un homme de droite véritablement européen devrait être prêt à voter pour la gauche pour éviter que le peuple n’ait à se prononcer sur la construction européenne. Le pire est que la figure de mai 1968 serait sans doute prêt à voter à droite pour éviter un référendum promis par la gauche…

Peuplophobie et autoritarisme

lundi 11 mai 2015

Cofidis : le retour scandaleux de l’usure

La semaine dernière, comme beaucoup de Français sans doute, j’ai reçu un courrier de Cofidis avec toutes les astuces traditionnelles publicitaires, me proposant une « solution crédit renouvelable qui s’adapte à mon budget », au taux d’intérêt annuel de près de 30%, assurance comprise !



L’usure déguisée

La brochure est assez habilement conçue, pour noyer le poisson du coût effarant du crédit. D’abord, il faut bien noter qu’il existe trois vitesses de remboursement, Confort, avec taux d’intérêt hors assurance à 20,2%, Rapide, à 17,9% et Express, à 12,9%. Quand on rentre dans le détail, on constate qu’il existe une assurance facultative, au taux tout aussi extravagant de 8,95% annuel. Pour 1000 euros empruntés, le montant total dû et remboursé au bout de 2 ans et demi atteint la coquête somme de 1256,81 euros, auquel il faut ajouter la somme de 120,20 euros d’assurance facultative, soit un total de 1370,01 euros. Le montant à rembourser mensuellement est de 42 euros, ou 46 euros avec assurance.



Naturellement, Cofidis demande aux malheureux candidats au crédit renouvelable une foule d’informations, et propose également d’adjoindre un co-emprunteur. Dans ce magma, on se rend à peine compte que le taux d’emprunt global dépasse 29%, assurance facultative comprise, pour l’option Confort, qui permet un remboursement en deux ans et demi. Et si les pauvres victimes qui souscrivent à cet emprunt ont du mal à le rembourser, on imagine bien que Cofidis se fera un plaisir de proposer un nouvel emprunt dispendieux pour la victime et extrêmement profitable pour eux. Même avec un peu de casse, avec des taux d’intérêt pour se financer proches de 0, la marge promet d’être juteuse.

Des pratiques à interdire

Tellement juteuse qu’elle permet de payer ces campagnes de communication, dans les médias ou par des courriers personnalisés. Quand on connaît le rôle joué par les crédits accordés n’importe comment (dont certains portaient le nom de NINJANo Income No Job or Asset) pendant la crise des subprimes, il est proprement effarant qu’il soit possible de faire de la publicité pour des crédits à la consommation. En effet, toute l’histoire économique montre les dangers créés par l’endettement excessif. Et plus globalement, étant donné les mécanismes du crédit, on peut se demander pourquoi toute publicité pour le crédit ne devrait pas être interdite, dans les médias ou ailleurs.

Mais plus généralement encore, est-il simplement acceptable que des entreprises puissent prêter à des taux d’intérêt de près de 30% alors que les taux d’intérêt sont à moins de 1% à long terme, et même 0% pour les prêts à court terme. La marge réalisée n’est-elle pas totalement indécente, d’autant plus quand on sait que les institutions financières créent largement l’argent qu’elles prêtent. Il est effarant qu’il soit possible de prêter à un tel taux alors que les taux d’intérêt sont aussi bas. Le taux caractérisant l’usure devrait être largement baissé et il faudrait aussi davantage encadrer la facturation d’assurance à des prix totalement indécents, même si une part couvre le non remboursement.


Encore une fois, dans la jungle économique qu’ont édifiée nos gouvernants depuis trois décennies, on laisse faire des pratiques de crédit qui, même si elles sont habillées d’un blabla pseudo-responsable, ne sont en réalité que la version moderne de l’usure. Pire, on laisse même en faire la publicité.

Pravda, quand tu nous tiens (Les Nouveaux inquisiteurs) (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Les chapitres précédents les ont déjà bien mis à l’honneur. Mais il est un fait qu’aucun régime politique intolérant de nature, totalisant dans son avancée, ne puisse perdurer sans de bons organes de propagande. Et il faut bien reconnaître que, sur la défunte largeur du spectre politique des médias – spectre désormais, « concentration » oblige, quasiment réduit à un seul point dans la largeur des idées et points de vue – l’ordre libéral-libertaire, à l’intérieur duquel tendent à fusionner « élites » politiques et médiatiques, dispose de ce qu’il faut de petits courtisans de rédaction, obligés et obligeant à l’égard de l’ordre (du désordre ?) établi. Les jeunes impétrants en perdent bien vite leurs illusions[i], avec comme seules perspectives de rejoindre la meute ou de jeter l’éponge. Car au sein des médias dits « dominants », c’est une véritable police de la pensée qui s’est instituée. Au milieu de ces salmigondis de caniveau, perdurent fort heureusement quelques voix libres, au premier rang desquels on trouve le remarquable Frédéric Taddeï, toujours droit face à la médiocre vindicte de ses « confrères »[ii]. Mais au-delà : un véritable désert intellectuel dont l’une des plus belles illustrations fut la pathétique couverture du Point sur les soi-disant « néocons à la française »[iii].

Au rang des inquisiteurs, il est fort logiquement, un chef d’orchestre qui donne le la de la bien-pensance, distribue les bons et les mauvais points et fixe à jamais l’index des dangereux déviants. J’ai nommé, vous l’aurez probablement anticipé, le journal dit « de référence » : Le Monde.

dimanche 10 mai 2015

La loi sur le renseignement est bien un mini Patriot Act




Quand le PS se trahit sur son projet

C’est Marianne qui a répéré le vice fondamental du projet du gouvernement dans l’argumentaire de Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l’Assemblée. Face à Patrick Cohen, qui l’interrogeait sur les inquiétudes suscitées par la loi, il a soutenu que l’on pouvait faire confiance à notre classe politique, qui serait responsable et, que, in fine, cela pouvait également orienter les choix pour les prochaines élections. En clair, pour ceux qui auraient des doutes sur l’utilisation que pourraient faire l’UMP ou le FN de cette loi s’ils étaient au pouvoir, il y aurait toujours la possibilité de voter socialiste aux prochaines élections, pour avoir des personnes qui sauront l’utiliser avec la modération requise !

Cette argumentation est doublement critiquable. D’abord, le Parti Socialiste a un sacré culot de se placer comme le plus vertueux utilisateur de nos système de renseignement quand l’avant-dernier président issu de ses rangs, François Mitterrand a vu son mandat éclaboussé d’affaires extrêmement choquantes qui ont démontré que la présence du PS à l’Elysée ou à Matignon ne garantissait en aucun cas une utilisation juste et mesurée des moyens de renseignement de l’Etat. Ensuite, si un texte permet une utilisation contestable de nos moyens de renseignement par des personnes mal intentionnées, cela signifie bien in fine que ce texte est mal conçu et qu’il comporte un aspect liberticide.

Réaction sécuritaire mal pensée

Vous avez dit « repli sur soi » ? partie 5 (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne », suite de la 1ère partie, la 2ème partie, la 3ème partie et la 4ème partie


Protectionnisme dynamique

Par leur doctrine simpliste, les néo-libéraux n’ont pas seulement manifesté une grande pauvreté d’esprit. Ils ont démontré leur totale incompétence en économie, et leur ignorance de toute forme de véritable stratégie. La prise d’initiative atteint son apogée dans ce que l’on nomme, la « guerre de mouvement ». Celle-ci consiste à employer des unités sans cesse en progression, à préparer l’offensive derrière chaque opération de défense. Elle nécessite d’alterner protection des unités et déploiement continu de celles-ci. Les hoplites grecs, les armées d’Hannibal, les unités blindées de Patton ont toutes appliquées les mêmes principes, tout comme dans le jeu d’échec la formation de structures de défense anticipe leur déplacement et leur transformation en structure d’attaque.

C’est là le contresens complet commis par les néo-libéraux : le « blindage » du protectionnisme que les souverainistes appellent de leurs vœux n’est pas celui de la statique ligne Maginot, mais celui de l’utilisation dynamique des blindés. On peut ainsi parler de « protectionnisme dynamique » ou « protectionnisme actif », ou encore « protectionnisme offensif ». Qui aurait été assez fou pour envoyer ses phalanges sans bouclier, sans armure et sans cimier ? Qui pour autant se déployaient et se redéployaient sans cesse en une chorégraphie guerrière. L’alternance des phases de défense et des phases d’attaque réunies en un seul mouvement est au fondement de toute stratégie.

Du reste, les Etats-Unis ont pratiqué sans cesse le protectionnisme dynamique, avec le succès que l’on connaît, ainsi que le Japon. Allons-nous rester les seuls à ne pas appliquer les lois de la stratégie pour nous laisser éventrer ? Un néo-libéralisme pur fut appliqué par Margaret Thatcher sur l’industrie automobile anglaise. Dites-moi ce qu’il reste de l’automobile anglaise …

samedi 9 mai 2015

La Grande-Bretagne votera pour sortir de l’UE en 2017




Pourquoi Cameron gagne ?

Cette élection est marquée par un effondrement des Libéraux-Démocrates, victime de leur coalition avec les Conservateurs, et qui tombent de 23 à 8% des suffrages et de 57 à 8 députés ! Le premier vainqueur pour le nombre de voix est UKIP, qui passe de 3 à 12,6%, mais ne gagne qu’un siège. Les nationalistes écossais, s’ils ne passent que de 1,6 à 4,7% des voix, passent de 6 à 56 sièges, emportant la quasi totalité des sièges en Ecosse, démontrant que l’unité du Royaume est toujours fragile. Paradoxalement, les travailliste gagnent un peu plus de voix que les conservateurs (1,5 point contre 0,8) mais le parti de David Cameron arrive bien en tête (36,9% contre 30,4%) et surtout gagne 24 sièges, à 331 sur 650, alors que le parti d’Ed Milliband en perd 26 à 232 sièges, du fait de sa déroute en Ecosse.



Les raisons de cette victoire sont multiples. La relative reprise économique, malgré ses innombrables limites, valide en partie la politique économique de la majorité. La première force de David Cameron a peut-être été la faiblesse de son premier adversaire, qui n’a jamais réussi à vraiment convaincre, d’autant plus que la crise de 2008 a sérieusement entamé la crédibilité des travaillistes en matière économique. Son pari de promettre un référendum en 2017 sur la sortie de l’UE s’est avéré gagnant, d’autant plus que les travaillistes ont refusé de faire de même. David Cameron récolte peut-être aussi les fruits de sa politique à l’égard des personnes âgées, largement épargnées par les coupes, comme l’avait dénoncé The Economist dans un dossier très intéressant, malgré sa prise de position en faveur des Tories.

Nouvelle crise en vue pour l’UE

Vous avez dit « repli sur soi » ? partie 4 (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne », suite de la 1ère partie, la 2ème partie et la 3ème partie


4       Les néo-libéraux : des gens très repliés sur eux-mêmes

Les soi-disant tenants de la « société ouverte » se retrouvent actuellement dans une position de grande fermeture aux autres et à l’ensemble du monde. L’hypocrisie des buts finit par se payer au prix fort : lorsque l’on ne défend l’héritage des lumières que comme paravent de ses intérêts personnels, le retour de bâton est rude. Le repli sur soi des néo-libéraux se manifeste très simplement selon les trois usurpations exposées précédemment :

4.1      Un repli sur soi philosophique

Les tenants du néo-libéralisme n’admettent plus aucune contradiction, et se considèrent comme détenteurs de toute vérité. Qu’une telle attitude soit la trahison la plus complète du rationalisme critique ne leur vient même plus à l’idée. L’on voit apparaître chez eux tous les symptômes d’une pensée totalisante et totalitaire :
·       Ainsi ressurgissent les notions de « fin de l’histoire » chère à Hegel, de « TINA » (there is no alternative), de « cercles de la raison » qui sont surtout devenus les cercles de l’incompétence. Popper le montrait bien dans « la société ouverte », quiconque accapare pour soi le monopole de l’histoire, de la raison ou de toute autre explication du monde est en route vers la servitude. Les néo-libéraux apparaissent ainsi comme une nouvelle forme de l’historicisme, matrice de tous les totalitarismes nés au XXème siècle.

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vendredi 8 mai 2015

La faillite du système éducatif étasunien


Coûts astronomiques pour système aristocratique



Quand on parle de faillite du modèle des universités étasuniennes, il ne s’agit pas de faillite des universités. En 35 ans, elles ont réussi à multiplier leur prix par 3, leurs campus étant devenus les temples dorés de nos temps modernes : il en coûte en moyenne 31 000 dollars sur 4 ans dans le privé (contre un peu moins de 10 000 dollars pour les universités publiques). Et encore, il s’agit d’une moyenne puisque cette somme peut représenter le montant annuel dans les plus prestigieuses ! Et si cette somme se retrouve plus dans le personnel administratif : on est passé de 2 professeurs pour 1 administratif en 1976 à la parité aujourd’hui,  comme l’a montré The Economist il y a deux ans.





Un système totalement dysfonctionnel

Vous avez dit « repli sur soi » ? partie 3 (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne », suite de la 1ère partie et de la 2ème partie


1       L’usurpation politique

Les souverainistes d’aujourd’hui sont bien davantage les dignes descendants de Voltaire, de Montesquieu, de David Hume et de John Locke que ne le sont les néo-libéraux. Avant tout parce qu’ils sont attachés à leur indépendance et leur liberté de parole, préalables aux libertés économiques et non le contraire.

Les néo-libéraux s’approprient une lignée dont ils ne sont pas dignes, parce qu’ils n’ont plus aucun recul critique sur leurs propres agissements. Un Nigel Farage illustre bien de quel côté la défense de l’indépendance et de la liberté de ton sont passées : Farage est issu de cette pure tradition anglaise défendant farouchement son indépendance née avec John Locke et Hutcheson, incarnée pendant la guerre par un Churchill, retrouvée dans ce mélange d’humour et de ténacité que l’on apprécie chez nos voisins d’outre-manche.

Les néo-libéraux quant à eux ne font plus qu’ânonner les mots de « liberté individuelle » de façon mécanique comme un mantra, en en étant totalement dépourvus. Ils ne se reposent plus sur l’indépendance pugnace des créateurs de valeur, mais sur des monstres bureaucratiques tels que la commission de Bruxelles. Celle-ci réussit l’exploit d’additionner la bêtise écervelée de la dérégulation générale des marchés avec la lourdeur bureaucratique d’une institution stalinienne, en un mot de réunir ce que les deux camps politiques de la droite et de la gauche ont produit de pire en une seule institution.