lundi 9 mars 2015

Inégalités, bénéfices, spéculation : alerte à la bulle !

Les bourses qui battent des records, les bénéfices du CAC 40 au plus haut, des riches toujours plus riches, la spéculation sur le marché de l’art : jour après jour, de plus en plus de symptômes classiques d’une bulle spéculative apparaissent. Combien de temps faudra-t-il pour qu’elle explose ?



Ces voyants qui passent au rouge

L’analyse de la crise de 1929 par John Galbraith est un exercice assez sidérant par l’immense proximité avec la séquence qui nous a mené au krach de 2008. Presque tous les mêmes symptômes s’y retrouvent : de la spéculation aux innovations financières, de l’explosion des inégalités à celle de l’endettement, le tout sur le fond d’un discours sur un nouveau monde, naturellement plus globalisé. Problème : depuis quelques mois, il semble que nombre de voyants qui avaient caractérisé l’avant krach de 1929 et 2008 passent à nouveau au rouge, dans une séquence qui semble rappeler étrangement à la période qui a précédé ces deux krachs majeurs de l’économie mondiale moderne.


A quand le krach : demain ou après ?

dimanche 8 mars 2015

Le désastre libyen, quatre ans après

Il y a quatre ans, après beaucoup d’hésitations, et sans enthousiasme (au point que certains pensaient que je m’y opposais), j’avais soutenu l’intervention en Libye. Quatre ans après, la situation désastreuse du pays démontre que c’était une grave erreur, même si certaines motivations étaient nobles.



Le chaos libyen


Mais les années ont passé, et comme le rapporte encore une fois The Economist dans un dossier accablant, la situation du pays est absolument calamiteuse. La Libye n’est plus un pays uni, il a fait place, comme en Irak auparavant, à une guerre tribale entre factions, qui font régner un climat de terreur entre elles. Alors que 60% de la population avait voté lors des élections de 2012, seulement 18% se sont déplacés deux ans plus tard. L’alliance, dont font partie les islamistes, a pris le contrôle de l’Est du pays, faisant fuir le parlement à 1300 kilomètres, à Tobrouk. Aujourd’hui, le pays est coupé en deux entre l’Est qui avait porté la révolution de 2011 et l’Ouest, un retour à la situation des années 1960

Des paradoxes de l’ingérence

samedi 7 mars 2015

Fonds activistes : l’ode effarante de The Economist aux requins du capitalisme

Il faut le lire pour le croire. Mais pouvait-on attendre autre chose de la part de la bible des élites globalisées que cette véritable déclaration d’amour aux investisseurs activistes qui secouent les comités de direction des grandes entreprises, pour qu’ils donnent toujours plus aux actionnaires ?



Secouer le cocotier capitaliste


Ce sont ces fonds qui poussent les entreprises à donner toujours plus aux actionnaires, que ce soit par des rachats d’action ou autres moyens. C’est ainsi qu’Apple a remis en question son refus des dividendes et a lancé un vaste programme de rachat d’action. C’est ainsi également qu’IBM consacre deux fois plus d’argent aujourd’hui à racheter ses propres actions plutôt qu’à investir en recherche et développement. De manière sans doute pas si étonnante, l’entreprise voit son chiffre d’affaire reculer et même The Economist reconnaît qu’il y a sans doute un lien de cause à effet. Ce sont aussi ces investisseurs qui poussent à des ventes de filiales, des fusions ou à des restructurations sauvages…

Le nouvel excès du capitalisme actionnarial ?

vendredi 6 mars 2015

Fessée : le conseil de l’Europe et le Monde en mériteraient bien une !




Ubu s’occupe des fesses des autres

Le traitement du sujet par le Monde est assez biaisé. Cela commence par le dessin, qui, quand on y fait attention, n’est pas neutre : y est représenté un enfant extrêmement jeune et une femme aux mains totalement disproportionnées, surtout avec un si petit enfant, rendant la fessée encore plus effrayante. Le papier évoque des études qui montreraient la nocivité des « coups reçus dans l’enfance ». Outre le fait qu’il n’y a aucun lien vers une étude qui démontrerait la nocivité de la fessée, le glissement sémantique (avec le choix du terme « coups »), créé un amalgame entre les parents qui battent leurs enfants, et leur donnent des coups et ceux qui se contentent parfois de donner une gifle ou une fessée.

Bref, entre mauvaise foi et amalgame, le Monde semble prendre le chemin de Libération dans l’affaire d’il y a un an et demi où un père avait été condamné pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans. Pour aller plus loin, se pose aussi la question du rôle de ces institutions européennes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, même si je reconnais que cela est aussi la conséquence de traités votés par nos politiques. Voici l’exemple de la complexité que créé cette Europe qui éparpille les responsabilités et fait perdre du temps sur des sujets sans objet (plus de 80% des Français sont contre l’interdiction). Et cela montre aussi la tendance bureaucratique d’une construction qui prétend tout réguler.

Les paradoxes de ce débat

jeudi 5 mars 2015

Budget : le ridicule jeu de chat de la France et l’UE




Entre souk et prison


Mais les discussions ne s’arrêtent pas là. D’abord, la France doit trouver quatre milliards d’économies de plus en 2015, ce qui semble davantage répondre à un objectif politique, à savoir montrer que le pays va dans la direction souhaitée notamment par l’Allemagne. Car ce montant n’aura pas d’impact majeur. En revanche, Bruxelles pense que Paris doit trouver 80 milliards d’économie de 2015 à 2017 au lieu des 50 avancés par le gouvernement pour tenir les mêmes objectifs. Le gouvernement annonce que cela aurait un effet désastreux sur la croissance et refuse de changer son plan, d’autant plus que François Hollande vient tout juste d’annoncer qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts

Les traités ne sont que des bouts de papier

mercredi 4 mars 2015

La chienlit Bitcoin bouge encore




De nouveaux cadavres dans le placard

Il faut reconnaître que The Economist, même s’il soutient mordicus Bitcoin, n’omet pas d’en souligner les nombreux vices, belle conception du débat d’idées, même si le journal des élites globalisées est d’un dogmatisme assez effarant. Après avoir déjà consacré plusieurs papiers sur le sujet, et notamment la folle bulle de sa valeur, dans un papier de janvier, il souligne la montée des ransons numériques, où des brigands de l’ère moderne prennent contrôle de l’ordinateur d’un individu ou d’une société et exigent une rançon pour relâcher les données. Il souligne que « l’émergence du bitcoin, une crypto-monnaie digitale qui peut être utilisée de manière anonyme, en est une grande raison ».

Dans un autre papier du même numéro, il souligne qu’« en 2014, il a pedu plus de la moitié de sa valeur par rapport au dollar, faisant même pire que le rouble russe et l’hryvnia ukrainienne ». Dans un toirisème papier, qui chante les louanges de « la magie de miner », The Economist soutient qu’ils « ont trois qualités utiles pour une monnaie : ils sont difficiles à gagner, limités en quantité et faciles à vérifier ». Sauf qu’il rapporte aussi la disparition de 19 000 Bitcoins (environ 6 millions de dollars) sur la plateforme d’échange Bitstamp… Puis, il note qu’en outre, cette pseudo-monnaie n’est pas très environnementale, en ce qu’elle nécessite beaucoup d’énergie pour mettre en œuvre les transactions.

L’anarchie monétaire

Les 10 commandements du postmodernisme (6/10) : Le rapport au savoir : tu offenseras tout maître en position de t’éduquer (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)

Lire également

La doxa postmoderne énonce un principe simple : l’école – comme toute institution – est une prison (page 199) ; affirmation que l’on retrouvait d’ailleurs dans Surveiller et punir, l’ouvrage référence de Michel Foucault : « La prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons » (page 200). En fait, dès lors qu’un lieu exige l’énonciation de règles plus ou moins formelles, le postmodernisme le considère comme prison. Pour Foucault, le pouvoir n’a ainsi aucun fondement philosophique ou politique, il n’est que force pure, et bien sûr en tant que tel exercice d’oppression (page 200). Il en est ainsi de la pédagogie dès qu’elle s’appuie sur des règles, et encore plus lorsqu’elle en vient à récompenser et punir. La pédagogie ne serait finalement qu’une méthode de dressage des individus. On retrouve en outre un lien entre savoir et pouvoir : tout point d’application du pouvoir devient lieu de savoir et réciproquement, tout savoir permet d’établir un pouvoir (par exemple la démographie permet d’exercer un contrôle sur la population). Et Foucault pousse cette logique au plus loin : pour lui, c’est la prison qui fabrique la délinquance ou encore la psychiatrie qui fabrique les maladies psychiatriques (page 201). La sociologue Pierre Bourdieu reprend à son compte ce type de raisonnement : «  Toute action pédagogique est objectivement une violence symbolique en tant qu’imposition, par un pouvoir arbitraire, d’un arbitraire culturel » (page 202).

mardi 3 mars 2015

Les progrès dérisoires de la taxe Tobin européenne

The Economist, qui s’est toujours fait le porte-parole de la finance, qui s’oppose dogmatiquement à toute taxation des transactions financières, a conté dans un récent papier les timides progrès de l’initiative des pays européens. Tellement timides qu’ils n’en font pas grand cas…



La mini-taxe européenne

The Economist rapporte que la France et l’Italie ont récemment mis en place des taxes sur les transactions financières. La France s’est inspiré de l’impôt de bourse anglais en 2012 et a mis en place une taxe de 0,2% limitée aux seuls achats d’action. Même le Crédit Suisse a reconnu que l’impact sur les volumes échangés a été très limité. Le cas de l’Italie est plus intéressant car, en 2013, Rome a mis en place une taxe de 0,12% sur les actions et de 0,22% sur les échanges hors cote. Six mois plus tard, les dérivés ont aussi été taxés. En revanche, le volume des transactions a fortement baissé par rapport aux autres pays selon le Crédit Suisse. Londres et Luxembourg s’opposent à toute taxe.

Malgré cette opposition, en 2014, onze pays européens ont décidé de lancer une initiative européenne. La position de la France est ambiguë. Si elle pousse le projet, elle s’est longtemps opposée à la taxation des dérivés, dont ses banques échangent un quart des volumes européens. Les débats portent également sur les principes de la taxation : faut-il se baser sur le pays d’émission des titres, le pays de l’acheteur ou celui du vendeur ? Début janvier, la France a changé d’opinion, appuyant une large base de taxation, s’alliant avec l’Autriche et l’Italie. The Economist conclut en notant que les financiers, qui pensaient que la taxe ne verrait jamais le jour, pensent désormais que cela est possible.

Ce que révèle ce débat

lundi 2 mars 2015

Chine, Ukraine, pétrole : Washington face à un monde multipolaire

Quelques complotistes obsessionnels voient sans doute dans les derniers évènements une confirmation du fait que Washington et la CIA contrôleraient le monde. On peut penser au contraire que nous assistons à un lent avènement du multipolarisme, déjà en route financièrement.



Effet de ciseaux des comptes chinois

La montée en puissance de la Chine est le signe le plus frappant de ce rééquilibrage du monde. Certes, le yuan ne représente que 2% des paiements internationaux, mais il ne cesse de progresser et a atteint la 5ème place des devises, alors même qu’il ne flotte pas encore tout à fait. Mais un autre événement, pourtant extrêmement significatif, semble être passé inaperçu. De même que les doubles déficits étasuniens marquaient l’utilisation asymétrique du dollar par Washington, le fait que les excédents commerciaux de la Chine progressent encore alors même que sa balance des paiements se dégrade à grande vitesse indique que Pékin souhaite sans doute peser de plus en plus lourd dans le monde.

En effet, théoriquement, la balance des paiements devrait suivre l’évolution de la balance commerciale, qui vient de bondir de 88% en janvier, du fait de la baisse du prix des matières premières. Mais cette évolution est compensée par l’envol des investissements chinois à l’étranger, y compris en France, pour qui le Monde dit : « Bienvenue à l’invasion chinoise ! ». On peut aussi y voir un ralentissement des investissements des multinationales vers un eldorado moins prometteur qu’auparavant. Mais on peut aussi y voir une volonté des dirigeants chinoise de racheter une partie du monde, comme l’avait fait le Japon dans les années 1980, au point de susciter alors une grande inquiétude des pays occidentaux.

Troubles européens et moyen-orientaux

dimanche 1 mars 2015

J’Adore : quand Dior se renie



La dernière publicité pour le parfum J’Adore de Christian Dior peut sembler être un détail insignifiant, même s’il s’agit d’un gros succès de cette industrie où la France brille. Mais le message porté par cette publicité est extrêmement paradoxal pour une marque française comme Christian Dior.

De Versailles à Dubai

Dans cette dernière publicité, on y voit Charlize Theron, mannequin et actrice sud-africaine, dans une galerie qui semble représenter Versailles, dire que « le passé peut être beau, une mémoire, un rêve, mais ce n’est pas l’endroit où vivre ». Puis elle grimpe vers le plafond à l’aide d’un drap doré et arrache son collier en disant « et maintenant, il est temps, la seule issue, c’est en haut ». Elle sort alors du décor versaillais par une espèce de trappe, pour arriver sur un toit offrant le spectacle d’une mégalopole sans âme ni identité, qui pourrait être une grande ville chinoise ou plus encore un Dubai doré. Elle poursuit « Ce n’est pas le paradis. C’est un nouveau monde. Le futur est en or. J’Adore. Dior ».

Bien sûr, le seul but de cette publicité est de vendre des parfums. Et on peut penser que la clientèle des nouvelles mégalopoles mondialisées pourrait apprécier que Dior offre leur cadre de vie comme l’horizon indépassable de notre avenir, qui vaudrait plus que la nostalgie de notre passé. Mais le message passé par cette publicité pose doublement problème. D’abord, si Dior est ce qu’est Dior aujourd’hui, c’est justement parce que cette marque a un passé, ancré dans un pays qui a une personnalité, distincte de celle des autres pays, à mille lieues de cette vision d’un futur insipide et sans âme. Il est paradoxal de renier une part si importante de ce qui a fait et fait encore en partie le succès de Dior aujourd’hui.

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