mardi 17 mars 2015

Faut-il croire à une reprise de l’économie ?

La zone euro semble aujourd’hui s’enfoncer dans la déflation, ce qui pourrait l’empêcher de sortir de la crise dans laquelle elle est engluée depuis 2008. Cependant, la BCE vient de publier des prévisions relativement optimistes pour les années à venir, avec 2% de croissance en 2016 et 2017. Faut-il la croire ?



Vents contraires de la conjoncture

Bien sûr, la baisse de la monnaie unique et du prix des matières premières devrait apporter un peu d’air à des économies européennes fatiguées par sept années de crise ininterrompue. Les études démontrent que ces évolutions ont un fort impact sur le niveau de la croissance en Europe. En outre, l’austérité est moins sévère que ces dernières années, du fait de l’échec des tours de vis menés en 2011 et en 2012 et du fait que bien des pays ont déjà atteint les 3% de PIB de déficit. Et avec des taux d’intérêt au plus bas, cela fait quatre forts courants favorables pour la conjoncture, qui laissent croire que, dans des conditions plus favorables, il n’y aurait pas de raison que la croissance n’accélère pas un peu, à condition bien sûr qu’ils ne changent pas dans les prochains mois, ce qui semble possible.


2015 : rebond de la croissance ?

lundi 16 mars 2015

Pierre Moscovici, l’homme qui fait détester la politique

Bien sûr, il n’est pas le seul, et il y en a d’autres dont on pourrait dire la même chose, notamment celui qui a précédé François Hollande, ce conférencier de luxe, en affaires avec Bernard Tapie. Mais Pierre Moscovici est a minima un prétendant sérieux au titre du pire homme politique.



Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Il ne fallait sans doute pas s’attendre à autre chose d’un « übersexuel » qui trouvait le moyen de dénoncer la peoplisation de la vie politique tout en parlant de sa vie privée dans Gala. Déjà, il était assez stupéfiant, pour ne pas dire davantage que celui qui, comme ministre de l’économie, a soutenu pendant un an que la France atteindrait 3% du PIB de déficit en 2013, puis annoncé que cela serait atteint en 2015, avant que cela ne soit à nouveau repoussé de deux ans, soit nommé au poste du commissaire européen justement en charge du contrôle des engagements budgétaires des pays ! Un exemple du caractère arbitraire et sans scrupule de cette construction, dont les règles s’appliquent à géométrie variable. 

Quelques mois après sa nomination, voici un des pires contrevenants des règles budgétaires européennes qui se retrouve en position d’abitre des ministres des finances européens. Pas illogiquement par rapport aux règles de Bruxelles, voici celui qui était encore ministre à Bercy il y a un an, dire que « l’effort de la France n’est pas suffisant ». Soit il n’a aucun amour propre, ce que l’interview à Gala infirme totalement, soit il est d’un cynisme tout mitterrandien, capable de dire une chose et de faire le contraire. Pour Marianne, « certains jours, il est bien difficile de distringuer les pastiches signés du ‘Gorafi’ et les vraies informations ». Moscovici, c’est un peu le cancre de la classe qui prend la place du professeur.

Le prototype de la gangrène UMP-PS

Le rapport à la loi : tu violeras les lois sans te faire prendre (8e commandement du postmodernisme) (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus

Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)



Pour illustrer ce chapitre, Dany-Robert Dufour s’appuie sur le rap, en particulier un titre du groupe Lunatic : « Le crime paie ». A la simple lecture de ces paroles (page 302), on constate comment le rap, ou du moins une partie du rap, colle à l’idéologie marchande libérale, à l’égoïsme, au culte de l’argent, à la fin qui justifie tous les moyens, à l’anomie éthique et morale et au dénuement complet du surmoi.  Leur seule morale est exactement la même que celle des hedge funds : le gain maximal, en indifférence complète des dégâts que cela peut causer et en l’absence totale de remords (même si publiquement on peut toujours affecter d’en avoir : cela fait monter les ventes ; ainsi de Joey Starr vendant 30€ des tee-shirts soit disant au bénéfice d’AIDES, cette association touchant 2€ par tee-shirts on se demande où vont les 28€ restants … ) (page 304). En pratique, Booba et Ali ne font que vanter les « vertus » du libéralisme et confirment bien que les activités criminelles sont entièrement compatibles avec « l’éthique » du capitalisme (page 306).

dimanche 15 mars 2015

Que penser de la polémique sur les assistants du FN ?

C’est une des polémiques de la semaine : « le président social-démocrate du Parlement européen a saisi les instances anti-fraude de l’UE » au sujet d’une vingtaine de collaborateurs des eurodéputés du FN, payés par l’Europe mais soupçonnés de ne pas travailler pour ce mandat. Polémique révélatrice.



Deux poids, deux mesures ?

Je ne peux guère être soupçonné de la moindre complaisance à l’égard du parti lepéniste, pointant tous ses excès et ne manquant pas de prendre parti lors des élections, comme dans le Doubs. Mais ici, la première impression qui domine reste quand même que le Front National n’est pas complètement traité comme les autres partis, même quand on lit le dossier bien fait des Décodeurs du Monde, plus nuancé que ne l’indique son titre « Le FN, champion du cumul des fonctions chez ses assistants parlementaires » puisqu’il dit que sur « les 234 assistants des 74 eurodéputés français, les pratiques douteuses subsistent, et pas seulement au FN », détaillant les cumuls de fonction de tous les partis.

Même si le FN compte un plus grand nombre de cumulards que le PS ou l’UMP, cette analyse montre aussi que ces pratiques ne sont pas son seul apanage et il est forcément intriguant de constater que le Parlement européen n’agit que pour le parti lepéniste sans sembler avoir rien fait dans les autres cas, un deux poids, deux mesures guère acceptable démocratiquement. Et cela est d’autant plus vrai que les récentes fortunes électorales de ce parti expliquent quand même en partie ce cumul puisque le vivier de cadres du parti est limité et qu’il n’était pas illogique de piocher parmi les quelques élus ou des responsables déjà en place. Une récompense pour un engagement qui peut avoir un prix.

Ou mêmes pratiques politiciennes ?

samedi 14 mars 2015

La Banque de France, antisocial récidiviste

Malheureusement, ce n’est pas la première fois que le gouverneur de la Banque de France se prononce sur cette question. Comme toujours, il se fait le porte-parole de la doxa néolibérale la plus antisociale en disant qu’il faudrait baisser le SMIC et le régionaliser. De quoi donner des envies de révolution.



Sus aux pauvres !

Le gouverneur de la Banque de France affiche une vraie constance, dans la ligne de celui qui fut son chef dans cette même institution, Jean-Claude Trichet. Déjà, en avril 2014, il se prononçait pour une révision des règles de revalorisation du SMIC, car « les modalités de revalorisation poussent à la hausse toute une partie de l’éventail des salaires (…) une mécanique infernale ». Les smicards seront heureux d’apprendre que la hausse mirobolante de leur rémunération serait « une mécanique infernale » ! Christian Noyer vise ici sans doute le colossal coup de pouce de 0,6% donné par François Hollande au SMIC à son arrivée (2% au lieu de 1,4%), trois fois moins que Jacques Chirac en 1995

Puisque la France ne prendra pas le chemin pris par la Grèce et l’Espagne, qui ont baissé le salaire minimal, le gouverneur de la Banque de France (qui fait partie du directoire de la BCE) a trouvé une solution, sans doute inspiré par ce qui a été fait en Grèce : le SMIC y avait été réduit de 22%, et de 32% pour les jeunes. Parce que s’attaquer au niveau global du salaire minimum ne semble pas possible dans notre pays, il propose une attaque plus insidieuse : le régionaliser et également le réduire pour les jeunes. Le chroniqueur d’Europe 1 présente cette idée comme du bon sens étant donné le niveau de chômage, mais jusqu’où faudrait-il aller pour être compétitif par rapport à la Roumanie ou au Maroc ?

Ces élites devenues folles

vendredi 13 mars 2015

Le contre-sens de Najat Vallaud-Belkacem sur la réforme scolaire




Des réponses totalement hors sujet

On retrouve dans les propositions de la ministre tout le gloubi-boulga pédago-mondialiste qui a fait tant de mal à un système éducatif qui était pourtant une fierté de notre pays. Il n’est plus aujourd’hui que dans le ventre mou de l’OCDE selon l’étude PISA, tout en étant devenu particulièrement inégalitaire. Au menu du ministre, parce que les collégiens s’ennuieraient au collège, la création d’enseignements pluri-disciplinaires pour donner du sens à ce qu’ils apprennent, et plus d’accompagnements personnalisés. Il est tout de même effarant que la ministre fasse de l’ennui des élèves le problème du collège alors que le niveau en lecture, en mathématiques ou en sciences n’est pas satisfaisant !

On reste dans cette logique pédagogiste selon laquelle tous les problèmes de l’éducation reposeraient sur un mauvais traitement de ces pauvres enfants, qui devraient pouvoir faire épanouir leur personnalité dans cette éducation nationale devenue un grand centre-aéré. La transmission de repères, d’une culture, d’une identité ne semble plus la priorité aujourd’hui. Il est tout de même effarant de faire de l’école le responsable de l’échec scolaire parce qu’elle serait trop dure (les notes, la discipline), ou que le sens de l’apprentissage ne serait pas donné. Par quelles monstruosités de tels raisonnements ont-ils pu s’imposer, alors même que de nombreux autres facteurs apparaissent mais sont ignorés ?

L’oubli des professeurs

jeudi 12 mars 2015

Europe : alerte à la déflation !




Causes reconnues et causes ignorées…

Bien sûr, l’accélération de la dynamique déflationniste depuis quelques mois doit quelque chose à la baisse des prix des matières premières en général, et du pétrole en particulier. Cependant, comme le montrent bien les graphiques de The Economist, s’arrêter à cette explication serait une erreur. D’abord, l’inflation baisse depuis trois ans, bien avant que les prix du pétrole ne fassent de même. Et il faut noter que le prix des biens est lui aussi passé en territoire négatif en janvier. La dynamique déflationniste semble assez marquée. Bien évidemment, elle est la conséquence de la crise économique dont nous ne sommes pas tout à fait sortie depuis 2008, d’autant plus que l’austérité l’a aggravée.

En effet, la contraction de la demande provoquée par les politiques austéritaires introduit une pression à la baisse sur les prix, qui n’est pas sans rappeler les phénomènes des années 1930. En outre, il faudrait bien reconnaître que la monnaie unique aggrave le phénomène dans la zone euro. Avant, les pays en difficulté s’en sortaient par une dévaluation pour relancer leurs économies. Privés de ce moyen, aujourd’hui, ils ont recourt à une dévaluation interne, comme en Grèce et en Espagne, avec une baisse des salaires, et donc in fine des prix, pour être plus compétitif et ainsi de la croissance en améliorant leur balance commerciale par rapport à leurs voisins. Généralisé, cela entretient la déflation.

Quelle issue pour la zone euro ?

mercredi 11 mars 2015

Le FN : le meilleur ennemi du PS

Manuel Valls a créé un sacré phénomène médiatique avec ses déclarations sur le Front National, contre lequel la France pourrait se fracasser. Un effarant retour dans le passé, où le parti lepéniste était déjà le meilleur allié de François Mitterrand pour déstabiliser le camp adverse…



Mitterrand 2.0 ?

Déjà, dans les années 1980, le Parti Socialiste avait largement utilisé le FN pour affaiblir l’opposition d’alors, en lui donnant un plus large accès aux médias, en introduisant la proportionnelle, et en jouant avec l’idée du droit de vote des étrangers… L’émergence du parti lepéniste a probablement joué un rôle dans la victoire de 1988. Une leçon sans doute retenue par François Hollande, conseiller à l’Elysée avant 1988, après l’échec de Lionel Jospin en 2002. On constate depuis quelques mois que la majorité joue ouvertement le jeu du FN en cherchant à réduire le débat politique à une alternative entre eux et le parti lepéniste, poussant Nicolas Sarkozy à parler, pour une fois pas totalement à tort, de FN-PS.

Car la saillie de Manuel Valls n’est qu’un élément dans une stratégie globale, comme le montre la sortie du président de la République disant qu’il souhaite arracher les électeurs au FN. L’autre élément de la stratégie de François Hollande pour 2017, c’est la droitisation de son discours économique, illustrée par l’utilisation du 49-3 sur la loi Macron. L’idée des apprentis-sorciers de l’Elysée est d’asphyxier une UMP déjà peu fringante avec son président qui préfère courir les conférences que la diriger. Trop modérée, l’UMP se distingue trop peu du gouvernement. Trop dure, elle créé un pont vers le FN pour ses électeurs. L’espace politique de l’UMP n’est-il pas singulièrement réduit dans le contexte actuel ?

Jouer avec le feu…

mardi 10 mars 2015

L’euro cher et l’austérité étaient bien les problèmes de l’Europe

Nous étions un certain nombre à le dire depuis des années, mais les récentes prévisions de la BCE, pour laquelle la croissance devrait atteindre 1,5% en 2015 et près de 2% en 2016, démontrent de facto que l’euro cher et l’austérité étaient bien les causes de la dépression européenne.



Euro moins cher, allègement de l’austérité

Il faut rappeler ici que, a priori paradoxalement, la zone euro est entrée en récession deux trimestres avant les Etats-Unis en 2008. Il faut dire que l’euro touchait alors des sommets, à 1,6 dollars au plus haut. Cela avait pesé sur les économies européennes. Les économistes estiment généralement qu’à parité de pouvoir d’achat, l’euro devrait coter entre 1 et 1,15 dollars. Etant donné le décalage dans le cycle économique mais aussi celui dans les politiques monétaires, l’euro devrait rester bon marché. Jusqu’à mi-2014, il cotait pourtant entre 1,25 et 1,4 dollars et on peut se dire que cela a joué un rôle dans l’atonie des économies européennes. La récente baisse apporte un bol d’air frais.

Le deuxième bol d’air frais pour les économies européennes, c’est incontestablement le desserrement des politiques d’austérité. Même s’il reste une pression des instances européennes sur les budgets nationaux, illustrée par les échanges avec la Grèce ou même la France, le ryhtme de baisse des déficits et l’ampleur des mesures budgétaires est bien plus raisonnable qu’en 2011 ou 2012. Initialement, le déficit de la France devait passer de 5,2 à 3% de 2011 à 2013. Finalement, nous aurons quatre ans de plus pour le faire, ce qui signifie une austérité atténuée. En outre, beaucoup de pays européens sont déjà sous les 3%. Bref, le vent mauvais de l’austérité ne souffle plus aussi fort qu’avant.

Aucune leçon n’a été tirée

7/ Le rapport à la langue : tu ignoreras la grammaire et tu barbariseras le vocabulaire ! (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus

Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)



Lire également
Le 2e commandement (Le rapport à l’autre, tu utiliseras l’autre comme un moyen pour parvenir à tes fins).
Le 3e commandement (Le rapport à l’Autre, tu pourras vénérer toutes les idoles de ton choix, pourvu que tu adores le Dieu suprême, le Marché !)
Le 4e commandement (Tu ne fabriqueras pas de Kant-à-soi visant à te soustraire à la mise en troupeau).
Le 5e commandement (Le rapport au politique, tu combattras tout gouvernement et tu prôneras la bonne gouvernance)
Le 6e commandement (Le rapport au savoir : tu offenseras tout maître en position de t’éduquer).

« On le sait depuis les Grecs : parler, c’est aussi et surtout « musiquer ». C’est être capable de convertir la passion qu’on subit en une forme expressive, si possible pour soi et, éventuellement, pour les autres. » (page 242).

Comme pour tout ce qui génère du lien social et/ou s’approche de près ou de loin d’une institution, le postmodernisme s’est efforcé de déconstruire le langage, à commencer, bien sûr, par la grammaire. Les générativistes (notamment Noam Chomsky) prétendent ainsi que toutes les langues du monde partagent certaines propriétés structurelles de fond (page 246). De cela, on pourrait donc en déduire qu’inconsciemment la grammaire est en chacun d’entre nous et ne résulte nullement de prescriptions édictées par des gardiens des règles (page 247). Pour confirmer cette théorie, ses défenseurs ne s’intéressent nullement à la production d’énoncés mais uniquement aux mécanismes que le locuteur applique intuitivement pour construire ces énoncés (page 248). Finalement, c’est comme si l’on mettait sur le même plan les premiers pas d’un enfant et la danse des plus grands ballets (page 249). Cette manière d’approcher la langue est finalement une complète négation de la culture.