jeudi 7 mai 2015

Quand l’armée française choisit Ford plutôt que Renault ou PSA


Carton rouge industriel

Le marché en question est celui de la première tranche du renouvellement des tout-terrains Peugeot P4. Il concerne un millier de véhicules sur un total qui devrait atteindre cinq mille. Renault avait proposé un Dacia Duster adapté aux besoins de l’armée par des sous-traitants français, tout comme Citroën, qui proposait un Berlingo modifié. L’histoire ne dit pas si le second a passé les tests tout terrain organisés par l’armée (ce qui n’est pas évident), mais il semble en revanche que le Duster les avait passés, ce qui amène à s’interroger sur les raisons qui ont pu pousser notre administration à lui préférer un véhicule venu des Etats-Unis, à rebours de la superficielle promotion du « fabriqué en France ».

Pour être honnête, il faut reconnaître que le Dacia Duster n’est pas fabriqué en France à l’origine, puisqu’il est assemblé en Roumanie, ce qui relativise grandement l’argument protectionniste, même si une part non négligeable de la valeur ajoutée était probablement réalisée en France. Mais pourquoi ne pas avoir donné un peu plus de temps à nos constructeurs nationaux pour permettre l’émergence d’une solution qui soit plus franco-française ? Après tout, Renault va commercialiser dans un mois le Kadjar, un véhicule de taille comparable, qui sera assemblé en France qui pourrait servir de base à un modèle comparable et PSA a plusieurs projets de véhicules qui pourraient sans doute être adaptés.

Le libre-échange pour les idiots

Vous avez dit « repli sur soi » ? partie 2 (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne », suite de la 1ère partie

L’usurpation économique


Le néo-libéral s’auto-décerne des brevets de « réalisme » et « d’efficacité économique », à travers notamment la notion de libre concurrence. Il n’admettra éventuellement de freins aux forces du marché que celles qui viseraient à en tempérer les dégâts humains, comme celui qui lâcherait une aumône lui donnant bonne conscience, confortant un peu plus dans son esprit sa position de « réaliste » par rapport à des « sentimentaux ».

C’est pourtant lui – comme le note Georges Soros – qui peut être qualifié de naïf et d’irréaliste. Le discours de la concurrence « pure et parfaite » n’est jamais tenu par de véritables hommes d’entreprise, mais par ceux qui passent leurs temps entre plateaux télé, presse creuse et cocktails mondains. Et bien entendu par les membres de la commission européenne, qui parviennent à cumuler la bêtise des trois précédents.

Ceux qui font le monde de l’entreprise, qui conçoivent, agissent et produisent, savent comment l’économie fonctionne véritablement. Et ce n’est en aucun cas le mode de la « concurrence pure et parfaite ». L’économie de marché fonctionne – cela est maintenant de plus en plus clair pour les économistes sérieux – selon le mode de la concurrence monopolistique, un modèle qui n’a rien de commun avec les rêveries idéologiques des néo-libéraux. En quoi la concurrence monopolistique consiste-t-elle ? Elle suit un principe très simple, connu depuis bien plus longtemps que nos économies modernes car il est au fondement de tout art de la guerre : toute stratégie de combat consiste à obtenir un temps d’avance sur l’adversaire. Transposée au monde économique, elle conduit au schéma suivant, exposé par le grand Joseph Schumpeter :
·       Un entrepreneur introduit sur le marché une innovation (pas seulement une innovation technologique, cela peut être un nouveau service ou un nouveau canal commercial).

mercredi 6 mai 2015

Ce que le 1er mai dit du Front National

Le parti de la famille Le Pen continue d’occuper les devants de la scène politique, entre la suspension de Jean-Marie Le Pen lundi, et les évènements qui ont entaché sa réunion annuelle du 1er mai à Paris, autour de la statue de Jeanne d’Arc. Le premier ne doit pas faire oublier le second.



Des Femen et du Front National

Bien sûr, on peut juger que les actions des Femen ne sont pas un modèle de débat démocratique. On peut également juger que leur attitude est très agressive et que comparer le FN à Hitler est tout de même très exagéré. Néanmoins, comme pour Charlie Hebdo, le fait que des personnes puissent s’exprimer de la sorte, même si on n’adhère pas du tout à leur façon de faire, est aussi le signe que nous vivons en démocratie, et que la liberté d’expression existe. Après tout, même si ce qu’elles font est choquant, elles n’exercent pas de violence physique contre quiconque, respectent de facto la liberté de tout le monde, même si elles expriment une critique radicale et assez violente de ceux qu’elles visent.

Bien sûr, on peut comprendre que les membres du Front National soient furieux de leur action, qui vient un peu gâcher la réunion de famille annuelle du 1er mai. Mais imaginons deux secondes que Marine Le Pen ait pris leur intervention différemment. Si elle avait demandé à son service de sécurité, ou à un des membres connus de son mouvement de leur apporter à boire ou à manger, ou même, qu’elle leur avait offert un micro pendant quelques instants, alors elle aurait rendu totalement ridicule la comparaison avec le nazisme, aurait mis les rieurs de son côté, et aurait franchi une étape de plus dans la dédiabolisation de son parti. Une telle réaction aurait sans doute été la meilleure réponse à apporter.

Ce qu’il y a de brun dans la flamme

Vous avez dit "repli sur soi" ? 1ère partie (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne »

Il est de bon ton dans les cercles néo-libéraux de qualifier le souverainisme, le patriotisme voire le simple attachement aux valeurs républicaines de « repli sur soi ». Par opposition à ceux qui adoptent la loi du libre marché, l’abandon des nations au profit des grandes zones de libre-échange, la capitalisation économique personnelle en lieu et place de la mutualisation des moyens d’un pays.


Introduire un débat dans de tels termes devrait déjà nous alerter sur le simplisme et l’absence de volonté de dialogue de celui qui le démarre ainsi. Imaginez qu’en préalable à une discussion, votre interlocuteur vous dise : « Je représente la civilisation, l’ouverture aux autres, le progrès. Vous représentez l’archaïsme, l’arriération, le repli sur vous-mêmes. A présent, comme je suis un être merveilleusement tolérant, discutons. » N’est-ce pas la forme la plus achevée de l’intolérance, d’autant plus totale qu’elle se présente sous un dehors souriant, excluant toute forme de doute et d’interrogation sur soi-même ?

On peut imaginer que le néo-libéral fait toujours une forme de référence, consciente ou inconsciente, à la notion de « société ouverte », par opposition à tout ce qui l’empêche d’advenir. S’il a un peu lu, il se souviendra que cette notion provient du beau titre de l’œuvre de Karl Popper, « La société ouverte et ses ennemis », plaidoyer passionné pour toutes les formes de démocratie. Mais qu’aiment-ils véritablement au-delà ce titre ?

Le libéralisme historique est né au XVIIIème siècle, sous une triple influence :
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mardi 5 mai 2015

Du Qatar, de la France, du Rafale et de l’euro

Hier, François Hollande s’est déplacé dans le Golfe pour signer un troisième contrat de vente du Rafale, réussissant là où Nicolas Sarkozy avait beaucoup fanfaronné et rien signé. Mais la signature de ce contrat doit beaucoup à des éléments extérieurs et la France continue à beaucoup céder…



Merci la baisse de l’euro

Les trois contrats consécutifs décrochés par la France avec le Rafale, en Egypte, en Inde, et maintenant au Qatar brisent ce qui semblait être une malédiction dont le fleuron de notre industrie militaire. Beaucoup de raisons sont évoquées : la performance de nos avions dans le cadre des opérations militaires auxquelles nous avons participées depuis quelques années, le rééquilibrage géostratégique d’Etats qui ne veulent pas forcément dépendre des Etats-Unis, ou la technique de négociation, plus discrète et moins fanfaronne, de notre nouveau président. Mais une raison a sans doute beaucoup joué et est trop peu souvent évoquée, à l’exception de François Lenglet sur RTL : la baisse de l’euro.

En effet, même si ce n’est sans doute pas le seul facteur, il faut bien noter que ces trois contrats tombés en quelques mois ont tous été signés alors que la monnaie unique européenne est au plus bas depuis dix ans. Il y a seulement un an, la monnaie unique européenne valait entre 1,3 et 1,4 dollars. Aujourd’hui, elle oscille entre 1,05 et 1,15 dollar, une baisse de près de 20%, qui représente une baisse d’autant du prix du Rafale par rapport à la concurrence étasunienne notamment. Mais encore une fois, les partisans de l’euro cher ne devraient pas noter le lien entre les deux, au contraire de François Lenglet. Encore un nouvel exemple des dangers des politiques de monnaie chère, désastreuses pour l’industrie.

Relations troubles avec le Qatar

Fascisme à outrance (Les Nouveaux inquisiteurs) (billet invité)

Billet invité de l'oeil de Brutus




Est-il encore possible de s'exprimer librement en France ?[i] La question mérité d’être posée tant il est vrai que « l’usage abusif et aveuglant du mot fascisme »[ii] révèle l’incapacité de toute une frange de la classe politico-médiatique à accepter le débat. Née dans les rangs de l’extrême-gauche à une époque, aujourd’hui relativement lointaine où des partis autoritaires et souvent xénophobes se projetaient en partis uniques et dictatoriaux (mais est-ce encore le cas de nos jours en France ?[iii]), l’obsession antifasciste, sous l’impulsion du politiquement correct, a progressivement gagné tout, ou presque, le spectre politique, avec cette « envie que les problèmes d’aujourd’hui soient exactement ceux d’hier et qu’il n’y ait rien de nouveau à penser »[iv]. Or, « ce refus de penser conduit à l’interdiction de penser et de nommer. Grâce à la reductio ad hitlerum, quiconque parle de la patrie, du travail et de la famille est un adepte de Pétain. Quiconque parle des problèmes posés par certains immigrés recommence la Shoah »[v]. Et c’est bien là tout le but : interdire l’accès au débat. Comme les questions économiques, sous l’égide du « TINA », ne se discutent pas (voir les chapitres précédents), il ne reste plus qu’à fermer les questions sociales au nom de la lutte contre l’Hydre et le débat ne pourra se concentrer que sur quelques vagues questions sociétales (et encore, voir les chapitres suivants). Le citoyen n’aura plus alors que le choix entre deux clans de la même dyarchie, affichant consensus sur toutes les questions de fond (l’Europe, la Nation, l’économie, la diplomatie, l’immigration, l’école, etc.) mais instrumentalisant une fausse alternative avec de savantes doses de compassions clientélistes (les clientèles étant les seules variantes des deux clans), étant bien entendu qu’ils ont de toutes façon sciemment abandonné depuis belle lurette tout forme de pouvoir réel (c’est finalement fatiguant à exercer, et bien peu gratifiant au final) aux marchés et aux technocrates.

lundi 4 mai 2015

Eric Zemmour, enfant, et meilleur ennemi du néolibéralisme

On peut comprendre le succès du « Suicide français ». Facile à lire, critiquant la pensée dominante actuelle, proposant une vue cohérente à 360 degrés de ces dernières années, on peut y voir un signe bienvenu de la vitalité intellectuelle de notre débat. Mais les excès et les inexactitudes du livre en font aussi probablement une impasse, pour le plus grand service du néolibéralisme qu’il dit combattre.



Caricatural, fermé et repoussant

Encore une fois, il faut bien reconnaître que Natacha Polony a vu juste dans son analyse du livre à succès d’Eric Zemmour. Bien sûr, on peut le critiquer sur sa présentation complaisante du régime de Vichy. On peut également rejeter sa vision de la femme et de la « féminisation de la société ». D’abord, on peut souligner que la place de la femme dans la société a évolué dans le temps et qu’elle a déjà été importante et à relative égalité avec les hommes dans certaines sociétés, y compris dans la Perse antique, comme l’explique David Graeber. En fait, sa vision des rapports hommes-femmes (et plus encore mari-femme) dépasse le traditionalisme ou la nostalgie d’un passé récent pour tomber dans le souhait d’une société profondément inégalitaire, où les femmes ne seraient plus qu’au service de leurs hommes, qui les « tiendraient ». Ainsi, il se rapproche de facto de la vision des islamistes les plus radicaux.

Natacha Polony a sans doute raison d’évoquer « la psychanalyse » sur la question de la féminisation de la société. On peut y ajouter l’étrange éloge de la « virilité » des uns et des autres, des soldats allemands aux jeunes des banlieues. Mais ce faisant, l’alternative qu’il esquisse à la société qui se construit devient vite repoussante pour une grande majorité, qui ne peut pas se reconnaître dans une société où les parents marient leurs enfants, où le mari va au bordel et a des maîtresses et où il n’y aurait pas de pillule. En outre, Zemmour manque singulièrement de nuance pour un passionné d’histoire, quand il ne l’arrange pas pour aider son récit. Comme le dit Natacha Polony, il ignore la dialectique et tombe dans une présentation caricaturale des choses qui discrédite son propos : la France n’est pas finie et si nous prenons une mauvaise direction, ce n’est pas sur tout et pas toujours en accéléré.

L’enfant du néolibéralisme

dimanche 3 mai 2015

Eric Zemmour se raconte un roman

Après avoir étudié les aspects intéressants de l’analyse d’Eric Zemmour, puis rapporté sa misogynie, qui verse parfois dans une vision de la société plus proche de la Préhistoire que de l’après-guerre, il faut noter un autre aspect étonnant chez ce féru d’histoire, ces nombreux arrangements avec la vérité.



Entre progressisme et Tea Party

Bien sûr, une partie de l’analyse économique du Suicide Français rejoint les analyses des alternatifs. Il met en parallèle Jean-Claude Trichet à sa nomination à la tête de la BCE « I am not French » avec Christopher Soames, ancien commissaire britannique, pour qui : « dans une organisation internationale, il faut toujours mettre un Français car ils sont les seuls à ne pas défendre les intérêts de leur pays ». Il note que le patron de la BCE est 15% mieux payé que le président de la Commission et les commissaires 25% mieux payés que le chancellier Allemand ou le président Français. Enfin, pour lui « les consommateurs français profitaient à plein des baisses de prix ; ils ne se rendaient pas compte que les satisfactions qu’ils tiraient en tant que consommateur plombaient la feuille de paie du salarié, et menaçaient l’emploi du chômeur en puissance qu’ils étaient ».

Mais il dit aussi que « la France a laissé filé les coûts salariaux », ce qui n’a de sens que si la politique de régression sociale est une norme. Il récidive en disant qu’« en France, le SMIC fut revalorisé massivement, de coup de pouce en coup de pouce, à l’occasion de chaque élection présidentielle ». Pour rappel, Jacques Chirac avait accordé un coup de pouce de 2% en 1995 et François Hollande, de 0,6% en 2014, ce qui est d’autant moins fort qu’il faudrait prendre en compte les gains de productivité. Enfin, il dénonce un système social « aux couches épaisses, étouffantes, financées à coup d’endettement public » avec l’accent des Tea Party qui contraste avec des tonalités parfois plus sociales. C’est d’autant plus étrange que nous ne sommes pas si endettés et que nous ne dépensons pas tant que cela.

Recalé en histoire économique

samedi 2 mai 2015

Eric Zemmour, misogyne des cavernes

S’il faut respecter le succès du « Suicide Français » et s’il faut reconnaître que par certains aspects, son analyse est intéressante, en revanche, le livre d’Eric Zemmour révèle une conception de la société et de la condition féminine assez effarante, qui va même au-delà de la nostalgie.



Mon père, ce héros abattu

Bien sûr, une partie de la critique a mis en avant l’indulgence de Zemmour à l’égard de Vichy pour dénoncer son livre. Mais il y a un aspect qui a sans doute été insuffisamment souligné : la vision absolument effarante et misogyne de notre société, « ces vagues de féminisation (qui) brisèrent les digues d’une France encore patriarcale ». Pour lui, « les publicitaires, sociologues, psychologues s’allièrent aux femmes et aux enfants contre les pères qui contenaient leurs pulsions consommatrices (…) La quête du bonheur devint la grande affaire de tous. Le père en fut la victime expiatoire (…) La destruction de la famille occidentale arrive à son terme. Nous revenons peu à peu vers une humanité d’avant la loi qu’elle s’était donnée en interdisant l’inceste : une humanité barbare, sauvage et inhumaine ». Difficile de comprendre en quoi nous serions revenus à la situation d’avant l’interdiction de l’inceste…

Il poursuit en affirmant que « les femmes sont à la pointe de la révolution » du développement du divorce : « on troqua la monogamie avec adultère pour une polygamie séquencielle. Les femmes sommèrent les hommes de s’aligner sur ce nouveau modèle ». Mais il va encore plus loin en affirmant que « dans les années 1930, l’amour avait subverti le mariage arrangé ». Il évoque la nostalgie des années 1960, « quand le jeune chauffeur de bus glisse une main concupiscente sur un charmant fessier féminin, la jeune femme ne porte pas plainte pour harcèlement sexuel. La confiance règne »… En somme, il regrette l’époque où, après des mariages arrangés, les maris avaient des maîtresses et allaient au bordel, leurs femmes n’ayant ni accès à l’argent du ménage, la contraception ou l’avortement.

Pour lui, avec l’avortement : « la raison cède le pas à l’émotion, l’intérêt national au désir des individus, le collectif au personnel », mais il ne daigne pas expliquer ce jugement hâtif. Il avance une curieuse théorie selon laquelle « le rejet haineux du père est sans doute le point commun fondamental entre une homosexualité narcissique (…) et un capitalisme qui détruit toutes les limites ». Pour lui, les « hommes sont transformés à la fois en enfants et en femmes », citant le cas d’Hélène et les garçons, rebaptisé « Hélène et les filles ». Dans son monde, « les drag Queens furent à la mode »…

Le curieux éloge de la virilité

vendredi 1 mai 2015

Eric Zemmour, pourfendeur des libéraux-libertaires

Avec « Le suicide français », il a signé un grand succès littéraire, qui a fait couler beaucoup d’encre. Si on peut saluer le succès d’un livre qui va contre la pensée dominante, son analyse est forcément bien plus complexe que ne le suggère la plupart de ses critiques, comme de ses amateurs.



L’étonnant surmoi marxiste de Zemmour

Natacha Polony, qui a sans doute signé une des meilleures critiques de ce livre, note que que ce livre est plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, Eric Zemmour se fait parfois, à la grande surprise, quasi marxiste. Le voici qui soutient que « la machine idéologique infernale ne se grippera plus : toute réduction - même la moins justifiée même la moins légitime – des avantages sociaux se parera des atours de la réforme tandis que la défense des acquis sociaux par ses bénéficiaires sera diabolisé sous le terme de conservatisme » ! Il dénonce les entreprises du CAC 40, dont la moitié des capitaux, trois quarts du chiffre d’affaire et 85% de la croissance sont étrangers. Il souligne que PSA a paradoxalement moins délocalisé que Renault, dont les effectifs en France ont fondu de moitié de 1986 à 2005.

Pour lui, « c’est en fait le summum de la lutte des classes. Après avoir dépouillé de leur outil de travail les prolétaires made in France, on les traite de ‘racistes’ s’ils osent défendre leur mode de vie boulversé par la destruction de leur cadre, de leurs repères, de leurs références, jusqu’à leur modeste tranquillité ». Citant Martin Hirsch qui rapporte un dialogue avec Louis Schweitzer sur les raisons pour lesquelles les riches ne donnaient pas plus, l’ancien patron avait répondu : « Et bien, mon cher ami, je vais vous expliquer quelque chose. Les biens qui nous intéressent augmentent encore plus vite. Drouot, cela augmente, les montres de collection, cela prend de la valeur, l’immobilier aussi. En fait, on ne se rend pas compte quand on n’y est pas confronté, mais les biens qui intéressent les gens fortunés connaissent une forte inflation ». Il cite aussi Larry Summers qui dénonce ces « élites sans patrie qui ont fait allégeance à la mondialisation économique et à leur propre prospérité plutôt qu’aux intérêts de la nation où elles vivent ».

Et dans un curieux écho à la polémique sur la proximité entre le FN et le PCF des années 1970, il cite Georges Marchais, en janvier 1981 : « Quand aux patrons et au gouvernement français, ils recourent à l’immigration massive comme on pratiquait autrefois la traite des Noirs pour se procurer une main d’œuvre d’esclaves modernes, surexploitée et sous-payée (…) C’est pourquoi nous disons : il faut arrêter l’immigration sous peine de jeter de nouveau travailleurs au chômage ». Il rappelle qu’ « en 1846, Auguste Mimerel, filateur à Roubaix, fondait la première organisation patronale française. Il posait deux grands principes : 1, il faut qu’une permanente menace de chômage pèse sur l’ouvrier pour contenir ses revendications 2, il faut laisser entrer la main d’œuvre étrangère pour contenir les salaires » et dénonce l’alliance entre les patrons libéraux et les associations libertaires.

Une critique intéressante de la société