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jeudi 9 juillet 2015

Piketty vs Lordon vs Leparmentier : déboussolés, les eurobéats en sont réduits à chercher des méchants

La possible sortie de la Grèce de l’euro provoque une sorte de court-circuit chez les eurobéats : l’euro ne devait-il pas apporter prospérité et être irréversible ? Certains, notamment parmi les ex-UMP, se tournent vers l’austéritarisme allemand en s’en prenant de manière dérisoire et contradictoire à la Grèce. D’autres, comme Piketty, se raccrochent encore au serpent de mer d’une Europe plus sociale.



Des causes, des conséquences et des rêves

Si Piketty a fait un immense travail sur les inégalités ou la fiscalité et qu’une grande partie de son constat sur la Grèce est juste, il fait complètement fausse route sur les solutions. Face à un Arnaud Leparmentier qui a ressorti tous les clichés les plus ridicules pour défendre la ligne eur-austéritaire (les retraités Allemands ou les pauvres Slovaques qui paieraient pour des Grecs ingrats et archaïques), et qui a même osé dire que l’excédent primaire était le signe du succès des plans, Piketty a dénoncé les excès d’austérité (s’appuyant sur le FMI, qui a reconnu une erreur d’évaluation de l’effet depressif de l’austérité), et les demandes d’un excédent primaire de 4% en 2018. Il a aussi relativisé la restructuration de la dette Grecque en notant que ce qui a été perdu avec la perte de croissance est bien plus important.

Ensuite, il a dénoncé « les conservateurs, en particulier en Allemagne, (qui) sont sur le point de détruire l’Europe » et juge « ceux qui veulent chasser la Grèce de l’eurozone aujourd’hui finiront dans les poubelles de l’histoire ». Un jugement un peu lapidaire pour qui connaît les positions de Krugman ou Stiglitz. En fait, pour Piketty, si l’euro ne marche pas, ce serait la faute de la droite allemande et il suffirait de la mettre en minorité dans un parlement commun qui déciderait des déficits. Mais ceci est totalement illusoire. D’abord, il faut noter que la gauche allemande (par la voix de Sigmar Gabriel), n’est pas moins dure que la droite, et qu’Angela Merkel avait bien précisé que les euro-obligations ne se feraient pas de son vivant. Bref, on est dans de la pensée magique, une solution qui n’en est pas une.

Mais qui sont les apprentis sorciers ?

jeudi 13 février 2014

L’euro : trop cher pour la France et menacé par les juges allemands de Karlsruhe




L’euro cher, une calamité pour l’industrie

Déjà, la politique de franc cher des socialistes au début des années 1990 avait envoyé un million de français au chômage. Il y a six ans, l’euro cher avait plongé les économies européennes dans une récession avant la crise des subprimes. Aujourd’hui, à 1,36 dollars l’euro, les industriels français tirent la langue, comme Thales qui a annoncé un plan de compétitivité pour y répondre : à 1,25 dollars, cela va, mais le cours actuel annule l’effort du CICE, comme le rappelle même Arnaud Montebourg. En fait, il y a 6 ans, Airbus avait été contraint d’acheter plus de pièces détachées aux Etats-Unis pour rester compétitif par rapport à Boeing, comme l’avait dénonce Louis Gallois, quand il était le patron de l’avionneur européen.

C’est ce qui a poussé le ministre du redressement productif à demander à ouvrir « une bataille politique pour faire baisser l’euro ». Si le constat n’est pas faux (notamment quand il dit que « nous sommes victimes d’une guerre des changes à laquelle nous sommes les seuls à ne pas réagir »), il est illusoire. La France n’a pas de moyen pour changer quoique ce soit à la gestion de la monnaie unique. Pire, il n’est pas le seul dirigeant à demander cela : Nicolas Sarkozy l’avait fait en vain lui-aussi… Mieux, une étude du CAE pour Matignon indique qu’une baisse de 10% de l’euro ferait progresser le PIB de 0,6% en un an et 1% en deux ans. Le moyen de clouer le bec à ceux qui caricaturent l’effet des dévaluations.

Quand la zone mark se rebelle

samedi 21 septembre 2013

Quand le Monde se moque du monde sur l’euro


Arnaud Leparmentier vient de signer un éditorial absolument navrant sur l’euro, recourant à tous les poncifs qui existent pour critiquer la proposition de retour au franc. Il ferait mieux de lire les critiques de la monnaie unique exprimées par la bagatelle de 9 « prix Nobel d’économie ».



Faire peur, la dernière ligne de défense

Bien sûr, cette tribune s’intitule « euro boche contre franc le pen » et il ne s’agit pas pour moi de venir en aide à la présidente du FN. Comme hier, je continuerai à la combattre, parce qu’elle est d’extrême-droite, qu’elle ne cesse de mentir et qu’elle est incompétente. Mais ce n’est pas parce qu’il vise Marine Le Pen qu’il ne faut pas répondre à ce torchon du Monde, où la rigueur intellectuelle ne cesse de reculer. En fait, la stratégie des partisans de la monnaie unique européenne est assez simple. Parce qu’il est impossible d’en prouver le moindre bienfait, leur dernière ligne de défense est la peur.

C’est bien ce qui ressort de cette avalanche d’arguments tous plus faux les uns que les autres. Il ne manque plus que les sauterelles et le sang dans la Seine… Naturellement, il évoque un cataclysme monétaire comparable à la faillite de Lehmann. Ensuite, nos taux s’envoleraient. Puis il fait un sort à la dévaluation en affirmant que cela « donnerait de l’air au capital et pénaliserait retraités, fonctionnaires, salariés des services » (du fait de la hausse du prix de pétrole). Il évoque même la tutelle du FMI de la Grande-Bretagne. Il condamne la probable irresponsabilité budgétaire tout en disant que « l’euro a permis (à la France) de se comporter de manière irresponsable. Enfin, il affirme que cela provoquerait une augmentation de la dette de 400 milliards et que les iPhone s’échangeraient au marché noir.

Une bouillie d’arguments indigents

lundi 4 mars 2013

Les critiques de l’euro continuent à gagner du terrain


Malgré le calme des marchés financiers, le débat sur l’euro continue. Arnaud Le Parmentier dans le Monde vient de se demander « s’il fallait signer le traité de Maastricht qui tourne au désastre. Après l’avoir tant défendu, on finirait par en douter ». Les rangs des euro-sceptiques ne cessent de grandir.

Quand les faits confirment nos dires

Bien sûr, Charles Gave est le président de l’institut des Libertés, un cercle de réflexion volontiers néolibéral. Néanmoins, la critique de la monnaie unique vient de droite comme de gauche (Sapir, Lordon, Nikonoff). Et il faut reconnaître que ses arguments en la matière sont plus que pertinents. Tout d’abord, il rappelle qu’en 2000, il avait écrit dans un livre que « l’euro allait amener à trop de maisons en Espagne, trop de fonctionnaires en France et trop d’usines en Allemagne ».



Ensuite, il souligne dans un graphique que, faits à l’appui, la mise en place de la monnaie unique a provoqué une grande divergence industrielle en Europe. Alors qu’avant, la croissance de la production industrielle était de 2,5% par an, non seulement elle s’est mise à stagner depuis, mais plus encore, à diverger, avec une Allemagne où elle a cru de 20% de 2000 à 2012, quand elle a baissé de 10% en France et 20% en Italie et en Espagne. Pour lui, la raison est simple : « c’étaient les variations de taux de change (…) qui permettaient aux différents systèmes de s’adapter au travers du temps ».

Un ami m’a fait parvenir un papier passionnant de l’INSEE de 2008 qui étudie en détails « les effets de l’appréciation de l’euro sur l’économie française ». Ce papier souligne que les exportations françaises sont beaucoup plus sensibles aux mouvements de prix que les exportations allemandes (elles baissent de 0,7% en volume pour une perte d’un point de compétitivité contre 0,3% outre-Rhin). Mais surtout, elle confirme les dires de Jacques Sapir en chiffrant à 1,7 points de PIB perdus sur 4 ans pour une appréciation de l’euro de 10% (0,5 point en année 1, 1,1 point au bout de l’année 2).

Deux nouveaux opposants

mardi 29 janvier 2013

Le coming-out germanophobe et néolibéral du Monde



Le Monde en perd son latin

Il faut vraiment lire la tribune d’Arnaud Leparmentier dans le Monde. Il parait un peu perdu car s’il semble dénoncer « l’antigermanisme et la critique contre le supposé impérialisme économique allemand », il précise qu’il « est tentant de balayer le reproche d’un revers de main ». A contrario, cela indique qu’il ne fait pas vraiment et qu’il y a donc une part de vérité dans les critiques portées contre l’Allemagne, et dont Jacques Sapir a sans doute été un des meilleurs avocats.

Tout d’abord, il souligne que « les modalités d’application de l’Ordnungspolitik (politique économique générale) ne sauraient se faire aux conditions allemandes », ce qui signifie aussi tout d’abord que la France (de Nicolas Sarkozy, comme de François Hollande) cède trop aux exigences allemandes, mais également que la construction européenne actuelle permet cela. Ensuite, il rappelle que l’Allemagne a tendance à appliquer un deux poids deux mesures à l’échelle européenne.

En effet, Arnaud Leparmentier rappelle que « les Allemands veulent imposer les règles européennes à condition de ne pas y être complètement assujettis » et prend exemple sur l’union bancaire, qui n’inclut pas les caisses d’épargne et les banques régionales d’outre-Rhin. Il souligne également que l’Allemagne a refusé les règles qu’elles imposent aux autres concernant la fusion EADS-BAE du fait du risque que cela faisait porter sur les implantations industrielles allemandes…

En creux, un discours néolibéral et contradictoire