samedi 12 décembre 2015

Le casse du siècle : discrètement, le gouvernement autorise les banques à se servir dans notre épargne (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus, qui suit un papier de Challenges qui annonçait la même chose il y a deux ans. Merci à tous ceux qui pourraient contribuer à la compréhension des implications de cette loi. Il me semble que cette présentation est un provocatrice et qu’en réalité, il s’agit juste de la garantie de 100 000 euros en cas de faillite d’une banque (que l’on peut traduire comme une contribution possible de ceux qui ont plus de 100 000 euros d’épargne).


Cela s’est fait en toute discrétion, dans la torpeur du mois d’août. Le gouvernement a légiféré par ordonnance (donc sans passer par le Parlement) pour transposer dans le droit français la directive 2014/59/UE qui permet aux banques en difficultés de se servir dans notre épargne (lien vers le texte de l’ordonnance ici). La garantie des dépôts des particuliers appartient donc au passé.

vendredi 11 décembre 2015

20 raisons de faire barrage au Front National

J’ai toujours combattu le FN, non par mimétisme social (je ne l’ai pas pour de nombreuses questions), mais parce que, suivant ce parti depuis près de 25 ans, j’ai accumulé tant de faits qui font que je suis convaincu qu’il est pire que le PS et LR, même s’il est vrai qu’il propose un retour fondamental à la souveraineté de la France et même si je comprends et respecte pourquoi tant d’électeurs lui apportent leur suffrage. Mais aussi important cela soit-il, tant d’autres aspects du FN le disqualifient :



Un fond souvent toxique, incohérent ou approximatif

1- De Thatcher à Mélenchon sur l’économie : bien sûr, le programme du FN a été profondément révisé lors de l’élection de Marine Le Pen, mais il est tout de même gênant de constater le grand écart avec les idées de 2007 et avant (privatisations massives, baisse des prélèvements obligatoires à 35%). Comment croire le discours actuel ? Le FN ne fait-il pas comme les autres grands partis ?

2- Pseudo laïcs ou vrais identitaires catholiques : officiellement, le FN se fait le défenseur de la laïcité, mais ne s’agit-il pas du cache-sexe politiquement correct d’une vision identitaire occidentaliste et catholique de la France ? D’où la défense bien politicienne du Concordat en Alsace de Philippot, totalement contradictoire avec la laïcité qu’il dit défendre, ou certaines sorties de Pierre-Marie Couteaux quand il était au RBM

3- Pseudo-républicains ou vrais régionalistes : officiellement, le FN se fait le défenseur de l’unicité de la République et se veut être le plus patriote des grands partis nationaux. Mais il est tout de même plus que dérangeant de voir certains de ses dirigeants s’allier avec des partis régionalistes ou défiler sous les couleurs de la Catalogne

jeudi 10 décembre 2015

Le FN, meilleur ennemi du PS

Déjà, dans les années 1980, François Mitterrand avait sciemment utilisé le FN pour affaiblir l’opposition de droite. Il semble que plus de 30 ans après, celui qui était son conseiller à l’Elysée ait bien retenu la leçon et l’applique consciencieusement, en vue de préparer les élections de 2017.



Billard à trois bandes politiques

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la majorité instrumentalise le FN. Avant même le premier tour, de manière totalement incongrue pour un parti qui a la majorité à l’Assemblée, le Premier ministre avait évoqué publiquement la possibilité d’un retrait ou d’une fusion des listes socialistes dans les régions où le parti de la famille Le Pen est le plus fort. De telles déclarations contribuent à polariser le débat autour du FN, et aussi à décourager les électeurs de son propre camp, qui savaient avant même le 6 décembre qu’ils pourraient ne pas avoir de bulletin socialiste à mettre dans l’urne au second tour. Bien sûr, on peut y voir un moyen pour mobiliser son électorat, en leur faisant miroiter les conséquences de leur absence de vote, mais on peut aussi y voir une volonté de pousser les scores du FN.

En effet, le PS peut voir un intérêt à ce que le FN soit très haut. D’abord, Hollande pourrait alors affronter Marine Le Pen en 2017 au second tour, une candidate plus facile à battre que ceux de droite. Ensuite, le fort score du FN pourrait pousser les Républicains à préférer le plus droitier Nicolas Sarkozy au plus modéré Alain Juppé, sans doute plus dangereux pour le président sortant. Ensuite, les résultats de dimanche dernier pourraient bien pousser les autres partis de gauche à s’allier plus tôt avec le PS plutôt que de prendre le risque de devoir choisir entre la droite et l’extrême-droite. Enfin, en sacrifiant des régions entières, le PS parvient à la fois à polariser le débat sur le FN tout en se positionnant comme son premier opposant, un autre outil pour marginaliser les Républicains dans le débat.

La machine politique infernale

mercredi 9 décembre 2015

Pourquoi faire barrage au FN




Un vote compréhensible et respectable

Comme lors des cantonales de 2011 ou de 2015, des présidentielles de 2012, et des européennes de 2014, je persiste à penser qu’il n’est malheureusement pas illogique qu’une part grandissante et forte des citoyens donnent leur voix à la PME politique de la famille Le Pen. En effet, il faut bien reconnaître que les politiques suivies depuis des décennies sont un désastre : chômage de masse, baisse du pouvoir d’achat, insécurité, baisse du niveau scolaire, disparition des services publics sont les points communs qui rassemblent le bilan des majorités qui se sont succédées. Pire encore, nos dirigeants, de droite comme de gauche, ne semblent se préoccuper que d’eux-mêmes, n’hésitant pas à faire des promesses dont ils savent qu’ils ne les tiendront pas (Hollande et la finance, lui et Sarkozy et le chômage).

Dans un tel contexte, et avec une quasi absence de croissance depuis 2008, il est plus que légitime que les électeurs cherchent une alternative. Une fois passé le soufflet centriste (plus du même), et avec une gauche radicale perdue dans ses contradictions, pour l’instant, n’émerge que le FN, qui a le bénéfice de l’antériorité, mais aussi du fait d’être instrumentalisé par le PS. Le rejet que suscite ce parti dans les élites est sans doute un badge d’honneur pour ses électeurs. Quand Pierre Gattaz, patron du Medef, qui râle encore après avoir obtenu des dizaines de milliards de baisse de cotisations sociales, le critique, cela est contreproductif. Pour toutes ces raisons, ce vote doit être écouté, compris et surtout respecté. Après tout, le Parti Socialiste et la droite dite de gouvernement ne l’ont pas complètement volé.

Mais un parti encore pire que les autres


mardi 8 décembre 2015

Ce que la « fondation » de Mark Zuckerberg dit de notre époque

La semaine dernière, le fondateur de Facebook a annoncé vouloir céder 99% de ses actions pour financer les œuvres d’une fondation. Vraie générosité ou arnaque ? Voici une annonce qui en dit très long sur notre époque, comme le décrypte remarquablement le philosophe Patrick Turmel.



Une philantropie totalement virtuelle ?

Le jour de l’annonce, Mark Zuckerberg était volontiers comparé aux grands philantropes de l’histoire. Sauf que les choix du fondateur de Facebook donnent une perspective bien moins généreuse à ce qui est une annonce assez réductrice, comme le décryptent le Figaro ou Télérama. D’ailleurs, rapidement, il a publié une justification de certains de ses choix. En effet, la « fondation » sera en réalité une LLC, une entreprise à responsabilité limitée, qui pourra donc faire des profits. En outre, la Chan Zuckerberg Initiative ne compte pas se restreindre à des œuvres de charité, mais aussi à des investissements dans d’autres entreprises et pourra également se transformer en lobby, en finançant les causes chères au patron. Pour le Figaro, « le PDG de Facebook semble plutôt réinvestir (sa fortune) ailleurs ».

En effet, s’il s’agit de transférer ses parts dans une entreprise qu’il contrôle, la philantropie est bien limitée. En outre, le choix de cette structure juridique lui permet de bénéficier de différents avantages fiscaux (dont l’exonération de tout impôt sur la succession pour sa fille), volontiers choquants pour un couple aussi riche. Cette réduction des impôts pour transférer une telle fortune peut quand même sembler assez mesquine de la part d’une entreprise, qui, en plus, se distingue (comme les autres, certes), par l’utilisation des dispostifs légaux pour réduire au minimum ses impôts. Derrière l’apparente générosité, on perçoit un acte finalement assez égoïste, où le patron de Facebook parvient à la fois à conserver ses parts en promettant quelques miettes, tout en réduisant sa contributions à la collectivité.

Le triomphe du capitalisme hyper-individualiste

lundi 7 décembre 2015

Régionales : tripartisme et conséquences

Hier, le premier tour des élections régionales a marqué une nouvelle progression du FN, qui va plus loin que lors des élections européennes et départementales, et franchit le cap des 40% dans deux nouvelles régions. Que penser de ce résultat, mais aussi de l’ensemble des scores du premier tour ?



France coupée en trois et bisbilles dérisoires

Depuis l’élection présidentielle, la tendance semble se confirmer à chaque étape électorale. Notre pays est dominé par trois grands blocs, les autres partis étant malheureusement réduits à la portion congrue. Il faut bien reconnaître que le parti de la famille Le Pen réalise un nouveau record qui a de quoi questionner. Mais il faut néanmoins apporter deux petits bémols. On peut nuancer par le fait que les trois premiers partis réunissent une grande part des votes et que le FN devance de quelques points les dits Républicains. Il y a 18 mois, il faut rappeler que le FN avait viré en tête, avec 25% des voix, contre 21% pour la droite et à peine 14% pour le PS ! En clair, en 18 mois, le vote des Français s’est concentré et les écarts entre les trois premiers partis se sont nettement resserrés.

Ensuite, même si les scores de deux régions sont impressionnants, il ne faut pas oublier que le FN a le plus grand mal à étendre son emprise électorale au second tour, comme on l’avait vu aux départementales. Mais aux régionales, le mode de scrutin différent et les triangulaires peuvent lui permettre plusieurs victoires. D’ailleurs, les débats sur l’attitude du PS et des dits Républicains au second tour ont dominé les débats hier soir avec quelques échanges assez effarants. Une partie de la gauche ouvre la porte à la fusion et semble même prête à se retirer dans le pire des cas, même si la ligne n’est pas encore totalement claire, alors que Nicolas Sarkozy semble avoir fermé la porte à tout accord. Du coup, ce sont les Républicains qui semblent devoir prendre la responsabilité de l’absence d’accord.

Hollande, réincarnation du machiavélique Mitterrand ?

dimanche 6 décembre 2015

Affaire Tapie : merci à la justice d’avoir fait son travail !




Le bluff de Tapie pleinement révélé

Ce qui est extrêmement important dans le jugement de jeudi, bien expliqué par le Monde, qui, curieusement, oublie complètement cet aspect des choses dans sa vidéo de synthèse de l’affaire, qui se concentre sur les aspects seulement judiciaires, c’est l’invalidation du prétexte de toute cette affaire, comme je l’avais soutenu dès le début. Au départ de cette saga interminable, la demande de l’homme d’affaires d’une compensation sur les profits réalisés par ceux qui lui avaient racheté Adidas en février 1993, qui avaient réalisé un grand profit en la revendant en novembre 1994. Bernard Tapie pouvait d’autant plus plaider l’escroquerie que sa banque, à qui il avait confié la vente de l’entreprise, faisait partie des acheteurs, ce que le fait de confier un mandat de vente ne devrait pas permettre, normalement.


A quand le procès de nos dirigeants ?

samedi 5 décembre 2015

Le geste dérisoire, décevant et dangereux de la BCE

Jeudi, la BCE a annoncé une nouvelle version de son assouplissement quantitatif. Les mesures annoncées réussissent l’exploit de ne satisfaire personne : les marchés ont réagi très négativement, et, pire encore que le jugement de marchés exubérants et irrationnels, cela nourrit la spéculation.



Une annonce très tardive et très limitée

Depuis le début, la Banque Centrale Européenne a tout faux. Il y a plus de dix ans, elle a tardé à relever ces taux, laissant s’emballer une bulle financière, notamment en Irlande ou en Espagne (que Madrid a tenté de contenir par des normes bancaires contra-cycliques), ne s’inquiétant pas de l’envolée des actifs bancaires et d’une progression extravagantes de la masse monétaire (à près de 10% par an), totalement déconnectée de l’évolution de l’économie réelle. Puis, quand le marché a commencé à se retourner, elle a tardé à réagir, au contraire de la Fed, propulsant l’euro à 1,61 dollar, et plongeant les pays européens dans une récession plus tôt que les Etats-Unis (chose oubliée depuis). Puis, de manière délirante, elle a brièvement monté ses taux en 2011, a contrario de presque toutes les autres banques centrales.

Mais la stagnation des pays européens a fini par avoir raison des réticences de la BCE qui a baissé ses taux et relancé un programme de rachats d’actifs. Bien sûr, depuis, l’euro a bien baissé et les taux auxquels les Etats empruntent se sont effondrés, à des niveaux historiquement bas. Mais ceci doit plus au retournement de la politique de la Fed et au contexte global, qui permet le gonflement de nouvelles bulles, qu’à la vigueur de la politique de la BCE, qui reste très timide par rapport à ce qu’ont fait les autres pays, d’autant plus que les annonces de jeudi semblent assez dérisoires par rapport aux promesses d’octobre. Certes, son bilan a progressé de 400 milliards en un an, mais il est inférieur au niveau de 2012, et surtout, cela ne pèse que 4% du PIB de la zone euro, bien moins que ce que fait le Japon.

Aider la finance plutôt que les citoyens

Joyeux 50 ans au suffrage universel pour la présidentielle ! (billet invité)

Billet invité de Jean-Jacques Saldat, membre du Conseil National de Debout la France

Nous célébrons aujourd'hui le cinquantenaire de la première élection présidentielle de la Ve république au suffrage universel qui se déroula les 5 et 19 Décembre 1965.


Celle-ci eut lieu après le référendum du 28 Octobre 1962 qui décidait de cette réforme constitutionnelle, car jusqu'à cette date, le président de la république était élu par un collège réduit d'électeurs.

Ce fut donc là un changement important qui s'opérait dans la vie politique française.


vendredi 4 décembre 2015

L’indécente recette fiscale de McDo

La Commission Européenne vient d’annoncer avoir lancé une enquête approfondie sur les pratiques fiscales de McDonald’s, qui domicile ses profits au Luxembourg pour ne pas payer d’impôts dans les autres pays. Voici un vrai sujet, extrêmement révélateur sur cette Europe, et pas positivement.



Quand les multinationales volent les citoyens

Les chiffres communiqués par une coalition de syndicats donnent sont effarants : « entre 2009 et 2013, la structure luxembourgeoise (de McDonald’s, qui emploie 13 personnes, a enregistré un chiffre d’affaires cumulé de 3,7 milliards d’euros, sur lequel elle s’est contentée de payer 16 millions d’euros d’impôts ». Ils estiment que la multinationale étasunienne aurait ainsi économisé environ 1 milliards d’euros d’impôts. Le mécanisme est simple : toutes les filiales européennes paient des redevances à l’entité luxembourgeoise (pour l’exploitation de la marque notamment), ce qui diminue d’autant les profits locaux (et les impôts à payer dans les pays où McDonald’s fait son chiffre d’affaire), tout en gonflant les profits de cette filiale, qui, ne paie que très peu d’impôts au Luxembourg (0,4% du CA).

McDonald’s n’est pas la seule multinationale à avoir recours à ce genre de mécanismes, communs pour des multinationales qui subissent aussi la pression de leurs actionnaires pour minimiser les taxes qu’elles paient, de manière à pouvoir récupérer toujours plus d’argent (par le versement de dividendes, la hausse des cours consécutives à la hausse des profits, ou aux programmes de rachats d’action). Le Luxembourg s’est trouvé sous les feux de l’actualité récemment avec le scandale LuxLeaks, qui a révélé l’ampleur des manipulations. Quelques pays se sont fait une spécialité du dumping fiscal pour attirer les profits des multinationales, dans une désertion fiscale qui trouve sa dernière forme dans les phénomènes dit d’inversion où des entreprises fusionnent pour se domicilier dans un parasite fiscal.

Quand l’Europe se moque du monde