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mercredi 2 mars 2016

Ce laisser-passer qui produit chômage et pauvreté

Il faut reconnaître à The Economist une belle ouverture d’esprit, puisque, malgré son attachement au libre-échange, quand il ne publie pas des démonstrations de l’intérêt du protectionnisme asiatique, comme pour le riz, il publie des études pointant certaines limites de l’anarchie commerciale, comme les conséquences du libre-échange entre la Chine et les Etats-Unis.



Pékin détruit les emplois et les salaires outre-Atlantique

jeudi 10 janvier 2013

La Chine, pirate du libre-échange


Les néolibéraux nous bassinent avec les bienfaits du libre-échange sur la base d’hypothèses plus irréalistes les unes que les autres. Mais l’exemple de l’Asie du Sud Est, qui bénéficie de l’ouverture des marchés des pays dits développés, tout en protégeant son marché, démontre l’inverse.

Pragmatisme chinois

La Chine est souvent brandie comme exemple qui devrait démontrer les bienfaits de l’anarchie commerciale. Mais c’est un mauvais exemple puisque si ce pays exporte largement, en revanche, il protège fermement son marché intérieur, comme le montre ce récent papier du Monde, qui indique que le ministre des finances a annoncé que le pays va réintroduire en 2013 des taxes sur l’importation des installations solaires, des gazoducs et des équipements ferroviaires.

En clair, dès que Pékin veut protéger une industrie nationale, il n’hésite pas à le faire, même si cela viole les règles de l’OMC. C’est ainsi que l’industrie automobile chinoise a été bâtie en instaurant dans un premier temps des droits de douane de plus de 100% sur les véhicules importées pour imposer l’assemblage en Chine (obligatoirement avec un partenaire chinois), puis en montant les droits de douane sur les pièces détachées pour imposer un rapatriement complet de la filière.

Confirmant les travaux de Maurice Allais dans « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », des économistes de la Fed et de Yale montrent que le libre-échange avec la Chine a coûté aux Etats-Unis près de 30% de ses emplois industriels depuis 2000. Au lieu d’avoir perdu environ 20% de ses emplois dans le secteur, l’emploi industriel étasunien aurait cru de 10% en se protégeant de la Chine. Il y a fort à parier que cela est extrapolable au continent européen.

Entre naïveté et dogmatisme

jeudi 9 mai 2013

Quand le protectionnisme devient inévitable


C’est un livre important sorti pendant la campagne présidentielle. Franck Dedieu, de l’Expansion, Benjamin Masse-Stamberger, de l’Express et Adrien de Tricornot, du Monde, ont publié « Inévitable protectionnisme » l’an dernier. Le signe d’un basculement des médias sur la question du libre-échange ?



Le besoin de protectionnisme

Il y a quelque chose d’extraordinairement réjouissant à lire sous la plume de journalistes de l’Expansion, de l’Express et du Monde tous les constats poussés par Jacques Calvet, Emmanuel Todd, Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement il y a vingt ans, rejoints aujourd’hui par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau. Ils rappellent justement la croyance qui a animé nos dirigeants depuis tant d’années : « moins on entrave les mouvements des acteurs privés, mieux se portent le système économique et les différents agents qui le composent ».

Deux constatations sont venus remettre en cause la vision du monde des auteurs : l’explosion des inégalités salariales et les heurts de plus en plus violents du cycle économique, rappelant cette belle citation du Général de Gaulle : « le laisser-faire et le laisser-passer appliqué à l’économie (…) a souvent donné (…) au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».

Ils font une belle comparaison avec la guerre, citant Paul Valéry : « la guerre est faite par de braves gens qui s’entretuent sans se connaître au profit de gens qui se connaissent, mais ne s’entretuent pas ». Pour l’Europe et les Etats-Unis, les auteurs affirment que nous sommes dans un processus de « destruction destructice ». Reprenant une étude de la Banque Mondiale, ils affirment que la mondialisation en cours ne profite qu’à la Chine puisque s’il y a 517 millions de pauvres en moins, il y en a 627 millions de moins en Chine, ce qui signifie qu’il y en a 110 millions de plus ailleurs. Ils soulignent, en outre, que les modèles gagnants (Corée du Sud, Chine) sont protectionnistes.

Les auteurs affirment que « non pas que la libéralisation des échanges soit systématiquement à proscrire. Mais l’idée que celle-ci soit toujours, dans tous les lieux et tous les temps, la meilleure solution nous est de plus en plus apparue comme une folie ». En effet, ils constatent que tout cela produit du chômage et une paupérisation des classes moyennes et soulignent la logique absolutiste (pour ne pas dire autoritaire et anti-démocratique) des marchés. Ils se réclament d’une forme de libéralisme humaniste, équitable et tempéré et appelle par conséquent à un protectionnisme européen.

Pourquoi le libre-échange est une impasse

lundi 3 septembre 2012

Joseph Stiglitz critique la mondialisation


Son expérience au FMI a rendu le prix Nobel d’économie conscient des dangers de la mondialisation financière. Mais jusqu’à présent, il soutenait mordicus le libre-échange et dénonçait le protectionnisme. Ce livre marque un virage avec une critique des conséquences du libre-échange.

Une critique de la mondialisation

Pour lui, tout s’est accéléré dans les années 2000 avec « les politiques de déréglementation des marchés financiers de l’administration Clinton et la baisse des impôts sur les revenus du capital (…) qui ont mis de l’huile sur le feu ». Il dénonce le démantèlement du Glass Steagall Act, qui a libéré la spéculation. Il souligne également que « la libéralisation ne promeut pas la croissance économique ; mais en revanche, elle amène plus d’instabilité et d’inégalités ». Aujourd’hui, même le FMI « reconnaît les dangers d’une intégration financière excessive » et reconnaît l’utilité « des contrôles de capitaux ou la limitation des mouvements volatiles de capitaux à travers les frontières, surtout pendant une crise ».

Stiglitz constate « la destruction de millions d’emplois dans l’industrie » du fait de l’évolution des avantages compétitifs avec la montée en puissance de la Chine. Il évoque une « polarisation de la main d’œuvre du pays » avec des emplois peu payés mais qui ne peuvent pas être automatisés qui continuent à croître, notamment dans les services et les emplois très qualifiés au sommet. Il pointe les difficultés de l’industrie en évoquant la baisse des salaires des salariés automobiles qui gagnaient 28 dollars par heure en 2007 et qui, selon le nouvel accord, ne peuvent plus espérer que 15 dollars.

Il en vient même à reconnaître les conséquences peu sociales du libre-échange : « si les Etats-Unis importe des biens qui nécessitent des travailleurs peu qualifiés, cela réduit la demande pour les travailleurs peu qualifiés pour faire ces biens aux Etats-Unis et pousse vers le bas les rémunérations de ces même travailleurs peu qualifiés. (…) Si les exportations créent des emplois, les importations en détruisent ; et nous avons détruit plus d’emplois que nous en avons créés ».

Une course vers le moins-disant social et salarial

dimanche 8 octobre 2023

Produits dérivés (JO, Rugby…) : Macron se moque du monde sur la réindustrialisation

S’il y a bien un domaine où l’État pourrait choisir, c’est le lieu de fabrication de produits vendus pour des évènements sportifs qu’il organise et finance, ou sur des sites touristiques publics. Las, malgré le scandale provoqué par la révélation que la mascotte des JO est essentiellement chinoise, les étiquettes des produits dérivés de ces lieux ou manifestations continuent à largement ignorer le « fabriqué en France ». Un scandale qui devrait valoir un carton rouge à tous ceux qui osent parler de réindustrialisation.

 


Un laisser faire doublement coupable

 

lundi 28 octobre 2013

François Lenglet prédit la fin de la mondialisation


Outre une analyse intéressante, mais assez classique pour ceux qui ont lu les résumés des livres que je chronique, l’intérêt du livre réside, outre sa facilité de lecture, dans une analyse originale et cultivée des cycles économiques démontrant que le recul de la mondialisation devrait être pour demain.



La théorie des cycles liberté / protection

François Lenglet développe une théorie passionnante sur des « cycles économiques de 70 à 80 ans, avec deux phases bien distinctes, ponctuées l’une et l’autre par des crises. Et tout d’abord une phase où le désir de liberté triomphe ». Pour lui, cette phase, caractérisée par un abaissement des frontières, donne la main aux riches, et donc aux prêteurs. Le consommateur l’emporte sur le producteur. L’Etat s’endette et le système financier gonfle : « le prix des actifs progressent plus vite que les revenus, augmentant les inégalités entre les détenteurs de patrimoine et les autres ».

Puis, suite à un krach, c’est le désir de protection qui l’emporte, dominé par les classes moyennes, le producteur et l’emprunteur. Il s’agit d’une phase protectionniste, où « la finance est tenue en laisse ». Après quelques décennies, « l’excès de contraintes sclérose l’économie, la crise revient, réveillant le désir de liberté ». Pour lui, les débuts de chaque cycle sont bénéfiques, parce qu’ils sont tempérés, mais au fil du temps, la situation se déteriore et l’on tombe dans des excès (de liberté pour l’un, de contraintes pour l’autre). Il dénonce aujourd’hui le dévoiement du libéralisme par la finance, au détriment de l’économie productive. Il souligne que la durée de ces cycles fait que les personnes qui ont vécu le cycle précédent ne sont pas là, ce qui fait que l’humanité répète les mêmes erreurs.

Il nous conte alors une histoire fascinante de l’économie depuis le 15ème siècle, illustrant sa théorie. Il cite un écrit de Keynes assez stupéfiant de modernité : « Quel extraordinaire épisode du progrès économique de l’homme cette époque qui prit fin en août 1914 ! (…) Un habitant de Londres pouvait, en dégustant son thé du matin, commander, par téléphone, les produits variés de toute la terre en telle quantité qui lui convenait et s’attendre à les voir bientôt déposés devant sa porte ».

Pour lui, nous vivons actuellement le requiem d’un cycle libéral, dont les racines remontent à 1968, et dont la base est la génération du baby boom. La prise de pouvoir des libéraux commence en 1979, avec l’élection de Margaret Thatcher et la victoire temporaire de Friedman, « partisan de la concurrence, des privatisations, de la lutte contre l’inflation (…) et la suppression des entraves frontalières » sur Keynes « qui militait pour la réglementation, le rôle de l’Etat, le soutien à l’économie nationale, la monnaie asservie à la croissance ». Il note l’ironie qu’il y a à constater que la Chine a démarré ses réformes libérales au même moment, en 1978. Il souligne le rôle des circonstances, avec l’effondrement du communisme.

Le point d’inflexion est-il atteint ?

lundi 18 mai 2015

Le libre-échange, source des inégalités




Le côté obscur du libre-échange


On peut aussi rappeler les travaux de Maurice Allais, dont les conclusions vont dans le même sens. Enfin, le contre-exemple le plus criant est la réussite du modèle de développement asiatique qui profite de l’ouverture de ses clients tout en limitant les importations. De plus, même si le libre-échange génèrerait de la richesse, il faudrait encore qu’elle soit relativement bien répartie. Or l’explosion des inégalités, et l’appauvrissement de plus en plus patent des classes populaires, voir moyennes, des pays dits développés démontre bien que le libre-échange ne leur profite pas, mais pèse sur leur condition de vie, du fait de la mise en concurrence avec des travailleurs dont les salaires peuvent être 10 à 20 fois plus bas.

Des bénéfices totalement irréalistes

lundi 16 juin 2025

Shein, Temu : le commerce politique qui révèle aussi le refus du politique

Shein et Temu sont des phénomènes du eCommerce. Le premier aurait conquis la bagatelle de 23 millions de clients en France en 2024. Le second est moins sous le feu des projecteurs, mais son impact n’est peut-être pas moins fort, du fait de l’ampleur de son catalogue. Pour qui prend du recul, la logique puissante de politique économique qu’il y a derrière les deux plateformes est redoutable. A contrario, les autres pays, au nom du laisser-faire et du laisser passer, finissent surtout par se faire avoir.

 


Vraie politique industrielle et vrai renoncement

 

lundi 9 septembre 2013

Pour un protectionnisme solidaire et progressiste


Les défenseurs du libre-échange présentent toujours le protectionnisme comme un réflexe égoïste, arriéré et nationaliste de protection. Mais, outre le fait d’être une pratique courante, le protectionnisme, au contraire, peut être un outil au service du progrès et même de la solidarité.



Le libre-échange, égoïste et régressif

Le Monde a récemment commis un article absolument hallucinant dénonçant ceux qui se réjouiraient de la chute de la croissance dans les pays émergents, tout en admettant qu’ils « nous ont méthodiquement dépouillé de nos industries et de nos emplois depuis des décennies ». Les néolibéraux soutiennent de facto que la destruction des emplois dans les pays développés par les délocalisations dans les pays à bas coût serait un mécanisme presque solidaire, le moyen inévitable de permettre le développement des pays émergents. Mais ceux qui défendent cette thèse sont rarement des personnes victimes de délocalisation, ce qui démontre souvent un parti-pris purement dogmatique.

En outre, il est difficile de ne pas constater que les principaux bénéficiaires du libre-échange sont les plus riches et les multinationales. Toutes les études montrent que presque jamais les 1% ou les 0,1% les plus riches n’avaient obtenu une telle part de la richesse mondiale. Idem pour les multinationales, dont les bénéfices n’ont jamais été aussi élevés. Et à ceux qui disent que cela permet de sortir de la pauvreté les populations des pays émergents, il ne faut pas oublier que la baisse du nombre de pauvres se concentre essentiellement en Chine, et, pire, la quantité de personnes en situation d’extrême-pauvreté a augmenté en Afrique ou en Inde depuis une trentaine d’années.

Bref, la théorie d’un libre-échange, qui, comme par magie, ferait disparaître la pauvreté est une fable qui est totalement infirmée par la réalité. L’anarchie commerciale ne profite qu’à 1% de la population et aux grandes entreprises. Dès lors, comment se réjouir qu’H&M délocalise une partie de sa production de Chine en Ethiopie ? Bien sûr, cela va créer des emplois en Afrique. Mais quelles seront les conditions de travail ? Et si les salaires y progressent trop, alors H&M trouvera un autre pays où ils seront plus bas. En réalité, le libre-échange est un outil au service de l’égoïsme et la cupidité d’un capitalisme inhumain. Et quelle solidarité dans un système où les pays se dépouillent les uns les autres ?

Pour un protectionnisme solidaire et progressiste

dimanche 17 avril 2016

Le libéralisme à plusieurs vitesses

Les ultralibéraux font généralement de la liberté la valeur centrale. Mais à force de laisser-faire et de laisser-passer, il faut bien constater que leurs politiques finissent par produire une liberté à plusieurs vitesses, assez large au sommet de la pyramide, parfois bien plus restreinte en bas.



C’est cher et contraignant d’être pauvre…

mardi 24 janvier 2017

La Chine se moque du monde en défendant le libre-échange à Davos


« Xi Jinping, champion du libre-échange » : la Tribune, d’habitude plus inspirée, a rapporté les propos du président chinois, en en faisant le gentil défenseur du libre-échange face au méchant protectionniste Trump. Pour l’ayatollah libre-échangiste, le protectionnisme serait un sophisme : « un pays qui imposerait des barrières au maximum sans que les autres pays ne fassent de même », n’existe pas car cela déclenche une guerre commerciale qui appaurvirait tout le monde. S’en suit le catéchisme ultralibéral de l’OCDE, affirmant qu’un dollar de mesures protectionniste diminue de 66 cents la richesse nationale, ou qu’une hausse de 1 dollar des taxes à l’importation réduit les exportations de 2,16 dollars et le revenu mondial de 0,73 dollar, alors que la libéralisation ferait croître la richesse de tous. Une double faute.


dimanche 2 décembre 2012

Arcelor Mittal, l’Europe et le protectionnisme


Voici la version originale de l’entretien que j’ai donné à Atlantico sur Arcelor Mittal, l’Europe et le protectionnisme. Il fait partie d’une série d’entretiens croisés « Quand les emplois français dépendent de capitaux étrangers à la Mittal : la nationalité des investisseurs est-elle vraiment une donnée neutre ? » avec également Sylvie Goulard, députée européenne Modem, et Michel Fouquin, directeur adjoint du CEPII.  

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a menacé de nationaliser le site de Florange pour le sauver. En 2006, Mittal a mené une OPA hostile pour absorber Arcelor, fleuron européen de la sidérurgie. A l’époque beaucoup d’observateurs avaient pronostiqué ce qui est en train de se passer aujourd’hui. N’était-ce pas à ce moment-là que la France et l'Europe aurait dû réagir ?

Bien sûr. C’est d’ailleurs ce qu’avait pronostiqué Nicolas Dupont-Aignan en juin 2006, un des seuls parmi la classe politique à s’opposer au rachat d’Arcelor par Mittal. En outre, il y avait de nombreuses raisons de s’opposer à un tel rachat, puisqu’Arcelor et Mittal étaient alors les N°1 et N°2 de l’acier. Par-delà le patriotisme économique (qui avait poussé le gouvernement à refuser à l’avance un éventuel rachat de Danone par PepsiCo), la politique de concurrence pouvait parfaitement justifier le refus de cette OPA. Il n’est pas sain pour la concurrence que les N°1 et N°2 d’un marché fusionnent.

Quand l'Europe comprendra-t-elle qu'un investisseur étranger n'est jamais neutre et qu'il arrive avec ses propres intérêts et son propre système de valeur ?

Si l’on se fie aux traités, jamais. L’intégralité des traités signés depuis 1986 ont un biais néolibéral caractérisé qui empêche toute forme de protectionnisme ou de protection des intérêts nationaux ou même européens. Par exemple les traités européens précisent que les mouvements de capitaux doivent être totalement libres, non seulement au sein de l’UE, mais également avec le reste du monde, ce qui condamne théoriquement l’intervention des Etats contre les investissements étrangers.

Cette naïveté congénitale de l’Union Européenne se retrouve dans les négociations commerciales. Si on prend le secteur de l’automobile, nous avons signé un accord d’ouverture aux importations venues du Japon en 1991, puis un accord d’ouverture aux importations venues de Corée du Sud en 2011. Pourtant, il n’y a pas eu la moindre contre-partie à l’égard des constructeurs européens au Japon et en Corée du Sud ! Dans ces deux pays, les marchés automobiles restent totalement fermés (plus de 95% des véhicules vendus sont produits localement), ce qui les met à l’abri de la concurrence internationale et leur assure des profits qu’ils investissent ensuite dans les autres pays pour prendre des parts de marché aux constructeurs nationaux. Il est probable que cette Europe finira par ouvrir nos marchés aux véhicules chinois dans quelques années, même si la Chine continue à fermer ses frontières aux importations.

Les pays émergents, qui ont besoin des technologies européennes pour progresser, ont intérêt à investir dans des pays européens endettés. Mais à quel prix ? Les valeurs sociales de l’Europe sont-elles menacées ?

samedi 14 avril 2012

Du besoin de nation

Discours prononcé hier à Saint Prix pour un meeting de soutien à Nicolas Dupont-Aignan

Mes chers compagnons, aujourd’hui, je veux vous parler de la France. Pourquoi ? Parce que la France est le point cardinal de notre programme. En effet, la grande question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir si nous décidons à Paris ou si nous laissons les choses se décider à Bruxelles, Francfort ou Luxembourg. Voilà la grande question que nous devons poser aux Français.

Depuis l’Acte Unique, les socialistes, les centristes et l’UMP ont accepté que la France abandonne des attributs essentiels de la souveraineté. Négociations commerciales, normes, contrôle aux frontières, citoyenneté, monnaie, contrôle de notre budget : tout y passe.

Cette fuite en avant est d’autant plus inacceptable que nous l’avions refusé en 2005. Une grande partie d’entre nous avait participé à ce combat. Et NDA y avait gagné ses premiers galons nationaux. Le 29 mai 2005, nous étions près de 55% des Français à dire STOP à cette course folle de l’Europe supranationale. Le message était clair, limpide.

Malheureusement, les Français ont été trahi. Par Nicolas Sarkozy qui a fait ratifier un traité absolument identique dans notre dos par le Parlement
Pourtant, il avait promis un « mini traité limité aux questions institutionnelles et prenant en compte le « non » des Français. Quel crédit donner aujourd’hui à ses promesses de renégociations des traités européens !
Mais nous avons aussi été trahi par le PS et le Modem qui ont voté ce traité scélérat et donc accepté de trahir le référendum de 2005.

La question qu’il faut poser aujourd’hui, c’est quel est le bilan de ce transfert de pouvoir massif vers Bruxelles, Francfort ou Luxembourg ?


vendredi 10 mai 2013

Le protectionnisme doit-il être européen ?


Après avoir fait un constat robuste sur les limites du libre-échange pour les pays dits développés comme le nôtre et un plaidoyer pour plus de protection, les auteurs rentrent dans la politique pour expliquer l’évolution du débat public puis de proposer comment mettre en place un protectionnisme.



Le débat qui dérange

Les auteurs se demandent « si la croyance dans la théorie dominante était devenue trop puissante pour imaginer qu’elle puisse produire autre chose qu’un progrès indéfini ? Et si le dogme du libre-échange était devenu si prégnant qu’il s’est mué en parole d’Evangile » ? Ils notent que ces idées ont été défendues par toutes les élites à quelques exceptions près (Maurice Allais), oubliant de noter le rôle du contexte historique porteur. Ils soulignent que le débat public est compliqué par les anathèmes portés contre les défenseurs du protectionnisme, traités de fascistes. Ils soulignent que les élites tendent à penser que « le peuple est victime d’une illusion ; il croit s’appauvrir, alors qu’en fait, il s’enrichit ».

Ils notent que Paul Krugman a changé d’opinion en écrivant en 2007 qu’« on ne peut plus affirmer, comme il y a une douzaine d’années, que les effets du commerce sur la répartition des revenus dans les pays sont modérés. On peut considérer au contraire qu’ils sont significatifs, voir importants et qu’ils pourraient bien le devenir plus encore ». Ils citent également Paul Samuelson qui disait en 2004 que « les gains pour les Etats-Unis liés au commerce international ne sont pas nécessairement supérieurs aux pertes » et Michel Rocard : « la Chine et l’Inde sont capables de produire tout ce que nous fabriquons. Et comme leurs coûts sont moindres, ce sont tous nos emplois industriels qui sont menacés ».

Les auteurs font un historique passionnant des débats sur le libre-échange en France depuis deux siècles, qui montre que cette question s’est toujours posée et qu’elle traverse la gauche comme la droite. Au début du 19ème siècle, c’était plutôt la gauche qui était libre-échangiste, au nom de la défense des consommateurs, avant de devenir protectionniste dans la deuxième moitié du siècle. La vague néolibérale des années 1980 balaiera cette évolution et touchera tout le monde. De manière étonnante, les auteurs voient dans la mention du « juste échange » dans le programme socialiste de 2012 un véritable « aggiornamento idéologique », démenti par les faits depuis, malgré les dires de Montebourg et Bachelay.

Protectionnisme contre protectionnisme