vendredi 12 octobre 2012

Quand la monnaie est au service des banques


C’est un graphique de The Economist sur l’impact des mesures de la Fed sur les cours de la bourse aux Etats-Unis qui résume bien un des problèmes majeurs de notre système monétaire : il tourne au bénéfice quasi exclusif des banques. Sa réforme devra être une des priorités majeures à l’avenir.



Monétisation et cours de bourse

« Il est une chance que les gens de la nation ne comprennent pas notre système bancaire et monétaire parce que si tel était le cas, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin ». C’est par cette citation d’Henry Ford qu’André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder débutaient leur livre « La dette publique, une affaire rentable ». Mais si cette réflexion pouvait paraître un peu nébuleuse et difficile à comprendre en 2008, quand le livre est sorti, aujourd’hui, tout le démontre.

A ce titre, le graphique de The Economist est très parlant car on voit à chaque fois le lien très direct entre les opérations de quantitative easing et le cours de la bourse aux Etats-Unis. A chaque injection d’argent, les cours progressent, ce qui leur a permis de retrouver leur niveau de début 2008, soit un doublement depuis le point bas de début 2009 ! Et cela est logique puisque la création de monnaie augmente la demande de titres par rapport à l’offre, et donc les prix des actions.

En ce sens, les interventions de la Banque Centrale profitent largement aux établissements financiers puisqu’en faisant progresser les cours de bourse, cela améliore fortement leurs bilans, faisant des banques les premières bénéficiaires de ces mesures. Malgré tout, il faut bien constater qu’elles ont aussi un effet indirect positif pour l’ensemble de l’économie, en diminuant le coût d’emprunt des Etats et en soutenant la croissance, ce qui profite un peu à tous.

La confiscation d’un bien commun

jeudi 11 octobre 2012

La double trahison du traité européen


Mardi, les députés ont adopté le TSCG par 477 voix pour et 70 voix contre. Ce faisant, ils renoncent à notre souveraineté budgétaire, héritée de la Révolution, et gravent dans le marbre une limite complètement absurde aux déficits. Heureusement que 70 résistants ont fait entendre leur voix.

Une trahison démocratique

Certes, le TSCG n’est qu’une des trois camisoles budgétaires que l’Union Européenne impose aux pays européens (outre le six pack et le two pack), mais cela montre que les technocrates bruxellois ont bien compris qu’il s’agit d’une étape absolument cruciale dans la mise sous tutelle et le démantèlement des Etats-nations. Comme le dit Nicolas Dupont-Aignan, il faut rappeler ici que la Révolution de 1789 a été provoquée par la question fondamentale des impôts.

Ce faisant, en se désaississant du contrôle du budget, les députés de la nation outrepassent leur mandat car ils devraient être les défenseurs de l’intégrité de notre démocratie, qu’ils bafouent par un tel vote. Comme toujours, ce sont trois organismes technocratiques qui seront les bénéficiaires de ce traité : la Commission, la Cour de Justice et un nouveau machin chargé de surveiller les budgets nationaux. Cette construction européenne n’aime décidemment pas la démocratie.

Une trahison économique

Mais ce traité n’est pas seulement un scandale démocratique. C’est aussi un scandale économique. Alors que deux « prix Nobel d’économie », Paul Krugman et Joseph Stiglitz, suivis par bien d’autres économistes, s’époumonnent à expliquer que l’austérité est contre-productive dans la période actuelle (ce que confirment les faits depuis plus de deux ans), les pays européens mettent en place un traité sanctifiant des politiques austéritaires délirantes qui vont aggraver la crise !

A ce titre, il est stupéfiant que des députés « de gauche » ou « socialistes » accordent leur suffrage à un tel traité, profondément antisocial. Tout ceci montre la bêtise de cette « gauche » qui vote absolument tout sur quoi il y a marqué « Europe ». On a l’impression que l’évocation de la divinité européenne provoque un arrêt total de leur capacité de réflexion. C’est à croire qu’ils accepteraient de rétablir le travail des enfants et le suffrage censitaire, du moment que cela viendrait de Bruxelles.

La résistance existe

mercredi 10 octobre 2012

PSA ferme une usine, l’Etat achète des Ford et des VW !


La nouvelle est absolument stupéfiante et pourtant, elle est restée confidentielle. C’est une brève d’Auto Plus qui l’a révélé : en 2013, la police française va largement renouveler sa flotte avec des Ford et des Volkswagen, au même moment où PSA annonce la fermeture d’Aulnay !

L’Etat achète à l’étranger !

On croit rêver ou plutôt cauchemarder ! Ford vient de remporter un appel d’offre de 1400 véhicules (des Focus et des C-Max) qui vont remplacer les Renault Mégane et Scénic (fabriquées à Douai) pour les véhicules officiels de la police. Volkswagen a également remporté un autre marché, au détriment de Citroën cette fois-ci, puisque les cadres de la police et de la gendarmerie rouleront en Passat, des volumes qui auraient pu être utiles au site de Rennes, menacé.

Ce n’est pas une première puisque Ford avait déjà gagné un gros marché pour la police il y a dix ans, qui avait déjà ému l’opinion publique. Bien sûr, le directeur adjoint des achats de l’UGAP (Union Générale des Achats Publics), la centrale d’achat de l’Etat affirme que la très grande majorité des véhicules achetés par l’Etat viennent de nos constructeurs nationaux. Mais une telle décision fait désordre alors que PSA vient d’annoncer la fermeture de l’usine d’Aulnay.

Pire, alors que le marché automobile va très mal dans toute l’Europe ainsi qu’en France, le gouvernement étudie un projet de supermalus qui pourrait lourdement pénaliser les véhicules produits à Rennes et Douai (usines spécialisées dans les véhicules les plus imposants de nos constructeurs). Bref, on voudrait provoquer la fermeture de deux usines automobiles de plus que l’on ne s’y prendrait pas différemment, par delà les gesticulations d’Arnaud Montebourg.

A quoi sert le gouvernement ?

mardi 9 octobre 2012

TSCG, Arcelor-Mittal : le changement, c’est du vent


Aujourd’hui, après un examen le plus rapide possible, les députés doivent se prononcer sur une des trois camisoles budgétaires européennes, le TSCG. Après Florange, c’est un nouvel épisode qui montre les points communs entre le PS et l’UMP.

Bonnet blanc et blanc bonnet

Bien sûr, il y a des différences entre la politique menée par Sarkozy et celle de Hollande mais faute est de constater que sur des sujets importants, il y a une continuité extrêmement forte. On l’a vu avec Arcelor Mittal. Nicolas Sarkozy avait promis de sauver Gandrange. Arcelor Mittal a fermé cette première aciérie. François Hollande était passé à Florange pendant la campagne présidentielle. Il y a de grandes chances que le site soit également en partie fermé.

Mais ce qui montre la proximité du PS et de l’UMP, c’est bien le TSCG, puisque les deux partis vont voter cette camisole budgétaire européenne. Bien sûr, François Hollande s’enorgueillit du plan de croissance européen qu’il a obtenu en juin. Mais, outre le fait qu’il comporte essentiellement des anciens crédits non dépensés, des économistes de renom, l’ont remis à sa place : « pistolet à eau contre un rhinocéros qui charge » pour Krugman, « dérisoire » pour Sapir.

Ce traité a l’avantage de montrer que sur des sujets aussi importants que l’intégration européenne ou des points clés de notre système économique, le PS et l’UMP sont très proches. Les deux principaux partis soutiennent en effet un transfert de la souveraineté de la France vers des instances européennes supranationales et technocratiques. De même, ils se soumettent à la doxa austéritaire allemande malgré les avertissements de Krugman et Stiglitz.

Le PS, ce n’est pas le changement

lundi 8 octobre 2012

Hugo Chavez : l’avenir de l’Europe d’après le néolibéralisme ?


Hier, Hugo Chavez a été réélu président du Vénézuela, près de 14 ans après sa première élection. Son image est assez sulfureuse en Europe, où il est souvent abusivement assimilé à un dictateur. Faut-il voir dans son parcours une bande-annonce de ce qui pourrait arriver chez nous ?

Un président populaire et social

The Economist et Le Monde ont consacré chacun un long dossier au chef de la révolution bolivarienne. S’ils ont un net biais négatif à l’égard d’Hugo Chavez, quelques arguments de la défense sont retenus, comme la tribune « Hugo Chavez, un homme diffamé » co-signée par Jean-Luc Mélenchon. Ce papier met en avant le recul de la pauvreté et des inégalités, reconnu par l’ONU : « la mortalité infantile a été divisée par deux, l’analphabétisme éradiqué ». Il dénonce ceux qui évoquent un « régime dictatorial » en soulignant que les vénézuéliens ont voté 14 fois en 13 ans et que les organisations internationales reconnaissent que les scrutins se passent dans de bonnes conditions.

Quand on compare avec d’autres pays qui bénéficient d’une manne de matières premières, on constate que l’ensemble de la population en bénéficie bien plus largement qu’ailleurs. En outre, le fait de vouloir garder le contrôle de l’exploitation des ressources du sous-sol du pays est parfaitement légitime car il s’agit d’un bien public. En fait, les deux auteurs soulignent la mauvaise  foi d’une partie des médias, qui viendrait en partie de la remise en cause des dogmes néolibéraux par le régime chaviste.

De vrais angles morts

Néanmoins, il ne faut pas idéaliser l’expérience chaviste, de même que celle de l’Argentine, comme je l’avais étudié cet été. La tribune de Marc Saint-Upéry souligne les carences du modèle chaviste : l’inflation, la stagnation économique ou les difficultés du secteur privé, parfois malmené. L’économie du pays est extrêmement dépendante de la rente pétrolière et même si elle a le mérite d’être assez justement répartie, le Vénézuela en dépend à 80% pour ses exportations.

En outre, comme le souligne Marc Saint-Upéry, si le pays est une démocratie, il souffre d’un manque de dialogue social et de tolérance à l’égard des opinions différentes. Sur les médias, le sujet reste compliqué puisque d’une part, Mélenchon affirme que la liberté d’expression n’est pas bridée, alors que The Economist souligne la criante inégalité de couverture de la campagne ou la publication des noms de ceux qui avaient soutenu le référendum de destitution de 2004.

Le futur de l’Europe ?

dimanche 7 octobre 2012

41 livres pour mieux comprendre la crise


Depuis quatre ans, j’ai publié de nombreux résumés de livres d’économie. Pour faciliter la recherche de ces notes, voici des liens vers l’ensemble de ces papiers :


Les progressistes

Frédéric Lordon
-        « Jusqu’à quand » : partie 1 et partie 2
-        « La crise de trop » : partie 1 et partie 2
Jacques Sapir
-        « Le nouveau 21ème siècle » : partie 1 et partie 2
-        « La démondialisation » : partie 1 et partie 2
-        « Faut-il sortir de l’euro ? » : partie 1 et partie 2
Jacques Généreux
-        « La dissociété » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « La grande régression » : partie 1 et partie 2
Jean-Claude Michéa, « L’empire du moindre mal » : ici
Emmanuel Todd, « Après la démocratie » : partie 1 et partie 2
Paul Jorion :
-        « L’implosion » : ici
-        « La crise » : ici
-        « Le capitalisme à l’agonie » : partie 1, partie 2 et partie 3
Régis Debray, « L’éloge des frontières » : ici
C.Landais, T.Piketty et E.Saez, « Pour une révolution fiscale » : partie 1 et partie 2
Jean-Pierre Chevènement, « Sortir la France de l’impasse » : ici

Les libéraux humanistes

Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », partie 1, partie 2 et partie 3
Jean-Luc Gréau :
-        « La trahison des économistes » : ici
-        « L’avenir du capitalisme » : partie 1 et partie 2
Pierre-Noël Giraud, « Le commerce des promesses » : partie 1 et partie 2
Patrick Artus, « Globalisation, le pire est à venir » : ici
Gérard Lafay, « 12 clés pour sortir de la crise » : partie 1 et partie 2
A-J. Holbecq et P. Derudder, « La dette publique, une affaire rentable » : partie 1 et partie 2
Morad el Hattab et I. Silverschmidt, « La vérité sur la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Morad el Hattab et P.Jumel, « Kriz. D’une crise à l’autre » : ici
Christian Saint Etienne, « La fin de l’euro » : partie 1 et partie 2
Jean-Jacques Rosa, « L’euro, comment s’en débarrasser » : ici
Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu » : ici

Un autre regard

Christophe Deloire et Christophe Dubois, « Circus Politicus », partie 1 et partie 2
Philippe Coussedière, « L’éloge du populisme », partie 1 et partie 2
Eric Juillot, « La déconstruction européenne », partie 1 et partie 2
Eric Hazan, « LQR, la propagande au quotidien », ici

Depuis l’étranger

Paul Krugman :
-        « L’Amérique que nous voulons » : partie 1 et partie 2
-        « Pourquoi les crises reviennent toujours » : partie 1 et partie 2
-        « Pour en finir dès maintenant avec la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Joseph Stiglitz :
-        « La Grande désillusion » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le triomphe de la cupidité » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le rapport Stiglitz » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
« Le prix des inégalités » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Robert Reich, « Supercapitalisme » : partie 1 et partie 2
James Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 » : partie 1, et partie 2
Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, « Vers un nouveau capitalisme » : partie 1 et partie 2

Le football, illustration des dérives néolibérales


Inflation délirante des salaires, bulles de dettes, déficits abyssaux, inégalités crasses entre les clubs normaux et ceux qui sont soutenus par de riches mécènes : et si le football européen était le meilleur symble des dérives du néolibéralisme ?

La grande bulle footballistique

Les chiffres donnent le tourni. Zlatan Ibrahimovic devrait toucher la bagatelle de 9 millions d’euros net par an, soit l’équivalent d’environ 700 SMIC. En 7 mois, il touchera l’équivalent d’une vie de travail au SMIC, illustrant bien l’envolée des inégalités évoquée par Joseph Stiglitz dans son dernier livre. Néanmoins, il faut souligner que cela rapporte beaucoup à l’Etat puisque le coût complet du joueur du PSG approche les 20 millions, soit 11 millions de cotisations et impôt sur le revenu.

Mais ce cas emblématique illustre deux zones d’ombre importantes de la planète football. Aujourd’hui, du fait de riches mécènes, certains clubs peuvent totalement se passer des règles de bonne gestion. Les Echos, dans un très bon dossier, évoquait le cas du club de Manchester City, détenu par un membre de la famille royale d’Abu Dhabi, qui a investi plus de 300 millions d’euros en transfert et qui affichait un déficit abyssal de 232 millions d’euros sur la saison 2010-2011.

Plus globalement, les clubs européens vivent au-dessus de leur moyen puisqu’en 2010, ils ont perdu la bagatelle de 1,64 milliards d’euros (pour des revenus de 12,79 milliards) et présentent une dette brute de 15 milliards (6,9 milliards de dettes nettes estimées). Les clubs espagnols sont parmi les plus mauvais élèves puisqu’ils cumulent un tiers de la dette brute totale. L’Etat a même passé un protocole d’accord qui lui permettra de saisir une partie des droits de télévision pour récupérer l’argent qui lui est dû. Le roi avait été contraint d’effacer une partie des dettes du Real il y a 10 ans !

Irrationnel et exubérant

samedi 6 octobre 2012

Immobilier : vers un krach en 2013-2014 ?


Bien sûr, il est impossible de prévoir avec certitude quand le marché français, et notamment parisien, va se retourner. Mais les circonstances et plusieurs faits indiquent que ce moment pourrait bien approcher, alors même qu’aux Etats-Unis, la reprise se confirme, avec une hausse des prix de 5,9% en 2012.

Une bulle qui gonfle, qui gonfle

Cela fait déjà depuis plus de deux ans que je parle de la bulle immobilière de notre pays, qui n’a été que très temporairement et très légèrement dégonflée lors du pic de la crise financière en 2008-2009. En effet, les prix sont repartis rapidement à la hausse, notamment à Paris, où ils ont progressé de plus de 25%. Mais depuis quelques mois, la situation commence à se tendre sur le marché français, avec de nombreux signes avant-coureurs d’un retournement qui pourrait être douloureux.

Tout d’abord, même si les prix viennent de battre un nouveau record à Paris, à 8410 euros le mètre carré, les prix commencent à baisser dans certains arrondissements et plus encore dans un certain nombre de villes. Et il y a deux indices annonciateurs d’un retournement. Tout d’abord, comme le rapporte Challenges, les transactions ont baissé de 20%. Ensuite, malgré des taux en baisse, le volume de crédits a baissé de 29% au troisième trimestre ce phénomène s’accélère

Pour l’instant, les prix résistent à Paris, mais cela s’explique principalement par le fait que les propriétaires ne mettent pas en vente leur logement pour éviter de déséquilibrer le marché et pousser les prix à la baisse. Mais cela pourra-t-il durer ? En outre, comme l’a rappelé The Economist dans son dernier indice des prix, la France est, en Europe, après la Belgique, le pays où les prix sont les plus surévalués, de 43% en moyenne (49% par rapport aux loyers et 38% par rapport aux revenus).

Un marché au bord du précipice

vendredi 5 octobre 2012

Christine Lagarde : la Marie-Antoinette du FMI


C’est une interview qu’il faudra conserver tant elle démontre la bêtise économique des technocrates qui nous gouvernent mais aussi leur manque le plus élémentaire de tout humanisme et d’intérêt du sort d’autrui. La Marie-Antoinette de Bercy, qui a déménagé à Washington, a encore frappé.

Qu’on leur donne de la brioche !

Christine Lagarde est une spécialiste des dérapages. Elle avait proposé comme solution de prendre son vélo au lieu de la voiture en 2008 quand le prix de l’essence s’était envolé. Pratique quand on a des enfants et pour les courses ! Elle s’était aussi félicitée de la croissance en novembre 2008 ! La marquise de Bercy semble encore plus déconnectée de la réalité depuis qu’elle a remplacé DSK à la tête du FMI, comme le montre cette incroyable interview donnée au Figaro.

A une question sur la dévaluation interne menée dans la zone euro, pour compenser le fait qu’ils ne peuvent pas faire baisser les prix avec la monnaie unique, elle ose dire : « un des signes avant-coureur du succès de cette approche est la reprise des exportations. En faisant baisser les prix des facteurs de production, en particulier le prix du facteur travail, on espère rendre le pays plus compétitif (…) On le voit déjà un peu au Portugal, en Espagne, et on commence à le voir un peu en Grèce ».


On se demande dans quel monde la patronne du FMI vit pour parler de « signes avant-coureur du succès ». S’agit-il du triplement du niveau du chômage en Espagne ou en Grèce, passé de 8 à 24% en 5 ans ? S’agit-il de l’effondrement du pouvoir d’achat, de la misère qui se développe, du système de santé qui ne parvient plus à soigner les citoyens ? Et quand elle dit qu’il faut faire baisser « le prix du facteur travail », c’est la novlangue pour dire « baisser les salaires » de la population. Quelle ironie de la part de quelqu’un qui a promu le pouvoir d’achat de Bernard Tapie.

Perroquet néolibéral

jeudi 4 octobre 2012

Lordon et Sapir habillent le PS et l’Europe pour l’hiver


Frédéric Lordon et Jacques Sapir sont deux des intellectuels qui ont le mieux analysé la crise actuelle. Ils viennent de publier deux nouveaux textes essentiels chacun qui démontrent parfaitement à quel point l’Europe et le PS sont dans une impasse tout en dessinant une sortie de secours.

Sortir de cette « austérité dans le calme »

A défaut d’être courts, les textes de Frédéric Lordon sont doublement savoureux, sur le fond comme sur la forme, avec un style très enlevé. Dans le texte publié le 19 septembre, il fait une analyse redoutable et cruelle du plan de la BCE. Pour lui nous sommes sommes dans « un régime d’austérité sub-atroce », où les peuples subissent l’austérité dans le calme des marchés, même si l’impasse des politiques suivies finira tôt ou tard par nous mener dans le décor.

Dans un très long texte publié une semaine après, Lordon développe la manière dont il pense qu’il faut sortir de la crise, après avoir fait un sort au TSCG et au gouvernement « socialiste ». Il développe une idée déjà avancée, à savoir un défaut partiel, du montant de la hausse de la dette de 2007 à aujourd’hui. Pour lui, « il faut affirmer le droit des débiteurs à vivre dignement contre celui des créanciers à l’exaction sans limite ». Il dénonce avec délectation les mythes néolibéraux.

Ce défaut des Etats est, pour lui, « une occasion historique à ne pas louper ». Il raille le « Parti de la Concorde Universelle », qui soutient les traités actuels en affirmant qu’il sera possible un jour de les rendre plus progressistes. Il explique qu’il est possible de restructurer les banques, en reprenant le contrôle de la Banque Centrale pour monétiser, et en protégeant les créanciers. Pour lui, naturellement, cette réorganisation se fera au niveau des nations.

Les « paris stupides » de Hollande