jeudi 7 juin 2012

Au fait, la réforme de la finance, c’est pour quand ?


Cela a été un des grands débats oubliés de l’élection présidentielle. Entre un Nicolas Sarkozy qui n’en disait rien faute d’avoir fait grand chose pendant son mandat, et un François Hollande aussi timide dans les faits qu’il était sévère dans certains discours. Pourtant, la crise actuelle en démontre l’urgence.

Les grands partis aux abonnés absents

C’est sans doute l’une des impostures les plus incroyables de Nicolas Sarkozy. Le président sorti n’avait pas de mots assez durs, à Toulon notamment, pour dénoner les excès de la finance, promettant un temps un nouveau Bretton Woods. Et puis, rien n’est venu. Quelques règles sur les bonus, la proposition d’un impôt de bourse moins important qu’à Londres, et même pas le moindre rapport de réflexion sur la question, contrairement aux Etats-Unis ou à la Grande-Bretagne.

Mais le Parti Socialiste n’a pas fait beaucoup mieux. Certes, François Hollande a évoqué la séparation des activités de dépôts et d’affaires, refusant de parler de séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires, comme l’avait institué Franklin Roosevelt dans les années 1930. Cette nuance de vocabulaire a de l’importance car cela signifie que les banques resteront universelles, il faudra juste qu’elles assurent une certaine séparation de leurs différentes activités.

Cette réforme, comparable à celle qui est mise en place par le gouvernement conservateur en Grande-Bretagne (ce qui présage bien de son côté révolutionnaire…), ne changera pas grand chose à la situation actuelle puisque les banques ont déjà en grande partie séparé leurs activités, par simple souci de gestion. Bref, il s’agira essentiellement d’une réforme cosmétique destinée à donner le change, de la part de politiques totalement dépassés par le système financier.

De nombreuses alternatives existent

mercredi 6 juin 2012

Insécurité : l’angélisme du gouvernement


Face à un Nicolas Sarkozy à la stratégie droitière, François Hollande avait cherché à donner le change pendant la campagne présidentielle, envoyant un Manuel Valls martial parler des questions de sécurité. Les premières annonces démontrent que l’angélisme semble toujours fort dans la majorité.

Deux annonces maladroites

Bien sûr, il est encore un peu tôt pour juger de la politique sécuritaire du gouvernement. Néanmoins, les premières annonces surprennent dans le contexte actuel. En effet, il faut rappeler ici que les violences aux personnes ont progressé de plus de 60% depuis 10 ans, et que la baisse globale des chiffres vient de la très forte baisse des vols de voitures du fait des progrès technologiques et masque une réalité bien plus inquiétante, où la violence s’aggrave dans notre société.

Du coup, que les deux premières annonces du gouvernement expriment plutôt un certain relativisme à l’égard des coupables et complique la tâche des forces de sécurité est très préoccupant et totalement hors sujet. Bien sûr, il est important de traiter de manière appropriée des délinquants mineurs et de veiller à ce que les contrôles d’identité se fassent de manière respectueuse, mais démarrer ainsi donne l’impression que le gouvernement cède à l’angélisme habituel de la gauche.

Aujourd’hui, la petite délinquance des mineurs est trop souvent extrêmement peu sanctionnée. S’il ne s’agit pas de les envoyer en prison pour un oui ou pour un non, il est essentiel de sanctionner d’une juste manière les petits faits de délinquance pour éviter de créer un sentiment d’impunité dont les conséquences sont absolument dramatiques. Idem, sur les contrôles de police : est-il vraiment prioritaire d’imposer aux policiers de laisser leur nom aux personnes qu’ils contrôlent ?

Le relativisme dangereux de la gauche

mardi 5 juin 2012

La monnaie unique, c’est une monnaie ingérable


La semaine dernière, j’ai fait une série de papiers sur la faillite de l’euro, détaillant les raisons de cet échec, l’impasse d’une solution de type fédérale et comment il est possible d’en sortir. Mais la faillite de la monnaie unique s’illustre également dans la complexité et l’échec complet de sa gestion.

A quand la sortie de crise ?

La zone euro est entrée en crise fin 2009, quand les premières rumeurs d’une sortie de la Grèce de la monnaie unique sont apparues. Il faut bien noter ici que cette crise est spécifique à la zone euro car la quasi totalité des pays membres de l’Union Européenne vont mieux que les participants à l’union monétaire, malgré l’immense interdépendance avec la zone euro. Londres va aussi mal, mais cela s’explique par une austérité sauvage et les conséquences de la crise financière.

Il est frappant de constater à quel point cette crise ne parvient pas à être traitée. Au début était la crise grecque, « traitée » au printemps 2010, puis la crise irlandaise, « traitée » à l’automne 2010, puis la crise portugaise, « traitée » au printemps 2011, puis une nouvelle crise grecque, « traitée » à l’été 2011, puis une crise touchant l’Espagne et l’Italie, en partie réglée à la fin de l’été, puis en décembre. Enfin, la crise grecque a rebondi en début d’année avec un 3ème plan.

A chaque fois, les dirigeants européens font mine de croire que le dernier plan en date règle la crise en cours. A chaque fois, les mêmes voix (Sapir, Lordon, Gréau, votre serviteur) répètent inlassablement que la crise reprendra, que rien n’est résolu. Et à chaque fois, la crise reprend, comme elle le fait aujourd’hui, sur deux fronts, en Grèce et en Espagne, avec une possible forte aggravation si SYRIZA emporte les élections législatives grecques prévues le 17 juin.

Une monnaie ingérable

lundi 4 juin 2012

L’occultation de DLR aux législatives


Un candidat qui a fini en 7ème position des élections présidentielles, 300 candidats aux législatives, soit cinq fois plus qu’il y a cinq ans : malgré des scores encore relativement modestes, cette nouvelle élection est une nouvelle étape dans notre implantation, malgré une occultation délibérée.

Sondages et nomenclature

Il y a quelques jours, Le Figaro publiait un sondage sur les élections législatives. Surprise, dans le tableau de synthèse, on retrouvait l’Alliance Ecologiste Indépendante, donnée à 1%, et un total Extrême gauche avec la mention explicite de Lutte Ouvrière et du NPA mais aucune mention n’était faite de Debout la République, y compris dans les toutes les pages du document que l’on pouvait trouver en lien. Le score du parti était noyé dans le « divers droite » accolé à l’UMP.

Il est extraordinairement malhonnête d’accoler le score de Debout la République à celui de l’UMP étant donné que nous n’avons pas pris position au second tour des élections présidentielles. Qui plus est, il est profondément injuste, pour ne pas dire scandaleux, de voir mentionner deux partis dont le cumul des voix le 22 avril n’atteint pas celui de Nicolas Dupont-Aignan et un autre, très peu connu, qui n’est pas parvenu à présenter de candidat à l’élection présidentielle.

Il est également proprement scandaleux de voir nos candidats réduits à l’étiquette « divers droite » par certains médias quand les Verts, qui n’ont pas fait beaucoup plus que nous, ont droit à leur véritable nom. Ce faisant, c’est un moyen de nous occulter et d’éviter de manière assez malhonnête de nous faire de la publicité. Heureusement, ce n’est pas le cas partout, d’autres sondages et de nombreux médias nous citant régulièrement dans leur compte-rendu des législatives.

Un combat difficile

dimanche 3 juin 2012

Et si le supplice de l’euro durait ?


La fin de la monnaie unique peut sembler proche, entre des élections législatives en Grèce, où SYRIZA, qui annonce l’annulation des plans européens, pourrait gagner, et la crise qui s’aggrave en Espagne. Mais la crise actuelle n’est pas la première et l’euro a démontré une sacrée capacité de résistance…

Au bord du gouffre ?

Toutes les raisons d’une explosion semblent réunies aujourd’hui. Si SYRIZA arrivait au pouvoir dans deux semaines, alors les plans d’austérité ,qui sont la contre-partie du refinancement de la dette de la Grèce seraient remis en question par le nouveau gouvernement. Nous pourrions alors rapidement entrer dans une impasse si l’Europe décide de suspendre le financement de la Grèce, aboutissant à une réquisition de la banque centrale grecque et probablement à une sortie de l’euro.

En Espagne, la situation n’est guère plus brillante avec un taux de chômage horriblement élevé et un système bancaire qui semble au bord du chaos, lui aussi touché par une fuite des capitaux extrêmement élevée, et qui nécessite un abord de capitaux que certains chiffrent à 100 milliards d’euros, une somme d’autant plus difficile à trouver pour un pays dont le coût d’emprunt ne cesse d’augmenter. Un effondrement du système bancaire espagnol signerait l’arrêt de mort de l’euro.

La monnaie unique en a vu d’autres…

En effet, cette crise, aussi forte soit-elle, n’est pas la première. Début 2010, avant le premier plan de sauvetage des créanciers de la Grèce, beaucoup envisageaient une fin rapide de la monnaie unique. Début 2011, après le plan pour les créanciers de l’Irlande et du Portugal,  des intellectuels de premier plan avaient pronostiqué une fin de la monnaie unique pour la fin de l’année. Et il est vrai que nous n’en sommes sans doute pas passé loin au second semestre.

Aujourd’hui, la menace portée par l’élection grecque est forte. Mais même si les marchés sont contumiers des effets dominos, ne peut-on pas imaginer que la zone euro pourrait continuer sans Athènes pendant quelques années ? Après tout, tout le monde semble s’y préparer. Et il n’est même pas totalement certain que SYRIZA ose franchir le pas. Il ne faut pas oublier que plus de 70% de la population souhaite encore rester dans cette construction monétaire baroque

Leçons des crises européennes

samedi 2 juin 2012

Irlande, Grèce, France : l’UE contre-attaque

La crise bien spécifique de la zone euro (qui épargne la plupart des pays qui lui sont extérieurs) provoque une profonde remise en cause de l’Union Européenne. Pourtant, même si les idées alternatives progressent, elles peinent encore à rassembler une majorité, devant les offensives répétées de l’UE.

L’UE gagne une bataille

Jeudi, la rétive Irlande était appelée à se prononcer par référendum sur le dernier traité européen. Tout d’abord, il faut saluer la vitalité de la seule démocratie qui soumet systématiquement ces traités au vote. Et là, surprise, le pays l’a ratifié par 60% des voix malgré les limites très fortes posées à la souveraineté du pays, d’habitude très sourcilleux sur le sujet, au point d’avoir rejeté une première fois le traité de Lisbonne en 2008. L’Irlande avait sans doute trop à perdre et ne voulait pas rejeter une Europe qui lui a tant apporté.

Au sujet de la Grèce, j’avais évoqué il y a quelques jours la possible « victoire de la gauche radicale », n’ayant vu que des sondages mettant SYRIZA en tête. Mais un commentateur du blog m’a fait remarquer que la situation avait évolué puisque Nouvelle Démocratie serait désormais en tête. Les Grecs sont tiraillés entre leur désir de mettre fin à l’austérité monstrueuse qu’ils ont accepté et la peur de quitter l’euro. Il y a malheureusement une chance forte que la seconde l’emporte sur la première…

En France, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a reçu une forme d’avertissement de la Commission Européenne lui intimant de respecter l’objectif de 3% de déficit public pour 2013 et lui pressant d’annoncer des mesures lui permettant d’atteindre cet objectif. Pire, ces technocrates européens ont appelé à la modération salariale alors que le gouvernement envisage un modeste coup de pouce au SMIC, démontrant, s’il en était encore besoin, le biais néolibéral et antisocial de cette Europe.

La guerre continue

vendredi 1 juin 2012

La faillite de l’euro (4/4) : la solution des monnaies nationales


Bien sûr, cette solution est aujourd’hui évoquée comme une calamité qu’il faut absolument éviter. Mais vu que la crise, le chômage et la baisse du pouvoir d’achat, c’est maintenant avec l’euro, les peuples devraient finir par être tentés de revenir aux monnaies nationales, une option que l’histoire recommande.

Le cas de l’Europe du Sud

Les partisans de la monnaie unique utilisent volontiers la peur comme (dernière ?) ligne de défense de cette construction monétaire aussi bancale qu’artificielle. Ils assurent avec un aplomb phénoménal qu’une telle issue serait forcément une catastrophe. Plusieurs banques ont chiffré des scénarii précis, comme l’a rapporté The Economist récemment, qui vont jusqu’à évoquer une baisse du PIB de la zone euro de plus de 8% en cas d’explosion non concertée de l’euro.

La peur est un moyen d’autant plus commode pour protéger la monnaie unique que 95% des médias (au moins) véhiculent ces idées, occultant les travaux pourtant souvent plus sérieux de très nombreux économistes, qui affirment, faits à l’appui, que la fin de la monnaie unique, serait largement profitable aux pays européens. Mais les faits donnent de plus en plus raison aux partisans d’un retour aux monnaies nationales, notamment avec le cas de la Grèce.

En effet, c’est bien beau de prévoir un cataclysme économique mais ces pays vivent déjà une grave crise, pour ne pas dire une vraie catastrophe économique, comme en Grèce, où le PIB a reculé de plus de 7% en 2011 pour rester dans l’euro (après une baisse de 4% en 2010 et baissera encore de 5% en 2012). Cela commence à devenir difficile d’imaginer pire, même si la peur du saut dans l’inconnu, de la solitude et l’adoration de l’idée européenne retient encore le peuple.

Mais surtout, les scénarii apocalyptiques évitent systématiquement les références sérieuses au passé, alors que les études sérieuses le font. Une récente étude de Patrick Artus démontre qu’une dévaluation est largement préférable à la dévaluation interne que nous imposons aux pays d’Europe du Sud. Jonathan Tepper, un économiste britannique, a fait une étude qui démontre que les fins d’union monétaire permettent un retour de la croissance au bout d’un an maximum.

C’est totalement possible !

jeudi 31 mai 2012

La faillite de l’euro (3/4) : l’impasse fédérale


Aujourd’hui, face à l’impasse dans laquelle se trouve la zone euro, il est de bon ton de dire que la seule solution est une plus grande intégration. Même The Economist le soutient. Pourtant, un examen de cette voie en révèle l’impasse totale, autant économique que politique.

Un problème de balance de paiements

Devant la difficulté des pays en déficits à financer leurs dettes, on évoque l’augmentation des moyens du MES ou la mise en place d’euros obligations. Pourtant, presque tout le monde oublie qu’il y aurait un moyen très simple de financer les déficits, à savoir la monétisation partielle des dettes publiques par la Banque Centrale (la Grande-Bretagne le fait à hauteur de 5% du PIB depuis trois ans), mais cela imposerait de revenir sur l’indépendance de la BCE, vache sacrée en Allemagne.

Qui plus est, on voit bien que tous les plans européens mis en place ne marchent pas. S’ils fournissent des liquidités aux pays « aidés », ils y accentuent la crise économique au lieu de la résoudre. Les coupes sombres dans les dépenses publiques affaiblissent des économies déjà anémiées par des déficits extérieurs importants. Du coup, la récession induite balaye une bonne partie des efforts réalisés, en imposant des coupes qui accentuent le cercle vicieux, comme en Grèce.

En fait, ce sont les créanciers qui sont les bénéficiaires de ces plans, qui leur garantissent (à part en Grèce) le remboursement de créances sur lesquelles les Etats auraient fait défaut sans ces aides. Problème, si ces plans règlent les problèmes de trésorerie des Etats, ils ne règlent en aucun cas leurs problèmes de capacité productive. Ce dont la Grèce et l’Espagne ont besoin aujourd’hui, c’est de rééquilibrer leur commerce extérieur et de produire davantage pour réduire le chômage.

Or, si les baisses de salaire devraient à terme améliorer la compétitivité de ces pays, elles provoquent dans un premier temps un effondrement économique et social. Comme l’a souligné Patrick Artus, il serait beaucoup plus simple de dévaluer. Mais cela imposerait à ces pays de sortir de la monnaie unique, ce que les dirigeants européens souhaitent éviter tant ils ont investi de capital politique dans son soutien. La Grèce irait bien mieux aujourd’hui si elle avait quitté l’euro en 2010.

Un coût astronomique

mercredi 30 mai 2012

La faillite de l’euro (2/4) : pourquoi ?


Après avoir étudié en quoi la monnaie unique européenne n’a pas tenu ses promesses et qu’elle est surtout un moyen de contraindre les européens à accepter une Europe fédérale, il faut étudier pourquoi cette monnaie unique ne marche pas, comme l’annonçait beaucoup d’économistes il y a 20 ans.

Pourquoi la zone euro ne peut pas marcher

Pour être honnête, le mythe de l’euro peut être séduisant : des pays qui se faisaient la guerre unissent leurs monnaies, pour la paix, pour leur prospérité et pour davantage peser dans un monde dont les équilibres changent. Tout d’abord, on peut douter que la monnaie soit un facteur de paix. Ensuite, il faut bien constater que question prospérité, la zone euro va mal. Certes, les Etats y sont endettés, mais pas plus qu’ailleurs, ce qui démontre qu’il y a un problème spécifique.

Et ce problème spécifique, c’est justement le fait d’avoir une monnaie unique pour des pays différents. En théorie économique, on dit qu’une monnaie doit correspondre à une Zone Monétaire Optimale selon les théories de Robert Mundell. Il y a trois critères majeurs : l’existence d’un budget commun important, la mobilité des travailleurs et l’homogénéité économique. Ces trois critères existent à l’échelle de la France ou des Etats-Unis ou de tous les autres Etats-nations.

En revanche, par un seul n’est vérifié à l’échelle de la zone euro. Le budget commun est faible, les travailleurs sont 90% moins mobiles qu’à l’échelle des Etats-Unis selon une étude rapportée par The Economist et il n’y a pas d’homogénéité économique dans un espace aussi divers, que ce soit au niveau des SMIC (qui varient de un à cinq) ou des acteurs économiques, qui restent très nationaux. Bref, ce n’est pas pour rien que les monnaies sont nationales en général.

Pire, comme l’explique Paul Krugman, le fait d’avoir une seule monnaie a tendance à faire diverger les économies au lieu de les faire converger. Paradoxalement, il serait plus simple de rapprocher les économies européennes avec des monnaies distinctes. Comme Jean-Jacques Rosa l’explique, le fait d’avoir une seule monnaie impose une politique unique qui a tendance à renforcer ceux qui vont bien et affaiblir ceux qui vont mal, accentuant les différences au lieu de les résoudre.

Les cercles vicieux de la monnaie unique

mardi 29 mai 2012

La faillite de l’euro (1/4)


La crise de la zone euro a démontré les immenses carences de l’unification monétaire européenne. A un moment où l’histoire hésite entre plus d’intégration et démontage de la monnaie unique, voici une synthèse que j’ai essayé de rendre accessible, que les nombreux liens viendront enrichir.

Des promesses non tenues

La monnaie unique a été vendue en 1992 comme un outil au service de la croissance et de l’emploi mais aussi de la puissance des pays européens. Les partisans de la monnaie unique nous affirmaient encore récemment que l’euro nous avait protégé pendant la crise, que la sortie était inenvisageable, qu’elle provoquerait un défaut sur les dettes et un effondrement du pouvoir d’achat. Nous disions que les plans européens n’étaient pas tenables et que la Grèce ferait défaut.

L’histoire a tranché. Tout d’abord, le mythe de l’euro protecteur, démenti par la crise de 2008-2009 (la récession ayant été aussi violente dans la zone euro qu’aux Etats-Unis) s’est évaporé : de graves difficultés économiques persistent dans la zone euro, alors que les Etats-Unis et les pays européens qui n’y sont pas vont sensiblement mieux. Pire, le défaut et l’effondrement du pouvoir d’achat sont devenus une condition du maintien de la zone euro, en Grèce ou en Espagne.

Bref, en toute objectivité, nous, les opposants à la monnaie unique, avons eu raison. La dernière ligne de défense des partisans de la monnaie unique est de dire que la crise économique serait encore bien plus dure si nous démontions la monnaie unique. Pourtant, ce discours ne résiste pas à l’analyse puisque d’innombrables études disent le contraire, comme celles de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, ou celle de Jonathan Tepper, sur l’histoire des unions monétaires.

Une complication vient du fait que partisans et critiques s’entendent pour affirmer qu’outre toutes ses carences, la zone euro est mal gérée. Tout d’abord, l’euro est surévalué par rapport au dollar depuis près de dix ans, ce qui pénalise lourdement les industriels européens. En outre, la BCE mène une politique excessivement monétariste, et elle n’utilise la monétisation que pour soulager les banques (les 1000 milliards de prêts) et pas pour aider les Etats.

Un enjeu de pouvoir