mercredi 11 novembre 2015

Uber, champion de la désertion fiscale

Il faut décidemment remercier la Tribune pour ses articles de fond. Récemment, le quotidien économique a expliqué par le menu les pratiques de Uber pour éviter de payer des impôts. Un compte-rendu qui montre que décidemment rien n’a changé dans le domaine de la désertion fiscale.



Tour de passe-passe fiscal




Les revenus des courses sont envoyés à une autre filiale hollandaise, qui verse 80% aux chauffeurs, tout en ne déclarant et payant des impôts que sur 1% des 20% restants, en partageant les recettes avec les filiales locales. Naturellement, les filiales d’Uber échangent des montagnes de redevances ou de royalties. Dans l’exemple donné par la Tribune, sur une course à 20 euros, 4 euros reviennent à Uber, mais dont seulement 7 centimes seraient taxés grâce à son montage fiscal. Les estimations sur le chiffre d’affaire ne sont pas très claires, entre une estimation de seulement 400 millions pour 2014 et d’autres, qui parlent de 2 milliards cette année et compterait des centaines de milliers de chauffeurs dans le monde. Ses immenses investissements expliquent des pertes de centaines de millions de dollars.

L’Europe, championne de la désertion

mardi 10 novembre 2015

Le candidat Sarkozy : faute d’idées, restent l’intox et le recyclage




Le « premier flic de France » en carton


Mais beaucoup de ces annonces sont assez extravagantes, à plusieurs titres, comme le rapporte le Monde. D’abord, de la part de celui qui a été en charge, directement ou indirectement, pendant près de 10 ans, de la sécurité des Français, cela vient un peu tard, notamment pour les places de prison qu’il aurait eu le loisir de construire avant. Ensuite, il oublie un peu facilement qu’il a supprimé près de dix mille postes de policiers et gendarmes de 2007 à 2012. Et face à la critique des remises de peine, on peut lui opposer celles de la loi Dati ou même sa suppression de la double peine. Nicolas Sarkozy n’avait été dur qu’en parole, pas dans les faits. D’ailleurs, pendant ses dix ans de pouvoir sur la question, il faut rappeler que les violences faites aux personnes ont augmenté de 70% de 2001 à 2009 !

Le vent de la communication

lundi 9 novembre 2015

La BCE, toujours plus loin dans le conflit d’intérêt




Suspicion de délits d’initiés



Oligarchie contre démocratie

dimanche 8 novembre 2015

Etats-Unis : le néolibéralisme tue

Les chiffres de l’étude réalisée par le lauréat du prix Nobel d’économie* 2015 font froid dans le dos. Loin de l’idée d’un progrès permanent, l’évolution de la mortalité aux Etats-Unis démontre non seulement une inégalité révoltante, mais aussi qu’il est possible de faire marche arrière.



De la pauvreté… à la mort



Du capitalisme actionnarial et des inégalités

samedi 7 novembre 2015

Sur les barrages, l’Europe atteint le comble de la bêtise

Au début, on pouvait croire à un mauvais poisson d’avril. Pour quelle raison les technocrates de Bruxelles pourraient-ils demander à la France de privatiser des barrages construits et entretenus par l’Etat ou par ses entreprises ? Quel pourrait être l’intérêt de les vendre à des intérêts privés ?



Des précédents inquiétants

Le Figaro rapporte que c’est François Fillon et Nicolas Sarkozy qui se seraient engagés auprès de l’UE à privatiser une partie des barrages, en contrepartie du maintien des tarifs réglementés de l’électricité. Déjà, on a du mal à comprendre le lien entre les deux, ni les techniques de négociation de l’ancienne majorité. Mais on peut malheureusement craindre que les choses ne se soient pas arrangées avec la nouvelle. Car il est tout de même fondamentalement absurde de privatiser de tels ouvrages collectifs. On voit bien, avec le cas des autoroutes, que la privatisation d’anciens services publics, n’aboutit qu’à créer une rentre lucrative pour des entreprises privées, avec des marges indécentes (près de 40% pour Vinci), et des destructions massives d’emplois : difficile de croiser un humain aux péages…

Dans presque tous les domaines, la privatisation des services publics n’apporte aucun bénéfice au public. Les éventuels gains de productivité ne viennent qu’enrichir des actionnaires qui n’ont aucune limite dans leurs demandes. La libéralisation des renseignements téléphoniques a provoqué une envolée des prix et n’a enrichi, temporairement, que les médias. De même, on voit bien que la libération du secteur de l’énergie ne pousse pas les prix à la baisse. Et la situation des Etats-Unis nous montre que la privatisation est synonyme de hausse de prix : l’éducation supérieure ou la santé, largement abandonnées au privé, coûtent beaucoup plus cher qu’en France. A contrario des mythes néolibéraux, le marché ne pousse pas toujours à une plus grande efficacité, comme le reconnaît même The Economist.

Entre lobbys et dogmatisme

vendredi 6 novembre 2015

Renault, Alstom, Areva, EDF, Alcatel, PSA : la France en solde




Nos joyaux industriels en solde

Ces dernières années, de nombreuses entreprises françaises ont été rachetées par des groupes étrangers. Souvent, on parle de fusion, mais cela cache une prise de contrôle quand un des deux partenaires pèse plus que l’autre. Cela a été le cas pour Arcelor, dont la fusion avec Mittal était contestable du point de vue de la concurrence en outre. On peut aussi déplorer le rachat de Péchiney par Alcan, et certains contestent même les modalités de la constitution d’EADS, qui aurait été plus favorable aux Allemands. Mais dernièrement, les rachats se sont multipliés. General Electric a bouclé l’acquisition d’une grande partie d’Alstom, avec l’aide d’un Arnaud Montebourg dont on peut alors trouver après coup une forme de logique à ce qu’il ait tant vanté le « made in France » et non le « fabriqué en France ».

Puis, c’est l’autre moitié de l’ancien Alcatel-Alsthom, qui vient d’être gobé par Nokia, tournant définitivement la page d’une des plus belles entreprises de notre pays à la fin du 20ème siècle. Et il y a aussi des évolutions plus insidieuses, dont on peut se dire qu’elles représentent une forme de ver dans le fruit. A ce titre, la prise de participation dans le capital d’Areva par le Chinois CNNC, défendue par le gouvernement, est effarante. Qui peut penser une seconde que les intentions de ce partenaire servent la France ? Soit la Chine vise une prise de contrôle à terme, soit la facilitation de transfert technologique pour nous concurrencer. A ce titre, il est très inquiétant qu’EDF s’appuie sur un partenaire Chinois pour construire ses EPR en Grande-Bretagne. Ainsi, la Chine s’achète un apprentissage à bon compte.

Les bisounours de la globalisation

jeudi 5 novembre 2015

Le harcèlement à l’école, symptôme d’une époque

Les chiffres font froid dans le dos : un enfant sur huit serait victime de harcèlement au primaire. Les cours de récréation semblent se transformer en une loi de la jungle de plus en plus dure et cruelle, sous l’influence de plus en plus délétère des réseaux sociaux, sans sortir nos dirigeants de la passivité.



Le seigneur des mouches sur Facebook

Bien sûr, la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a déclaré vouloir lutter contre ce fléau et a mis en place aujourd’hui la première journée nationale de lutte contre le harcèlement. Mais, comme le note Le Figaro, les mesures annoncées sont bien timides, entre clips de sensibilisation et numéro vert. Bien sûr, cela vaut mieux que rien. Mais les chiffres sont quand même effrayants : 12% des enfants victimes de harcèlement au primaire, dont 5% de manière « sévère à très sévère ».  L’enfance ne devient-elle pas une forme de prison pour un enfant sur vingt au primaire, une horreur inacceptable ? La proportion diminue avec le temps, puisque 10% des adolescents en seraient victimes au collège et 3,4% au lycée, une baisse qui semble indiquer que le temps et l’âge améliorent les choses.

Où l’on voit encore une fois que les technologies modernes ont décidemment un côté obcur, puisque les réseaux sociaux, Facebook et Instagram, seraient des véhicules majeurs du harcèlement, qui ne trouverait ainsi plus de répit, même sous le toit familial. Comme le rapporte le Figaro, « via les téléphones portables, la cyberviolence toucherait environ 20% des jeunes scolarisés et le cyberharcèlement 6% d’entre eux » : entre photos publiées sans autorisation, actes de violence filmés et diffusés. Les téléphones portables et Internet semblent avoir démultiplié, autant pour le bien que pour le mal, les capacités d’action de la jeunesse, dans des cours de récréation qui semblent se rapprocher d’une forme de jungle dérégulée et donc parfois violente et cruelle, en absence de toute régulation de l’Etat.

Faut-il interdire les réseaux sociaux avant le lycée ?

mercredi 4 novembre 2015

Un patron : 20 ou 1000 SMICs ?




La fin de la grande modération

Paul Krugman faisait un historique passionnant de plus d’un siècle d’histoire politique et économique de son pays dans « L’Amérique que nous voulons », son livre de 2008, où il défendait une couverture universelle pour le système de santé, se permettant même de prendre exemple sur la France, malgré notre image peu flatteuse dans le débat politique polarisé d’outre-Atlantique. Il rappelait que du fait de la mise en place de taux d’imposition très progressifs (au-delà de 70% pour les plus hauts revenus, même sous Richard Nixon, qui n’avait pas la réputation d’être un communiste), les écarts de salaires avaient beaucoup décru dans un premier temps, avant que la progression des salaires en haut et en bas de la pyramide sociale ne s’égalise pendant la majeure partie des Trente Glorieuses.

Mais depuis le milieu des années 1970, l’humanité a décidé de restreindre de moins en moins les foucades du marché. Les taux d’imposition marginaux ont été réduits de plus en plus, en commençant un grand coup pendant la révolution conservatrice menée par Ronald Reagan outre-Atlantique et Margaret Thatcher outre-Manche. Du coup, non seulement les plus hauts revenus (le 1% ou le 0,1%) ont explosé, mais en plus, ils paient des impôts bien plus légers qu’il y a quelques décennies, du fait de taux beaucoup plus bas, mais aussi de nombreuses niches fiscales. C’est ainsi que le patron de Renault-Nissan gagne aujourd’hui 1000 SMIC quand son prédécesseur il y a près de 25 ans s’en contenter de 15 à 20. Voilà pourquoi le chiffre de Gérard Mulliez ne doit rien au hasard, mais à l’histoire.

L’émergence d’un débat

mardi 3 novembre 2015

Les média, pointe avancée du néolibéralisme

Bien des alternatifs sont très sévères à l’égard de ces médias trop uniformes et fermés à certains débats pourtant légitimes (euro, protectionnisme, liberté de parole). Certains y voient une manipulation et un grand dessein totalement conscient. Et s’il s’agissait d’une conséquence et non d’une cause ?



De la condition de journaliste

En effet, le monde des médias est loin d’être le plus tendre. On peut penser qu’il est, malheureusement, en avance sur l’évolution de nos sociétés. Une petite poignée d’animateurs ou de journalistes stars gagnent des fortunes absolument colossales, quand une immense majorité, pourtant souvent très diplômée, travaille pour une bouchée de pain dans des conditions très précaires. Le salaire moyen des journalistes n’est sans doute pas assez élevé et très décalé avec le niveau d’étude, outre l’insécurité professionnelle et les conditions de travail, imposant parfois de travailler tôt, tard ou le week-end. La précarisation du salariat est plus avancée dans cette profession qu’ailleurs, malheureusement. La réforme du droit du travail et l’uberisation sont déjà une réalité pour bien des journalistes, qui travaillent en piges…

Pire, on peut imaginer que la situation s’est largement dégradée depuis quinze ans, avec le développement d’Internet, qui a fait un mal colossal au modèle d’affaire de bien des médias, au premier rang desquels toute la presse écrite, dont les recettes publicitaires ont été en bonne partie vampirisées par les géants d’Internet, notamment Google ou Facebook, qui tirent profit de leur travail en récupérant une bonne partie de leurs recettes. Les conséquences sont simples : des équipes toujours plus réduites, précarisées et mal payées, qui ont parfois du mal à faire autre chose que de la reprise de dépêches ou des comptes-rendus sans mise en perspective de faits divers, au détriment de l’analyse de fond qui devrait être la matière première de notre démocratie et se transforme parfois en produit insipide et léger.

Des conséquences sur le traitement de l’information

lundi 2 novembre 2015

Air France : profits records et barbarie néolibérale

La semaine dernière, à la surprise générale, étant donné l’état des négociations entre direction et salariés, Air France a annoncé avoir réalisé les plus gros profits trimestriels de son histoire. Ceci, et la réaction des marchés, négative, en dit très long sur l’état de nos sociétés.



Profits records, mais insuffisants !


Son raisonnement est que ces résultats sont le fruit de la baisse conjoncturelle du prix du pétrole et que les concurrents de l’entreprise font mieux, Lufthansa et IAG (British Airways et Iberia) ayant accumulé plus de 150% de marge de plus, du fait d’un déficit de compétitivité qu’il faudrait combler et qui justifierait le nouveau plan de la direction. Le problème d’Air France, ce serait que la baisse du coût par passage ne serait que de 0,5 à 0,7% cette année, contre 1 à 1,3% prévu initialement. De plus la pression concurrentielle serait au plus haut. D’ailleurs, la réaction des marchés appuie le discours de la direction puisque ce record de profits a été accueilli par une chute étonnante de près de 5% du titre Air France, et de plus de 8% pour Lufthansa, malgré de meilleurs résultats, mais après une forte hausse.

Transformer les hommes en loups