jeudi 16 mai 2013

La taxe Tobin sous le feu de Londres et des banques


Etant donnée la crise financière que nous avons traversée et les déficits publics auxquels sont confrontés les Etats, la mise en place d’une taxe sur les transactions financières devrait être une évidence. Cependant, le projet européen avance lentement, du fait de la pression des banques et de Londres.



Une Europe divisée et timide

Le projet de taxation des transactions financières avance lentement. Le Parlement européen avait voté en mars 2011 en faveur d’un tel projet, puis la Commission Européenne a fini par y voir une opportunité pour augmenter ses ressources. Aujourd’hui, 11 pays avancent (dont la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, mais pas la Grande-Bretagne) et la Commission a autorisé ce groupe à mettre en place une taxe de 0,1% sur les achats d’actions et de 0,01% sur les dérivés début 2014.

Tout le problème du projet à l’origine était qu’il suffisait d’acheter ou de vendre en dehors de la zone concernée pour échapper à la taxe. Mais depuis, un nouveau shéma a été mis au point qui concerne désormais toutes les actions ou tous les titres venant du groupe de pays, même si les échanges se font à l’étranger. Comme le rapporte The Economist, si un fond étasunien vend à une banque de Singapour une action européenne, il devrait théoriquement acquitter la taxe.

La Grande Bretagne, rattrapée par ces dispositions, est vent debout contre le projet (que The Economist débine une semaine sur deux) et a demandé à la Cour de Justice Européenne d’y mettre fin ! Le journal britannique développe les arguments des banques, pour qui ce projet mettrait en péril la liquidité des marchés à court terme (moins rentables) et défavoriserait les banques européennes, qui perdraient en compétitivité. Malheureusement, les lobbystes semblent faire un travail efficace auprès du groupe de onze pays pionniers et le projet semble avoir du plomb dans l’aile.

Une mesure essentielle

mercredi 15 mai 2013

Taux longs : l’euro a déjà explosé !


La semaine dernière, le Portugal a réussi pour la première fois depuis plus de deux ans à emprunter sur les marchés (3 milliards d’euros à 5,65%) et les taux longs se sont bien détendus en Espagne (4,3%) et en Italie (4%). Mais il y a d’autres fronts sur lesquels la BCE ne parvient pas à rétablir la situation.

 Après les dettes souveraines, les dettes privées

En effet, cela fait maintenant 9 mois que les marchés ne sont plus secoués par des tensions sur les taux longs puisque ceux-ci sont retombés à des niveaux historiquement bas en Espagne et en Italie. Les déclarations de Mario Draghi, président de la BCE, l’été dernier, semblent avoir fonctionné, au moins pour le moment. Même la crise chypriote n’a pas vraiment paniqué les bourses, malgré la forte décote appliquée sur les comptes et les retrictions aux mouvements des capitaux.



Cependant, il y a un front où la crise ne cesse d’empirer : celui des taux d’emprunts aux entreprises non financières, en clair, le moyen de financement de l’économie productive. Comme le montre ce graphique de The Economist, alors qu’à la veille de la crise financière, l’écart entre les taux français et italiens était tombé en dessous de 1 point, l’écart ne cesse d’augmenter depuis : de 2 points en 2010, il est passé à près de 4 points aujourd’hui puisque les entreprises non financières italiennes empruntent à environ 6%, contre un peu plus de 2% pour les entreprises françaises. Un écart colossal.

En clair, comme le note l’hebdomadaire, « la BCE a perdu le contrôle sur les taux d’intérêt en Espagne et en Italie », par rapport à l’avant-crise. Et cela est très problématique car cela contribue à asphyxier l’économie de nos voisins, étranglés par des taux d’intérêt punitifs. Du coup, alors que le niveau du crédit est stable en France, il recule d’environ 4% en Italie et de 15% en Espagne. Et ce recul y accentue encore la récession économique, car les entreprises ne parviennent plus à se financer.

La zone euro, zone monétaire dysfonctionnelle

mardi 14 mai 2013

Bitcoin, ou la folie de la monnaie virtuelle


Le 10 avril, après avoir décuplé en un peu plus de trois mois, le prix des Bitcoin baissait brutalement de 20% suite à un problème de logiciel de l’entreprise qui gère environ 80% des transactions avec cette monnaie virtuelle. Un avertissement sans frais sur les dangers des monnaies virtuelles.

Les monnaies virtuelles, enfants de la banque libre

Les Bitcoins ont été lancés en 2009. Il y en a environ dix millions en circulation et les créateurs ont annoncé qu’ils limiteraient leur nombre à 21 millions. The Economist affirme que le système de création et d’échange est encore plus sûr que les monnaies réelles et que des entreprises normales commencent à les accepter. L’avantage de ces monnaies virtuelles serait qu’elles réduisent les frais de transaction, notamment pour les échanges internationaux, ce qui aide leur développement.



Néanmoins, l’hebdomadaire britannique souligne également que cette monnaie, utilisée anonymement, est aussi largement utilisée par les organisations criminelles. En outre, sa valeur varie de manière totalement irrationnelle et exubérante puisqu’une même unité, qui valait 15 dollars en début d’année, est montée à plus de 200 dollars courant avril. Bitcoin n’est pas la seule monnaie virtuelle : outre quelques monnaies internes à certaines entreprises (Facebook), deux autres entreprises ont lancé des monnaies concurrentes : Litecoin et surtout Ripple, émis et limités à cent milliards par leurs créateurs.

The Economist évoque le possible développement d’autres monnaies, par exemple Visa. On pourrait aussi penser à des entreprises comme Amazon ou Ebay. Naturellement, se pose la question de la réglementation de ces monnaies : une agence étasunienne s’est emparée de la question mi-mars mais ne donne pas de signe indiquant qu’elle pourrait les interdire. D’une certaine manière, il s’agit d’une renaissance limitée des banques libres, qui émettaient leur propre monnaie.

Des monnaies qu’il faut interdire

lundi 13 mai 2013

Pas besoin de 6ème République !


C’est une des sujets du moment. L’alternance illusoire entre le PS et l’UMP et la difficulté de parvenir à un véritable changement seraient le fruit d’un problème institutionnel, ce qui imposerait un changement de Constitution pour s’en sortir. Une analyse à courte vue.



La 5ème République n’est pas coupable

La logique peut sembler imparable. En effet, depuis une trentaine d’années, nous alternons entre des majorités socialistes et des majorités de droite qui vont toutes dans le sens d’une plus grande intégration européenne et d’une plus grande libéralisation économique, sans qu’il semble possible de sortir de cette fausse alternance. Tout ceci donne un sentiment d’impuissance aux citoyens qui veulent changer, et peut les tenter alors de vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain.

Mais cela n’est pas juste. Ce n’est pas la Cinquième République qui est coupable. Tout d’abord, il faut bien reconnaître que l’indistinction entre la gauche de gouvernement et la droite de gouvernement n’est pas une spécifité française. En Allemagne ou en Italie, elles ont gouverné ensemble et se distinguent encore peu sur ces sujets (Europe, mondialisation). Les alternances en Grande-Bretagne ou en Espagne n’ont pas non plus mené à de grandes révolutions dans ces domaines.

En fait, nous ne devons pas oublier le rôle des circonstances historiques dans les inflexions politiques. Il y a un peu plus de vingt ans, le capitalisme a remporté une victoire triomphante sur le communisme. Il y a quinze ans, à l’approche du nouveau millénaire, le monde a aussi connu une phase de croissance forte qui semblait valider le discours néolibéral, poussant ce qu’on appelle la gauche toujours plus à droite économiquement. Bref, un contexte peu favorable à la remise en cause de la mondialisation néolibérale. L’absence de changement a des raisons profondes.

La 5ème République, une alliée du changement ?

dimanche 12 mai 2013

Le scandale du poisson transgénique


Fin avril, la FDA a ouvert une consultation publique pour la commercialisation d’un saumon doublement modifié génétiquement. Cela a déclenché une énorme polémique et une forte opposition des citoyens. Encore une fois, l’appât du gain amène à prendre des décisions plus que contestables.

Le saumon Frankenstein ?



La consultation ouverte par l’agence de régulation de l’alimentation aux Etats-Unis concerne un poisson qui a subi deux modifications génétiques. La société AquaBounty Technologies lui a adjoint un « premier code pour une hormone de croissance normalement présente chez le saumon royal de l’océan Pacifique ; le second, issu d’une anguille, doit faire grandir le saumon tout au long de l’année, même lors de la saison froide alors que la croissance se met d’ordinaire en pause ». En clair, ils « deviennent adultes en deux fois moins de temps (…), dix-huit mois au lieu de trois ans ».

C’est bien la quête de profit qui anime Aquabounty. En soit, ce n’est pas forcément un mal. C’est aussi un des moteurs qui a permis bien des progrès. Néanmoins, il ne faut jamais oublier que cette quête de profits peut aussi faire oublier la plus élémentaire prudence, comme on a pu voir avec les farines animales (à nouveau autorisées par l’UE) ou les OGM. Deuxième problème : les consommateurs ne seront pas informés de l’origine du poisson, à savoir qu’il ne sera pas obligatoire d’indiquer si les saumons vendus sont modifiés génétiquement ou pas, ce qui est totalement anormal.

Ensuite, pour éviter d’affecter les populations sauvages, il ne doit être élevé que dans des bassins sur terre et ne comporter que des femelles stériles. Mais « la FDA indique que seulement 95% des saumons pourraient être stériles, le reste étant fertile », créant un risque de dissémination. Et, comme le rapporte le Monde, « les tests ont conclu à des taux d’hormones de croissance 40% supérieurs et un potentiel allergénique 20 à 50% plus importants que les saumons normaux ». Enfin, la plupart des tests évoqués semblent bien trop courts pour assurer l’innocuité à moyen terme.

Du besoin d’un débat public

samedi 11 mai 2013

Grèce, Irlande, Portugal, Italie, banques : vers le grand défaut ?


Comme le montre la crise que nous traversons depuis maintenant cinq ans, la zone euro est profondément dysfonctionnelle. Cela aboutira tôt ou tard par le démontage de la monnaie unique. Et il y a fort à parier que le facteur déclencheur sera le défaut désordonné d’un Etat ou d’une banque.



Le château de cartes grandit

Depuis plus de cinq ans avec Bear Sterns et trois ans avec la Grèce, les Etats conçoivent des plans dits de sauvetage des banques ou d’autres Etats. La Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Irlande ont été contraints de nationaliser de grandes institutions financières pour éviter leur effondrement, même si cela représente un prix très élevé pour la collectivité. Mais, ce faisant, les dettes du passé n’ont pas disparues. Elles ont juste changé de mains et gonflé furieusement le passif de ces Etats…

Si la situaiton des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne est gérable, du faible d’une dette publique autour de 90% du PIB, et surtout de la monétisation d’une partie importante de la dette par leur banque centrale respective, la situation est tout autre pour l’Irlande. Voici un pays qui affichait une dette publique de moins de 40% du PIB en 2007 et qui atteint aujourd’hui 120% ! Certes, le pays a bénéficié d’une aide discrète, mais importante de la BCE (qui a monétisé près de 20% de sa monnaie), mais il est tout sauf évident que Dublin pourra honorer sa dette dans les conditions actuelles.

La situation est également très préoccupante au Portugal, qui affiche une dette publique supérieure à 100% du PIB, ou en Italie (130% du PIB de dette). En outre, les nouveaux mécanismes européens ont ajouté de la dette à la dette, comme le rapporte ce papier de BFM, qui rappelle que Paris est déjà engagé à hauteur de 69 milliards… Tout le problème dans la zone euro est qu’il n’y a pas la soupape de la monétisation par la banque centrale, qui permet d’alléger le fardeau des Etats.

Eviter un défaut désordonné

vendredi 10 mai 2013

Le protectionnisme doit-il être européen ?


Après avoir fait un constat robuste sur les limites du libre-échange pour les pays dits développés comme le nôtre et un plaidoyer pour plus de protection, les auteurs rentrent dans la politique pour expliquer l’évolution du débat public puis de proposer comment mettre en place un protectionnisme.



Le débat qui dérange

Les auteurs se demandent « si la croyance dans la théorie dominante était devenue trop puissante pour imaginer qu’elle puisse produire autre chose qu’un progrès indéfini ? Et si le dogme du libre-échange était devenu si prégnant qu’il s’est mué en parole d’Evangile » ? Ils notent que ces idées ont été défendues par toutes les élites à quelques exceptions près (Maurice Allais), oubliant de noter le rôle du contexte historique porteur. Ils soulignent que le débat public est compliqué par les anathèmes portés contre les défenseurs du protectionnisme, traités de fascistes. Ils soulignent que les élites tendent à penser que « le peuple est victime d’une illusion ; il croit s’appauvrir, alors qu’en fait, il s’enrichit ».

Ils notent que Paul Krugman a changé d’opinion en écrivant en 2007 qu’« on ne peut plus affirmer, comme il y a une douzaine d’années, que les effets du commerce sur la répartition des revenus dans les pays sont modérés. On peut considérer au contraire qu’ils sont significatifs, voir importants et qu’ils pourraient bien le devenir plus encore ». Ils citent également Paul Samuelson qui disait en 2004 que « les gains pour les Etats-Unis liés au commerce international ne sont pas nécessairement supérieurs aux pertes » et Michel Rocard : « la Chine et l’Inde sont capables de produire tout ce que nous fabriquons. Et comme leurs coûts sont moindres, ce sont tous nos emplois industriels qui sont menacés ».

Les auteurs font un historique passionnant des débats sur le libre-échange en France depuis deux siècles, qui montre que cette question s’est toujours posée et qu’elle traverse la gauche comme la droite. Au début du 19ème siècle, c’était plutôt la gauche qui était libre-échangiste, au nom de la défense des consommateurs, avant de devenir protectionniste dans la deuxième moitié du siècle. La vague néolibérale des années 1980 balaiera cette évolution et touchera tout le monde. De manière étonnante, les auteurs voient dans la mention du « juste échange » dans le programme socialiste de 2012 un véritable « aggiornamento idéologique », démenti par les faits depuis, malgré les dires de Montebourg et Bachelay.

Protectionnisme contre protectionnisme

jeudi 9 mai 2013

Quand le protectionnisme devient inévitable


C’est un livre important sorti pendant la campagne présidentielle. Franck Dedieu, de l’Expansion, Benjamin Masse-Stamberger, de l’Express et Adrien de Tricornot, du Monde, ont publié « Inévitable protectionnisme » l’an dernier. Le signe d’un basculement des médias sur la question du libre-échange ?



Le besoin de protectionnisme

Il y a quelque chose d’extraordinairement réjouissant à lire sous la plume de journalistes de l’Expansion, de l’Express et du Monde tous les constats poussés par Jacques Calvet, Emmanuel Todd, Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement il y a vingt ans, rejoints aujourd’hui par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau. Ils rappellent justement la croyance qui a animé nos dirigeants depuis tant d’années : « moins on entrave les mouvements des acteurs privés, mieux se portent le système économique et les différents agents qui le composent ».

Deux constatations sont venus remettre en cause la vision du monde des auteurs : l’explosion des inégalités salariales et les heurts de plus en plus violents du cycle économique, rappelant cette belle citation du Général de Gaulle : « le laisser-faire et le laisser-passer appliqué à l’économie (…) a souvent donné (…) au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».

Ils font une belle comparaison avec la guerre, citant Paul Valéry : « la guerre est faite par de braves gens qui s’entretuent sans se connaître au profit de gens qui se connaissent, mais ne s’entretuent pas ». Pour l’Europe et les Etats-Unis, les auteurs affirment que nous sommes dans un processus de « destruction destructice ». Reprenant une étude de la Banque Mondiale, ils affirment que la mondialisation en cours ne profite qu’à la Chine puisque s’il y a 517 millions de pauvres en moins, il y en a 627 millions de moins en Chine, ce qui signifie qu’il y en a 110 millions de plus ailleurs. Ils soulignent, en outre, que les modèles gagnants (Corée du Sud, Chine) sont protectionnistes.

Les auteurs affirment que « non pas que la libéralisation des échanges soit systématiquement à proscrire. Mais l’idée que celle-ci soit toujours, dans tous les lieux et tous les temps, la meilleure solution nous est de plus en plus apparue comme une folie ». En effet, ils constatent que tout cela produit du chômage et une paupérisation des classes moyennes et soulignent la logique absolutiste (pour ne pas dire autoritaire et anti-démocratique) des marchés. Ils se réclament d’une forme de libéralisme humaniste, équitable et tempéré et appelle par conséquent à un protectionnisme européen.

Pourquoi le libre-échange est une impasse

mercredi 8 mai 2013

Les ferments de la fin de l’euro


Des marchés au plus haut depuis longtemps, l’Italie qui parvient à former un gouvernement après une élection très serrée, des taux longs italiens au plus bas depuis 30 mois : la petite bulle de l’UE semble bien se porter. Mais, dans la réalité, l’édifice se craquelle de plus de plus…

Le divorce d’avec les peuples

On sous-estime le fossé qui existe aujourd’hui entre les peuples de bon nombre de nations européennes et l’Union Européenne. Alors que la confiance dans l’UE naviguait entre 45 et 50% jusqu’en 2009, elle est tombée à 33% à l’automne dernier et seulement 30% des citoyens des pays membres en ont une opinion positive. Mieux, quand on creuse les données européennes, on constate que seulement 18% des Grecs, 20% des Espagnols et des Britanniques, 30% des Allemands, 31% des Italiens et 34% des Français lui font confiance (et de 53 à 81% ne lui font pas confiance).



Ce divorce est particulièrement sensible pour les pays du Sud de l’Europe, où l’Europe avait, il y a encore quelques années, une image très positive. Le fait que 72% des Espagnols ou 59% des Allemands n’aient pas confiance dans l’UE est un fait politique majeur qui aura de grandes conséquences lors des prochaines élections, comme le montre le grand succès de UKIP, ou les élections italiennes. Les peuples en ont assez de cette Europe bureaucratique qui mine la démocratie, à la solde des lobbys, des multinationales et des banques et prête à les torturer pour essayer de sauver l’euro.

La crise économique majeure dont nous ne parvenons pas à sortir depuis 2008 démontre l’échec total des politiques économiques impulsées par Bruxelles, et acceptées par tous nos gouvernements. Déjà, avant la crise, seul le Japon avait une croissance plus faible que la zone euro (1,9% contre 2,1% de 2003 à 2007). Mais depuis 2008, la zone euro est la lanterne rouge du monde (-0,3% de 2008 à 2012 contre –0,1% pour le Japon et 0,6% pour les Etats-Unis*). Pire, la situation ne cesse de se détériorer sur le front du chômage, qui bat record sur record et provoque une vague de misère inédite.

Des nations de plus en plus hostiles

mardi 7 mai 2013

Que penser du délai de 2 ans donné à la France pour réduire les déficits ?

Il y a quelques jours, la Commission Européenne a annoncé qu’elle donnait deux ans de plus à la France pour atteindre l’objectif de 3% de déficit public. Si le gouvernement s’est rapidement félicité de ce qu’il voit comme une victoire de sa ligne, cette présentation des faits est assez abusive.



La victoire du principe de réalité

Pierre Moscovici, pas à une malhonnêteté intellectuelle près, n’a pas ménagé son effort pour enjoliver cette annonce : « c’est décisif, c’est un tournant dans l’histoire de la construction européenne depuis que l’euro existe (…) On assiste à la fin d’une certaine forme d’orthodoxie financière et à la fin du dogme de l’austérité (…) c’est une victoire pour les thèses françaises (obtenues) parce que nous avons une politique crédible ». Rien que cela ! On passera sur la crédibilité de sa politique après la révision à la hausse du déficit pour 2012 et 2013 et l’admission que viser 2,9% en 2014 était irréaliste.

Tout d’abord, il faut noter que le délai donné à la France vient après plusieurs délais donnés à d’autres pays, comme l’Espagne. Ensuite, on peut penser que la Commission Européenne, las de voir les prévisions de réduction de déficit non respectées en France, en Espagne, au Portugal, en Grèce ou en Italie, a seulement pris acte du fait que les calendriers de réduction des déficits étaient tout simplement totalement irréalistes et a donc préféré lâcher un peu de lest pour regagner en crédibilité, mais aussi essayer d’améliorer son image, de plus en plus mauvaise dans toute l’Europe.

Un étranglement plus lent

En effet, viser un déficit de 2,9% en 2014 était très risqué pour la France. Cela représentait une baisse de 1,9% par rapport à 2012. Cela peut ne pas paraître si difficile. Mais du fait de la révision à la hausse du multiplicateur (l’impact d’une baisse des déficits sur le PIB), les coupes nécessaires pour obtenir un tel chiffre sont bien plus importantes. En prenant un coefficient de 1, dans le bas de la nouvelle étude du FMI, cela suppose que l’effort à réaliser est du double, soit 3,8% du PIB en baisses de dépenses ou hausses d’impôts pour réduire les déficits, du fait de la baisse du PIB.

Soit dit en passant, cela signifie que si la France vise 2,9% de déficit en 2015, elle devra faire un ajustement budgétaire équivalent à 3,8% du PIB, qui laissera le PIB 3,8 points plus bas qu’il ne l’aurait été sans ce plan. Contrairement à ce que dit Pierre Moscovici, l’austérité n’est pas finie. Elle sera seulement davantage étalée dans le temps. Ce faisant, il n’y a aucune chance pour que le chômage baisse avant 2015… Et c’est un bon moyen pour garder la pression pour faire avancer les « politiques structurelles », le nom politiquement correct du programme de régression sociale européen.

De l’Europe et de notre souveraineté