mercredi 22 juillet 2015

Ce que la Grèce dit du démontage de l’euro




Une possibilité largement sous-estimée

En fait, les raisons du choix de la Grèce sont complexes. Comme je l’ai détaillé il y a une semaine, on peut y voir des raisons psychologiques profondes, qui tiennent au rapport du pays à l’Europe, et à la proximité de la Turquie. Et il en fallait des raisons puissantes pour qu’une telle proportion de députés Syriza choisisse de soutenir un texte pourtant totalement contraire aux promesses de leur récente campagne électorale et qui était encore pire que le texte que les Grecs avaient rejeté il y a quelques jours. Cela doit nous amener à nous interroger sur les raisons qui font que des sociétés persistent autant dans l’erreur. Et il sera trop facile de seulement incriminer les médias (après tout, les citoyens savent voter contre eux) ou les mensonges du camp que nous dénonçons. Nous avons une part de responsabilité.

Car dans l’absolu, nous avons tous les ingrédients pour démonter leurs arguments. Le projet européen, tel qu’il est conçu aujourd’hui, est complètement en échec. Il ne produit ni puissance, ni croissance. Il affaiblit les démocraties, quand il ne les nie pas. Et la monnaie unique est critiquée par la majorité des économistes : pas moins de 9 « prix Nobel d’économie », de gauche comme de droite, ont dénoncé cette construction et bon nombre affirment que la solution serait la sortie de la Grèce, notamment Krugman et Stiglitz. Et toutes les études sur les fins d’union monétaire, fréquentes au 20ème siècle, démontrent que le démontage d’une monnaie unique est quelque chose de parfaitement connu, dont les troubles sont courts, et qui permettent aux pays ainsi libérés de retrouver rapidement la croissance.

Une idée qui en sort temporairement affaiblie

mardi 21 juillet 2015

L’effarante passivité de la majorité sur le drame des éleveurs




Communiquer au lieu d’agir

Ce chiffre illustre bien la dureté de la crise que traverse les éleveurs : le ministre de l’agriculture lui-même a reconnu que « 10% des exploitations d’élevage » sont menacées de dépôt de bilan, tant les prix sont bas, passés sous le coût de fabrication. Pour Stéphane Le Foll, « nous vivons une crise agricole très importante en France », insistant sur « l’urgence à traiter trois crises, bovine, porcine et laitière, (qui) se conjugent ». Le ministre s’est contenté de proposer de valoriser « le logo Viande de France, qui permet au consommateur d’être sûr de l’origine des produits. Alors, il sera prêt à payer un peu plus cher ». Qu’un ministre se contente de proposer de mettre un sticker en affirmant que cela devrait permettre de monter les prix pour régler une crise si grave démontre son caractère hautement superficiel.

François Hollande a poursuivi dans la même direction, en appelant à ce que les grandes surfaces achètent à un prix plus élevé et que les responsables de collectivités achètent Français. Mais le plus effarant est sans doute l’annonce d’un plan de 23 millions d’euros d’aides. 1000 euro d’aide pour chaque exploitation au bord du dépôt de bilan, cela fait quand même un peu court… En outre, il ne faut pas oublier que régulièrement, la Commission condamne la France pour ces aides d’urgence et impose aux agriculteurs de les rembourser ! Bref, difficile de ne pas voir ici une agitation totalement superficielle, qui ne règlera absolument pas les durs problèmes auxquels sont confrontés les éleveurs, comme bien des agriculteurs qui subissent les variations erratiques des prix des produits agricole sur les marchés.

L’abandon de nos agriculteurs

lundi 20 juillet 2015

L’euro, mélange de Kafka, Ponzi, Orwell et Ça

La crise de la zone euro, qui dure depuis tout de même plus de cinq ans, révèle tous les dysfonctionnements d’une construction monétaire qui n’aurait jamais du voir le jour, comme de nombreux économistes de renom l’annonçaient avant même sa création. Petit point d’étape.



Entre complexité et irresponsabilité

La crise Grecque a le triste mérite de montrer à quel point le mode de fonctionnement de la zone euro est ubuesque. Il y a une semaine, nous avons eu le énième sommet de sauvetage de la zone euro. Quelqu’un tient-il encore le compte ? La répétition de ces sommets d’urgence montre qu’ils ne sont pas décisifs et qu’ils ne règlent pas les problèmes qu’ils sont sensés régler, puisqu’il faut toujours convoquer un autre sommet d’urgence plus tard. Et comme le soutient Gabriel Colletis dans la Tribune, rien n’a été réglé lundi. Tôt ou tard, la crise reprendra, car ce plan, décalque des plans du passé qui ont échoué, échouera aussi. En outre, on voit que le mode de fonctionnement d’une monnaie unique pour plusieurs pays est extraordinairement complexe car tout accord est soumis à de nombreuses validations.

Et ce mode de fonctionnement est profondément déresponsabilisant. Car cette complexité permet à tous les interlocuteurs de faire peser sur les autres leurs erreurs. Personne n’étant entièrement responsable de son destin, cela favorise des comportements néfastes. Cela est particulièrement visible avec l’accord de lundi, où tous les interlocuteurs semblent surtout s’être achetés du temps en sacrifiant le long terme pour le court terme, créant un immense shéma de Ponzi où ils ont augmenté de 25% le montant de dettes de la Grèce alors qu’elle ne parvenait déjà pas rembourser ce qu’elle devait dans les conditions actuelles. Il est tout de même quelque chose d’effarant à adopter un plan que presque tout le monde juge irréaliste, y compris le FMI. Mais un relatif calme à court terme semble ne pas avoir de prix.

Refus d’une réalité horrible

dimanche 19 juillet 2015

Accord Grèce / zone euro : tous perdants !

Cette semaine, la Grèce et la zone euro ont donné vie à l’accord signé au petit matin lundi dernier : à Athènes, les parlementaires ont largement approuvé le train de mesures que devait prendre le pays et les parlements Français et Allemand ont accepté le nouveau plan. Pourtant, tout le monde sera perdant.



D’abord, encore les Grecs

C’est tout le problème de cette crise. Même si les explications psychologisantes peuvent avoir des limites, il est difficile de ne pas en déceler les ressorts ici. La Grèce semble être prise du syndrome de Stockholm, l’otage qui finit par prendre fait et cause pour son preneur d’otage, même si ce dernier la torture d’une manière certes pernicieuse, mais bien réelle, en utilisant à fond la carte de la culpabilisation (les Allemands ou les pauvres Slovaques n’auraient pas à payer pour les retraités Grecs). Bien sûr, dans un premier temps, les Grecs devraient retrouver l’usage de leurs banques, demain. Et les vents de la conjoncture mondiale pourraient être un peu plus porteurs, une fois digérés les six mois d’incertitude liés aux négociations entre la Grèce et ses partenaires, qui ont pesé sur la croissance.

Mais sur le fond, le nouveau plan, qui sort du même tonneau que les nombreux autres plans d’austérité des années passées, aura le même effet. Passer d’un budget à l’équilibre primaire (avant paiement des intérêts) à 3,5% d’excédent va peser sur la croissance. Selon les analyses du FMI, ce nouvel effort de la Grèce, qui est le pays qui a procédé à l’ajustement le plus brutal de l’UE depuis 2010, avec le Portugal, devrait coûter au pays entre 3 et 6 points de PIB, soit une contraction qui pourrait atteindre 30% depuis le début, et pire encore, un alourdissement du poids de la dette par rapport à un PIB de plus de 10 points. Bref, d’ici trois ans, on peut estimer que la dette de la Grèce tournera autour de 230% du PIB, contre environ 180% aujourd’hui. L’appauvrissement du pays n’est pas prêt de s’arrêter.

A terme, l’UE, l’Allemagne et les autres

samedi 18 juillet 2015

Les non-dits du débat sur la restructuration de la dette Grecque

C’est un débat malheureusement un peu technique. Après la prise de parole du FMI, tout le monde semble s’accorder sur la nécessité d’une restructuration. Mais ce terme cache des réalités totalement différentes, aux conséquences également totalement différentes. Petit éclairage.



Réduction pure et simple ou reprofilage ?

Il n’échappe plus à grand monde qu’un pays qui n’arrive pas à rembourser plus de 300 milliards d’euros de dettes, soit près de 180% de son PIB, devrait théoriquement avoir du mal à rembourser les 80 de plus du nouveau plan européen… Même Le Monde a signalé le paradoxe. Le FMI a attendu quelques heures après l’annonce du plan pour rappeler que la situation de la Grèce n’était pas tenable et qu’il fallait restructurer la dette du pays, pour l’instant juste une vague promesse dans l’accord qu’a signé Tsipras. Mais il y a façon et façon de restructurer la dette d’un pays, comme le montrent les précédentes expériences d’Athènes depuis 2010, entre la décote sèche (qui peut refléter les attentes des marchés) ou la restructuration plus sophistiquée, à base d’allongement des échéances et baisse des taux.

Il faut noter que depuis le début de la semaine, toutes les parties-prenantes semblent prendre fait et cause pour la seconde option. Logiquement, l’Allemagne semble peu favorable à la première option, qui reviendrait à reconnaître des pertes qu’Angela Merkel avait promises d’éviter. Et Christine Lagarde, la patronne du FMI, interviewée hier sur Europe 1, a également clairement indiqué qu’elle préférait cette option, sachant que les derniers plans ont déjà largement eu recours à cette ficelle, repoussant certains remboursement au delà de trente ans ! Enfin, il faut noter que même si les taux payés par la Grèce ont été abaissés, le MES semble faire un bénéfice puisqu’il emprunte à des taux plus bas que ceux auxquels il prête à la Grèce, des sommes dont certaines ont été ensuite rétrocédées à Athènes.

Des conséquences très différentes

Pourquoi Syriza a été amené à la capitulation (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Ce qui ressemble à une capitulation en rase campagne de Syriza devant l’eurocratie ne lasse pas d’étonner. D’autant plus qu’après le référendum du 5 juillet 2015 lors duquel le peuple grec lui avait apporté un très large soutien, Alexis Tsipras paraissait en position de force.

Une hypothèse peut toutefois être formulée autour du discours réalisé par Yanis Varoufakis à l’Eurogroupe le 18 juin dernier. Contrairement aux usages en vigueur mais en plein respect des traités[i], l’ancien ministre des finances grec a bien voulu en rendre le contenu public[ii]. Or, un passage est particulièrement éloquent :

« Même si certains, influencés par des rumeurs selon lesquelles un Grexit ne serait pas si dramatique ou que cela pourrait même être bénéfique au reste de la zone euro, se sont résignés à un tel évènement, c’est un évènement qui libérerait des forces destructrices que plus personne ne pourrait contrôler ».

vendredi 17 juillet 2015

L’euro-sado-masochisme vain de la Grèce

Mercredi, 229 députés ont soutenu les dures et humiliantes mesures de lundi, 64 seulement s’y opposant. Il est assez désespérant de voir les premières victimes des plans de la troïka continuer dans cette impasse, même si on peut le comprendre. Pourtant, si l’issue tarde, elle n’en est pas moins inéluctable.



Un court et douloureux répit

Outre tous les facteurs psychologiques qui jouent sans doute une part négligée dans les choix des dirigeants Grecs, il ne faut pas oublier le rôle joué par le nœud coulant européen placé sur le système financier Grec, bien décrypté par Romaric Godin. La fermeture des banques et les limitations des retraits, conséquence des fuites de capitaux et des limites mises par la BCE au financement des banques Grecques, a sans doué créé une angoisse dans la population du pays et de ses dirigeants, les poussant encore à préférer la capitulation pour revenir à une situation plus normale. Pourtant, comme même Le Monde finit par le souligner, les prêts nouveaux obtenus serviront essentiellement à rembourser les anciens prêts, démontrant que ces plans ont pour premier but de sauver les créanciers, et non la Grèce.

En fait, la situation devrait revenir à la normale, car, comme le souligne encore le Monde, bien étonnament taquin sur le sujet, ce plan d’austérité sera le 8ème depuis 2009 ! En bref, les Grecs ont vu d’autres hausses d’impôt ou coupes dans les pensions et dépenses publiques, ou même la tutelle de la troïka, qui n’est que restaurée, même si ici, la mise en place de la camisole budgétaire la rendra encore plus mordante. Donc, même si ce ne sera pas riant, et si la récession risque de revenir, la situation ne sera pas nouvelle, ce qui est sans doute plus rassurant qu’une sortie de la zone euro, d’autant plus qu’il ne semble pas que les études sur les nombreux rassurants précédents du passé aient atteint le débat public du pays et que les premiers mois de la sortie seraient plus remuants que le maintien.

Une issue toujours inévitable

jeudi 16 juillet 2015

Mais pourquoi la Grèce accepte encore une tutelle aussi brutale ?

Même si, à l’heure où j’écris ces lignes, une incertitude subsiste avant le vote du parlement, l’acceptation par Alexis Tsipras de l’accord de lundi amène à se demander pourquoi les Grecs peuvent donc bien accepter un tel plan, humiliant, inhumain et contraire aux deux derniers votes des citoyens.



Une double explication

Après tout, le plan auquel sont arrivés les dirigeants de la zone euro semble totalement aberrant. Il reprend très largement la logique des plans honnis, destructeurs et inefficaces du passé. Et outre le FMI, bien des économistes en dénoncent la logique. La raison pour laquelle Alexis Tsipras l’a accepté est simple : le refus de sortir de l’euro, alors que cela ne semblait pas poser de problème au camp adverse. Dès lors, le nouveau gouvernement jouait forcément perdant dans cette négociation. D’où l’aberration d’accepter un plan dont il sait pertinemment qu’il n’est pas tenable, tout cela parce qu’il craignait plus encore de sortir de l’euro, ce qui semble effarant tellement le pays a souffert depuis cinq ans et alors que tous les économistes qui ont étudié les fins d’union monétaire montrent que cela n’est pas compliqué.

Il faut dire que les choses ne sont pas uniquement du ressort du rationnel ici. Deux éléments fondamentaux semblent rentrer en compte pour les Grecs. D’abord, pendant une trentaine d’années, l’Europe a apporté des fonds et accompagné le pays dans son développement et la transition démocratique, d’où un préjugé sans doute extraordinairement favorable pour tout ce qui vient de Bruxelles. En outre, la Grèce est un petit pays qui fait face à un puissant voisin, bien plus grand et peuplé, la Turquie, avec lequel il a été en guerre à Chypre. D’où, outre un fort budget militaire, une probable nette préférence pour faire pleinement partie du premier cercle du club européen pour ne pas se sentir seul face à ce grand pays qui continue sans doute à inquiéter, d’autant plus que le régime en place est plus assertif.

Une capitulation prévisible

mercredi 15 juillet 2015

Grèce : les créanciers se sont sauvés eux-mêmes

L’incroyable plan des dirigeants de la zone euro est souvent présenté comme permettant de sauver la Grèce et la zone euro. Et c’est bien plus cette dernière qui a été sauvée, et notamment les créanciers, qui se sont sauvés eux-mêmes avec un plan aussi illusoire, court-termiste, irresponsable qu’inhumain.



La troïka sauve… la troïka

Déjà, en 2010, le premier plan de sauvetage était bien plus destiné aux banques françaises et allemandes qu’aux pauvres Grecs. Bien sûr, certains noteront que les banques ont accepté de voir leurs créances à la baisse. Mais il est bien évident qu’en cas de défaut non accompagné de la Grèce avec une sortie de l’euro, l’addition aurait sans doute été bien plus lourde pour les banques. En revanche, difficile de soutenir que ces plans ont aidé d’une quelconque manière les Grecs, tant la facture a été lourde pour eux, bien plus que les créanciers d’alors ne les menaçaient s'ils sortaient de l’euroIdem pour le plan de 2012, un moyen pour la troïka d’éviter un défaut qu’elle n’aurait pas organisé, et donc probablement bien plus sévère que celui qu’elle s’est auto-infligée, au prix d’une saignée de la Grèce.

Trois ans après, ce nouveau plan permet surtout à la troïka d’éviter de reconnaître la moindre perte sur les prêts faits à la Grèce. Ainsi, Athènes va pouvoir régler le FMI, puis la BCE, et devrait pouvoir, dans les trois prochaines années, honorer les échéances prévues. Angela Merkel, qui avait promis que les Allemands ne perdraient pas d’argent, préserve ainsi sa promesse faite aux électeurs allemands. D’où la volonté pourtant a priori totalement ubuesque, de rajouter 80 milliards de dette à la Grèce, alors même qu’elle n’arrivait plus à payer ses plus de 300 milliards de dettes ! Il est d’ailleurs étonnant que cela ne soit pas davantage noté, tellement cela montre les limites de l’accord de la zone euro de lundi.

Un accord irresponsable et inhumain


En finir avec les lieux communs sur la crise grecque (en vérité de l’euro) (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus.



Ces derniers jours encore plus que les précédents (et peut-être moins que ceux qui arrivent), que n’a-t-on entendu de sottises dans les différents canaux médiatiques, tant de par les politiciens bien souvent idéologisés (mais pas toujours : l’idéologie sait être un paravent bien utile) que de par quelques (pseudos) journalistes laissant leur sens de l’analyse et de la critique à peu près au même niveau qu’une Marie-Antoinette prescrivant la brioche comme placebo à la faim du petit peuple.

Nonobstant ce qui semble bien être une capitulation en rase campagne[i] d’Alexis Tsipras face à la tyrannie eurocratique personnalisée par les Juncker, Schultz, Monti , Schäuble et autres Dijsselbloem, le présent billet a donc pour objet de tordre le cou à ces quelques canards boiteux qui hantent rédactions, ministères et « institutions » et dont l’équipement cérébral est de qualité proportionnellement inverse aux décibels émanant de leurs frustres gosiers.

1/ « Les Grecs sont des fainéants qui ne payent pas d’impôts ».