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vendredi 11 juillet 2014

Arnaud Montebourg : rien que des mots, toujours des mots






Un constat très juste

Il est attendu que le ministre de l’économie développe son hostilité aux politiques d’austérité, ce qui représente un positionnement logique par rapport à tous les thèmes qu’il développe depuis plus de trois ans. Peu après sa nomination, il était assez logiquement passé de la démondialisation (emprunté à Jacques Sapir, avec une préface d’Emmanuel Todd) à la défense du « fabriqué en France » (en oubliant souvent de traduire « made in France »). Ce faisant, il défend une ligne protectionniste modérée, qui l’a poussé à réaliser une couverture fameuse où il pose en marinière et avec un appareil Moulinex.

Qu’un ministre soutienne une telle ligne démontre la progression de ces idées dans l’opinion, également défendue par des journalistes de l’Expansion, du Monde et l’Express dans le bon livre « Inévitable Protectionnisme ». Le constat est simple : l’Europe est l’idiot de la globalisation car tous les autres pays protègent leurs industries et il est temps d’être plus pragmatique et d’enfin appliquer ce qui est à la base du modèle de développement asiatique, comme même The Economist l’a reconnu alors qu’il a été fondé par opposition aux lois protectionnistes britanniques du 19ème siècle !

Le volet que devrait ajouter le ministre jeudi est totalement cohérent. De nombreux économistes progressistes dénoncent depuis des années les ravages des politiques d’austérité en Europe. On pense à Jacques Sapir, dont les calculs sur le budget 2013 à la rentrée 2012 prévoyaient la non atteinte des objectifs de baisse des déficits et une moindre croissance, ont été vérifiés par les faits. On peut aussi penser aux deux « Prix Nobel d’économie », Joseph Stiglitz et Paul Krugman, qui a consacré son dernier livre à la question. Mieux, même le FMI, pourtant l’avocat de la rigueur, a fini par reconnaître qu’elle pouvait devenir contre-productive du fait de la sous-estimation de son impact sur la croissance.

Ce faisant, Arnaud Montebourg poursuit la construction d’un discours économique alternatif cohérent en y apportant un volet budgétaire, dont il n’a pas la responsabilité, cependant, puisqu’elle a été confiée à Michel Sapin. Il pourrait même soutenir que ce discours est cohérent avec celui du président de la République, qui avait fait de la réorientation de l’Europe une de ses priorités, ce qui avait abouti à la signature d’un Pacte de Croissance au sein de l’UE peu après son arrivée à l’Elysée. En outre, son disours entretient l’espoir de l’aile gauche du PS, très tiède à l’égard du nouveau Premier Ministre.

Toujours des mots…

samedi 2 novembre 2013

En défense de François Lenglet


Le journaliste économique de France 2 et RTL vient de publier un livre très recommandable « La fin de la mondialisation ». Outre un très mauvais accueil médiatique, les chroniques de ce livre sur mon blog ont déclenché beaucoup de remarques dures. Une injustice sur laquelle je veux revenir.



Lapidation des médias bien pensant

Le compte-rendu d’Alain Faujas du Monde est effarant. Il écrit que l’auteur « tient pour peu de chose que la mondialisation a tiré des centaines de millions d’hommes de l’extrême pauvreté (…) Il méconnaît la moralisation de la finance mondiale que le G20 a consacrée, en faisant un pas de plus pour assujettir le monde à l’impôt, de Google à Gérard Depardieu ». Pour mémoire, ce sont principalement des chinois qui sont sortis de la pauvreté, et avec un modèle très protectionniste et dirigiste. Et les grandes déclarations du G20 sur les parasites fiscaux sont restées totalement vaines. Ce faisant, le Monde se fait un zélateur du néolibéralisme sans recul et plus dogmatique que The Economist.

Challenges a aussi consacré un papier lapidaire et lamentable sur le livre, se contentant d’excommunier l’impie qui a osé remettre en cause la mondialisation. Naturellement, les deux articles passent à côté des arguments (qu’il leur serait bien difficile de contredire), que ce soit sur la montée des inégalités ou les crises à répétition. Le Monde évoque juste sa théorie des cycles, très intéressante, avec les excès commis en fin de période, mais malgré l’évidence, les moines-soldats de la mondialisation refusent d’ouvrir les yeux. En revanche, les Echos ont fait un compte-rendu un peu plus équilibré.

Accueil circonspect ailleurs

lundi 28 octobre 2013

François Lenglet prédit la fin de la mondialisation


Outre une analyse intéressante, mais assez classique pour ceux qui ont lu les résumés des livres que je chronique, l’intérêt du livre réside, outre sa facilité de lecture, dans une analyse originale et cultivée des cycles économiques démontrant que le recul de la mondialisation devrait être pour demain.



La théorie des cycles liberté / protection

François Lenglet développe une théorie passionnante sur des « cycles économiques de 70 à 80 ans, avec deux phases bien distinctes, ponctuées l’une et l’autre par des crises. Et tout d’abord une phase où le désir de liberté triomphe ». Pour lui, cette phase, caractérisée par un abaissement des frontières, donne la main aux riches, et donc aux prêteurs. Le consommateur l’emporte sur le producteur. L’Etat s’endette et le système financier gonfle : « le prix des actifs progressent plus vite que les revenus, augmentant les inégalités entre les détenteurs de patrimoine et les autres ».

Puis, suite à un krach, c’est le désir de protection qui l’emporte, dominé par les classes moyennes, le producteur et l’emprunteur. Il s’agit d’une phase protectionniste, où « la finance est tenue en laisse ». Après quelques décennies, « l’excès de contraintes sclérose l’économie, la crise revient, réveillant le désir de liberté ». Pour lui, les débuts de chaque cycle sont bénéfiques, parce qu’ils sont tempérés, mais au fil du temps, la situation se déteriore et l’on tombe dans des excès (de liberté pour l’un, de contraintes pour l’autre). Il dénonce aujourd’hui le dévoiement du libéralisme par la finance, au détriment de l’économie productive. Il souligne que la durée de ces cycles fait que les personnes qui ont vécu le cycle précédent ne sont pas là, ce qui fait que l’humanité répète les mêmes erreurs.

Il nous conte alors une histoire fascinante de l’économie depuis le 15ème siècle, illustrant sa théorie. Il cite un écrit de Keynes assez stupéfiant de modernité : « Quel extraordinaire épisode du progrès économique de l’homme cette époque qui prit fin en août 1914 ! (…) Un habitant de Londres pouvait, en dégustant son thé du matin, commander, par téléphone, les produits variés de toute la terre en telle quantité qui lui convenait et s’attendre à les voir bientôt déposés devant sa porte ».

Pour lui, nous vivons actuellement le requiem d’un cycle libéral, dont les racines remontent à 1968, et dont la base est la génération du baby boom. La prise de pouvoir des libéraux commence en 1979, avec l’élection de Margaret Thatcher et la victoire temporaire de Friedman, « partisan de la concurrence, des privatisations, de la lutte contre l’inflation (…) et la suppression des entraves frontalières » sur Keynes « qui militait pour la réglementation, le rôle de l’Etat, le soutien à l’économie nationale, la monnaie asservie à la croissance ». Il note l’ironie qu’il y a à constater que la Chine a démarré ses réformes libérales au même moment, en 1978. Il souligne le rôle des circonstances, avec l’effondrement du communisme.

Le point d’inflexion est-il atteint ?

dimanche 27 octobre 2013

Quand François Lenglet se fait l’avocat de la démondialisation


C’est un livre que je recommande. Dans « la fin de la mondialisation », François Lenglet prend le contre-pied des avocats de la mondialisation heureuse. Non seulement il prédit une « fin de la mondialisation », mais il détaille aussi tous les problèmes que cette mondialisation pose aujourd’hui.



Le vice des inégalités

François Lenglet détaille en effet trois vices majeurs qu’a, pour lui, la mondialisation. Le premier, largement théorisé par Thomas Piketty, Camille Landais, Emmanuel Saez, et plus dernièrement, par Joseph Stiglitz, dans « Le prix des inégalités », est le fait que cette mondialisation augmente fortement les inégalités. Il cite un sondage instructif : « 71% des citoyens étasuniens sont préoccupés par les destructions d’emplois potentielles que causent le commerce avec la Chine », contre seulement 15% des élites du pays… Il rappelle également la croissance de 25% des actifs des 500 plus grandes fortunes en 2012, alors même que le pouvoir d’achat de la population a diminué.

Pour lui, il n’y a pas de doute : « ces inégalités ont été décuplées par l’ouverture des frontières, en particulier la mondialisation financière. Pour les réduire, comme semblent le souhaiter aujourd’hui les citoyens, il faudra réhabiliter les frontières ». Il dénonce une mondialisation qui ne tourne que pour les élites et qui refusent de le voir : « étrange cécité qui réunit les maîtres de l’économie par-delà les siècles et les conjectures, pour une raison peu avouable : la mondialisation, inégale dans les dividendes qu’elles distribue, leur apporte bien plus qu’aux autres ». Il rapporte l’évidence : « les revenus réels des travailleurs les moins qualifiés baissent, alors qu’à l’autre extrémité de l’échelle les plus qualifiés voient, eux, leur salaire bondir bien plus vite que la moyenne » (patrons, financiers, artistes, sportifs).

Le vice de la paralysie des gouvernements

dimanche 25 septembre 2011

« La démondialisation » : la bible économique alternative de Jacques Sapir (2/2)


C’est le cœur du nouveau livre de Jacques Sapir : produire une analyse critique systémique de la mondialisation, recoupant commerce, monnaie et finance, afin de proposer une alternative complète.


Les ravages de la globalisation marchande


L’économiste commence par une analyse des limites de la libéralisation commerciale. Il tord le cou à plusieurs mythes, soulignant que « c’est au contraire la croissance dans les principaux pays qui tire le commerce », comme l’a montré a contrario 2009. Il note aussi qu’il y a beaucoup d’effets d’optique, entre la montée considérable du prix des matières premières, ou la spécialisation qui fait progresser commerce et PIB sans forcément faire progresser le bien-être.


« La démondialisation » : la bible économique alternative de Jacques Sapir (1/2)

C’est par hasard que j’ai appris la sortie du dernier livre de Jacques Sapir, « La démondialisation », le mois dernier. Passées les premières pages, qui ne surprendront pas les amateurs de l’auteur, sa lecture révèle un essai indispensable pour la pensée économique alternative.


Un livre aux multiples facettes


Que pouvait encore apporter Jacques Sapir à la réflexion pour la construction d’un nouveau monde économique ? En effet, tant de livres ont été écrits depuis quelques années qu’il pouvait sembler difficile de trouver une vraie valeur ajoutée à une telle entreprise. Et pourtant, il y parvient brillamment. Tout d’abord, il est sans doute le premier à faire une analyse globale des travers de la mondialisation.