Jeudi, Arnaud
Montebourg doit faire ce qui est annoncé comme un véritable discours de
politique générale économique où il continuerait à développer la
ligne qui est la sienne depuis les primaires du PS et qui
l’avait menée au ministère du redressement productif avant de récupérer
l’économie il y a 3 mois.
Un
constat très juste
Il
est attendu que le ministre de l’économie développe son hostilité aux
politiques d’austérité, ce qui représente un positionnement logique par
rapport à tous les thèmes qu’il développe depuis plus de trois ans. Peu après
sa nomination, il était assez logiquement passé de la démondialisation (emprunté
à Jacques Sapir, avec une préface d’Emmanuel Todd) à la défense du
« fabriqué en France » (en
oubliant souvent de traduire « made in France »). Ce faisant, il
défend une ligne protectionniste modérée, qui l’a poussé à réaliser une
couverture fameuse où il pose en marinière et avec un appareil Moulinex.
Qu’un
ministre soutienne une telle ligne démontre la progression de ces idées dans
l’opinion, également
défendue par des journalistes de l’Expansion,
du Monde et l’Express dans le bon livre « Inévitable
Protectionnisme ». Le constat est simple : l’Europe est l’idiot de la
globalisation car tous les autres pays protègent leurs industries et il est
temps d’être plus pragmatique et d’enfin appliquer ce qui est à la base du
modèle de développement asiatique, comme
même The Economist l’a reconnu alors
qu’il a été fondé par opposition aux lois protectionnistes britanniques du
19ème siècle !
Le volet que
devrait ajouter le ministre jeudi est totalement cohérent. De nombreux
économistes progressistes dénoncent depuis des années les ravages des
politiques d’austérité en Europe. On pense à Jacques Sapir, dont
les calculs sur le budget 2013 à la rentrée 2012 prévoyaient la non atteinte
des objectifs de baisse des déficits et une moindre croissance, ont été
vérifiés par les faits. On peut aussi penser aux deux « Prix Nobel d’économie
», Joseph Stiglitz et Paul Krugman, qui
a consacré son dernier livre à la question. Mieux, même
le FMI, pourtant l’avocat de la rigueur, a fini par reconnaître qu’elle pouvait
devenir contre-productive du fait de la sous-estimation de son impact sur la
croissance.
Ce faisant,
Arnaud Montebourg poursuit la construction d’un discours économique alternatif
cohérent en y apportant un volet budgétaire, dont il n’a pas la responsabilité,
cependant, puisqu’elle a été confiée à Michel Sapin. Il pourrait même soutenir
que ce discours est cohérent avec celui du président de la République, qui
avait fait de la réorientation de l’Europe une de ses priorités, ce qui avait
abouti à la signature d’un Pacte de Croissance au sein de l’UE peu après son
arrivée à l’Elysée. En outre, son disours entretient l’espoir
de l’aile gauche du PS, très tiède à l’égard du nouveau Premier Ministre.
Toujours
des mots…



