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dimanche 22 septembre 2013

Le modèle allemand n'en est pas un !



Atlantico : Les élections législatives allemandes se tiennent ce dimanche 22 septembre- le Bundestag désignant le Chancelier fédéral. Le modèle allemand est souvent décrié par ses opposants à cause de la compression des salaires ou, plus largement , une dévaluation compétitive intérieure. Quelles est la face cachée du modèle allemand ? Ses travers, ses limites ?



La première limite du modèle allemand est qu’il ne fonctionne que si les autres pays ne font pas la même chose. En effet, les excédents allemands sont autant le fruit de la compression des salaires outre-Rhin que de leur non-compression ailleurs en Europe. Si nous avions tous suivi la même politique dans les années 2000, alors l’Allemagne n’aurait pas pu gagner de parts de marché. Mais surtout, la demande européenne se serait effondrée du fait de la compression des salaires. Donc, l’Allemagne aurait été doublement perdante : la taille du gâteau aurait été plus petite et elle aurait eu une plus petite part.
Ensuite, il faut savoir que cette politique est le produit d’une immense régression sociale pour environ un tiers de la population. Comme l’explique ce papier du Monde, la compétitivité allemande repose en partie sur l’emploi de salariés immigrés payés une misère (jusqu’à 2 à 3 euros par heure !), ce qui est permis par l’absence de SMIC dans le pays. La description des conditions de vie de certaines personnes est absolument révoltante pour un pays dit développé. On a l’impression d’être dans le Tiers Monde !
Ensuite, Olivier Berruyer a montré dans son dernier livre que de 2000 à 2010, les revenus réels de 30% de la population ont baissé de 15% ou plus ! Ce faisant, dans ce pays qui se vantait d’être un pays de classes moyennes, les inégalités ont explosé puisque les revenus des 10% les plus riches ont progressé dans le même temps. Une telle politique ne sera pas durable longtemps.

Atlantico : Avec un taux de chômage à 6,8% en août, l'Allemagne connait l'un des plus faible niveau de chômage d'Europe à faire envier les autres pays européens. Mais celui-ci reflète t-il vraiment la réalité économique des Allemands ?

vendredi 1 avril 2016

Il est où le « modèle allemand » ? (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus

“Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais, c'est peut-être la fin du commencement.”
Winston Churchill


Au risque de jouer les Cassandre, j’aimerais rappeler à tous ceux qui hurlaient à la germanophobie à la moindre critique du « modèle allemand » et qui vantaient si haut et fort les vertus germaniques cet article écrit il y a 3 ans[i] :

mercredi 24 juin 2015

Le « modèle » allemand en quelques chiffres (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Alors que l’Europe s’enfonce dans une crise qui semble sans fin, les thuriféraires du « modèle » allemand semble se faire plus discrets (voir article reproduit ci-après), même si, « gauche de droite » aidant, le gouvernement en place, via la loi Macron (inspirée des réformes Hartz du gouvernement Schröder), vient de faire passer – en force – la loi probablement la plus antisociale de toute la Ve République. Une loi que même la « droite la plus bête du monde » n’aurait sans doute même pas osé imaginer[i].
Rappelons donc quelques éléments simplement factuels de l’état des lieux de notre précieux « modèle » d’Outre-Rhin[ii] :
-        Entre 2007 et 2011, le revenu réel brut des 10% les plus pauvres y a baissé de 6,1% alors que celui des 10% les plus  riches augmentait de 0,7%.
-        En 2012, un quart des Allemands a un patrimoine égal à 0, la moitié d’entre eux un patrimoine inférieur à 17 000€ mais les 1% les plus riches ont un patrimoine supérieur à 817 000€.
-        En 2011, les 10% de ménages les plus aisés disposaient de 59,2% de la richesse nette de l’ensemble des ménages pendant que la moitié de ménages ne dispose que de 2,8%.
-        En 2013, les femmes étaient payées 23% de moins que les hommes[iii].
Entre 2003 (année des réformes Hartz) et 2013, le PIB allemand a cru de 11,9%. Dans le même temps, celui de la France a cru de 12,4%[iv]. Tout ça pour ça … Mais que l’on se rassure : dans la belle Europe que l’on nous construit, les « réformes » tant des sieurs Sarkozy que Hollande n’ont de cesse que de nous mettre au niveau des Allemands !

Je profite de ces quelques éléments factuels pour reprendre le billet ci-dessous qui date d’un peu plus de deux ans mais n’a pas pris une ride.

L'Allemagne, ce modèle bidon

vendredi 26 juillet 2013

Ce modèle que l’Allemagne n’est pas


La crise de la zone euro a fait de l’Allemagne le modèle à suivre pour certains. Comme le souligne souvent Jacques Sapir sur son blog, il s’agit d’un mirage dangereux car non seulement le « modèle allemand » n’est pas réplicable à l’échelle du continent, mais il n’est même pas souhaitable dans l’absolu.



Un « modèle » non réplicable

Alors que la zone euro pourrait sortir de la récession ce trimestre et enregistré une légère (et illusoire) croissance l’an prochain, on entend des discours absolument hallucinants. La seule issue pour les pays en difficulté serait de trouver la croissance par l’augmentation des exportations. C’est notamment ce qui est avancé pour l’Espagne ou la Grèce. Car cela est au cœur de la réussite allemande puisque le pays affiche un solide excédent des échanges courants de près de 200 milliards d’euros, soit la bagatelle de 6,4% du PIB pour 2013 (plus de trois fois le niveau de la Chine !).

Mais ce que les économistes myopes ne comprennent pas, c’est que les excédents des uns sont les déficits des autres, et que si un pays parvient à baser sa croissance sur les exportations, alors, d’autres doivent accepter des déficits équivalents… Il faut savoir que la moitié de la croissance de l’Allemagne depuis 10 ans vient de son solde commercial. Mais il n’est pas difficile de comprendre qu’un tel modèle n’est pas réplicable à l’échelle du continent. Tous les pays de la zone euro ne pourront pas être en excédent commercial en même temps, surtout avec la concurrence des pays émergents.

Dès lors, les stratégies de sortie de crise par les exportations sont illusoires. Bien sûr, les pays qui seront les plus radicaux pourront gagner temporairement des parts de marché, mais cela est absurde. Non seulement, cela réduit la demande européenne, et donc la croissance et l’emploi, mais en plus, cela ne conduit qu’à déplacer les chômeurs des pays les plus compétitifs vers ceux qui le sont moins, tout en augmentant leur nombre global, du fait de la baisse de la demande. Et cela nous mène à une course mortifère au moins disant social, une guerre économique de tous contre tous.

Un modèle qui n’est même pas souhaitable


samedi 4 février 2012

Les illusions du modèle allemand


Comme le rapporte Régis Soubrouillard sur Marianne 2, Nicolas Sarkozy a évoqué pas moins de quinze fois l’Allemagne dans son intervention télévisée de dimanche soir. Mais cette lubie présidentielle destinée à vendre sa réélection ne résiste pas à une analyse de fond.

La France, ce n’est pas l’Allemagne

Bien sûr, il est toujours intéressant de regarder ce qui se passe en dehors de nos frontières pour voir si on peut s’inspirer de bonnes pratiques qui pourraient nous profiter. Mais là, Nicolas Sarkozy a poussé l’exercice jusqu’à la caricature, instaurant notre voisin comme le modèle absolu, qu’il faudrait suivre sans la moindre nuance. Par-delà le fait qu’il soit un peu tard dans le quinquennat pour avoir cette révélation, cela montre l’épuisement idéologique de l’équipe au pouvoir.

samedi 16 novembre 2024

Le fiasco du soi-disant modèle allemand

Cela fait depuis près de vingt ans qu’une grande partie des élites de notre pays présente l’Allemagne comme le modèle à suivre, malgré les remises en perspective de nombreuses personnes. Un graphique du Financial Times repéré par Philipp Heimberger achève de mettre à bas ce faux modèle que plus de vingt ans de recul disqualifient de plus en plus, avec la stagnation des 5 dernières années.


 

Réussite oligarchiste temporaire à coût social immense

 

samedi 22 février 2020

Coralie Delaume clarifie nos relations avec l’Allemagne (2/3) : le grand malaise allemand

Pendant longtemps, beaucoup de média se contentaient de sa seule balance commerciale pour juger de l’état de l’Allemagne. Depuis la parution de « Made in Germany », de Guillaume Duval, début 2013, les jugements se font parfois plus nuancés, ce qui est confirmé par la crise politique du pays. Dans ce livre, Coralie Delaume propose une analyse extrêmement riche, qui permet de comprendre le grand malaise allemand si important pour nos relations avec ce pays.




Un éloignement progressif du projet européen


dimanche 23 juin 2013

Quand l’Allemagne n’a plus besoin de l’euro


Le groupe Xerfi vient de lancer des synthèses économiques qui rappellent un peu les travaux de Patrick Artus pour Natixis. La première étude, « L’UE, plateforme de production de l’économie allemande », décrit une Allemagne qui n’a désormais plus besoin de la monnaie unique.



Le grand basculement commercial

C’est une étude passionnante qui peut se résumer à quelques chiffres. En 2007, l’Allemagne ne réalisait que 35% de son excédent commercial hors de l’UE, 36% dans la zone euro et 29% dans le reste de l’UE. Sur les douze derniers mois, 74% de son excédent commercial est réalisé hors de l’UE, contre 5% dans la zone euro et 21% dans le reste de l’UE. Le solde intra-UE s’est réduit de 77 milliards d’euros, et a progressé de 70 milliards d’euros hors de la zone euro. Il faut noter que la zone euro ne représente plus que 37% des débouchés pour l’Allemagne (contre 47% pour la France).

Ce grand basculement n’est pas neutre pour la monnaie unique. En effet, quand l’Allemagne réalisait l’essentiel de son commerce et de ses excédents en Europe, Berlin pouvait avoir des réticences à quitter la monnaie unique et accepter la dévaluation consécutive des autres pays (même si elle l’avait supporté dans les années 1990). Mais aujourd’hui, 95% de l’excédent commercial allemand est réalisé en dehors de la zone euro, donc une fin de la monnaie unique, si elle aurait sans doute des répercussions commerciales sur l’Allemagne, n’aurait pas des conséquences insurmontables pour le pays.

Pourquoi l’excédent allemand en zone euro baisse ?

La baisse de 77 milliards d’euros de l’excédent allemand sur la zone euro en cinq ans semble paradoxale alors qu’on ne cesse de vanter le modèle commercial d’outre-Rhin. En fait, un tableau donné par Xerfi permet d’avoir un bon éclairage. Depuis 1999, la part de l’Allemagne dans les exportations au sein de l’UE est restée complètement stable, à 22%. En revanche, la part de la France, la Grande-Bretagne et l’Italie est passée de 33% à 24% de 1999 à 2008, et se stabilise à 23% en 2012. Il faut noter que la part des PECO (Est) est passée de 6 à 15% entre temps (12% en 2008).

Un autre tableau montre que l’Allemagne n’exporte pas plus dans l’UE depuis 2007 alors qu’elle importe 79 milliards de plus. Deux raisons expliquent ce phénomène. Il y a tout d’abord un décalage de croissance entre l’Allemagne, qui a rebondi après la crise, et le reste de la zone euro, en récession. Du coup, alors que le marché intérieur de la zone euro baisse, le marché intérieur allemand a un peu progressé, créant un décalage bénéficiant aux exportateurs des autres pays qui vendent en Allemagne, alors que les entreprises allemandes voient leurs débouchés européens baisser.

Vers la constitution d’une hégémonie industrielle ?

dimanche 25 septembre 2011

Que faire après la fin de l’euro ?


C’est bien tout l’intérêt de la démarche de Christian Saint Etienne que de démontrer qu’à terme, la monnaie unique telle qu’elle a été conçue, n’est pas tenable, et qu’il faut penser à un plan B. Il en propose même trois dans le livre, étant donnée l’incertitude que fait peser « la fin de l’euro ».


Le pire et l’idéal


L’auteur souligne malicieusement que tout a été fait pour permettre un retour aisé aux monnaies nationales. Les banques centrales nationales existent toujours. Les pièces ont une face nationale qui permettrait d’introduire instantanément un « euromark », un « eurofranc »… Et même les billets ont un code national ! Bref, le retour en arrière est possible et semble même avoir été étudié lors de la genèse de l’euro.


mercredi 15 juillet 2015

En finir avec les lieux communs sur la crise grecque (en vérité de l’euro) (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus.



Ces derniers jours encore plus que les précédents (et peut-être moins que ceux qui arrivent), que n’a-t-on entendu de sottises dans les différents canaux médiatiques, tant de par les politiciens bien souvent idéologisés (mais pas toujours : l’idéologie sait être un paravent bien utile) que de par quelques (pseudos) journalistes laissant leur sens de l’analyse et de la critique à peu près au même niveau qu’une Marie-Antoinette prescrivant la brioche comme placebo à la faim du petit peuple.

Nonobstant ce qui semble bien être une capitulation en rase campagne[i] d’Alexis Tsipras face à la tyrannie eurocratique personnalisée par les Juncker, Schultz, Monti , Schäuble et autres Dijsselbloem, le présent billet a donc pour objet de tordre le cou à ces quelques canards boiteux qui hantent rédactions, ministères et « institutions » et dont l’équipement cérébral est de qualité proportionnellement inverse aux décibels émanant de leurs frustres gosiers.

1/ « Les Grecs sont des fainéants qui ne payent pas d’impôts ».

mardi 4 août 2015

Ce que dit la hausse de la pauvreté en Allemagne

J’ai coutume de décrire le choc effrayant et brutal auquel les Grecs se sont soumis depuis plus de cinq ans. Mais en réalité, c’est toute l’Europe qui subit un choc antisocial de force variable, comme le révèlent les chiffres de la pauvreté en Allemagne, en progression constante depuis 15 ans.



Le grand appauvrissement, partout


Guillaume Duval a également démontré dans un livre toutes les failles de ce modèle. On pourrait aussi rappeler les analyses de Jacques Sapir ou Olivier Passet, qui ont démontré le caractère asymétrique de ce modèle, qui repose sur le fait que ses principaux partenaires ne suivent pas la même direction. L’Allemagne s’enrichit au détriment de ses partenaires européens, parce qu’elle accumule des excédents commerciaux colossaux dont la simple existence souligne le caractère insoutenable de cette stratégie car tous les pays de l’UE ne peuvent pas simultanément être en forts excédents commerciaux… Mais ce que révèle la hausse de la pauvreté en Allemagne depuis 15 ans, c’est que le modèle économique de notre Europe ne marche pas car même les résultats du meilleur élève sont mauvais.

Des dopants à effets provisoires

mercredi 23 novembre 2011

Euro : incompréhensions allemandes

C’est peu de dire que l’incompréhension grandit entre les pays européens. Entre des Grecs qui évoquent un 4ème Reich, une France qui capitule à chaque négociation européenne devant les positions de Berlin et des analystes qui critiquent l’attitude d’Angela Merkel, l’Allemagne est au centre de toutes les discussions.

Feu sur l’Allemagne

The Economist a consacré cette semaine sa rubrique Charlemagne à la chancelière allemande. Le magazine libéral n’y va pas de main morte en dénonçant ses « discours vides et détachés de la réalité ». Il dénonce l’obstruction de Berlin aux euro obligations, au rachat des dettes souveraines par la Banque Centrale Européenne ou à la fusion des réserves européennes au sein du Fonds Monétaire International. Il souligne l’opposition de l’Allemagne à toute intégration fiscale.

lundi 27 septembre 2021

Les Allemands disent-ils véritablement merci à Merkel ?

Bien sûr, après 16 ans au pouvoir, Angela Merkel restera une figure de la vie politique allemande et même européenne. Mais alors que la plupart des média français dressent les louanges de la chancelière qui va partir à la retraite, en ne retenant souvent que ces choix qu’ils jugent positifs, les résultats électoraux ou plus généralement l’état du pays, poussent à fortement nuancer. Son parti n’est-il pas passé de près de 42% des voix en 2013, à 33% en 2017 et seulement 24% cette année ?

 


Une politique au service de l’oligarchie allemande

 

samedi 15 février 2020

Coralie Delaume clarifie nos relations avec l’Allemagne (1/3) : une amitié devenue vassalisation


C’est un livre majeur que je recommande vivement pour sa capacité à étudier tous les aspects de la relation franco-allemande, improprement qualifiée de « couple ». Coralie Delaume réunit tous les points de vue, français, allemand, ou d’autres pays, économique, politique ou plus historique, dont je ne donnerai qu’un échantillon, pour dresser un portrait particulièrement nuancé, détaillé et passionant de notre relation avec notre voisin. Un livre de référence pour mieux comprendre ces trois dernières décennies.





Ascension involontaire et soumission fascinée



dimanche 24 septembre 2017

L’euro, dopant oublié du pseudo-modèle allemand

Aujourd’hui, les Allemands votent pour les législatives. Beaucoup a été écrit pour décrire la situation de l’Allemagne, ses forces et ses faiblesses. Mais trop souvent, la doxa eurobéate empêche de prendre en compte un élément majeur de contexte : son appartenance à la monnaie unique, qui est un extraordinaire dopant pour l’Allemagne, au détriment des autres pays de la zone euro.



Amphétamines monétaires pour « modèle » antisocial

vendredi 14 mars 2014

Chevènement dessine un autre avenir pour l’Europe


Après avoir analysé les raisons de la première guerre mondiale, puis étudié les caractéristiques de la crise que nous traversons, tant économique que géopolitique, Jean-Pierre Chevènement revient sur les ressorts de la crise européenne, et les moyens pour notre continent de s’en sortir.


L’impasse actuelle

Le constat est formel : la monnaie unique est une « usine à gaz », « dans le grand vent de la mondialisation, l’Europe apparaît aujourd’hui comme un navire démâté, privé de gouvernail ». Il dénonce une construction européenne subordonnée aux USA, au contraire de la volonté du Général de Gaulle. Pour lui, « que signifie un marché dont les règles sont fixées par les autres : les Etats-Unis émettant la monnaie mondiale, ou bien la Chine contrôlant la sienne, ses importations et les investissements extérieurs qu’elle reçoit » ? Depuis 1986, « quelle place reste-t-il au « politique » dans une Europe ainsi corsetée de règles ? (…) Elle offre son marché à la pénétration des produits à bas coûts, fabriqués dans des pays dépourvus de protection sociale et environnementale et dotés de surcroît de monnaies sous-évaluées ».

Pour lui, nous faisons la politique de Laval. Il dénonce la négation de l’hétérogénéité des nations et les plans européens : « brandie comme un épouvantail, l’idée qu’un Etat puisse faire faillite, contrairement à la croyance jusque là répandue, a ainsi servi d’alibi au renflouement des banques aux dépens des contribuables ». Et il note qu’« à travers le FMI, les Etats-Unis se sont acquis un droit de regard sur la gestion de la crise de l’euro » ! Il n’accable pas l’Allemagne, qui est un contributeur net et qui veut de la responsabilité. Comme Tood, il pense que l’Europe se construit sur un modèle postdémocratique. Et soit il y aura un sursaut démocratique, soit « les peuples s’accomoderont de leur décadence ».

Le problème franco-allemand

dimanche 9 février 2014

Le Pen / Moscovici : le débat de l’angoisse


Lundi, Marine Le Pen et Pierre Moscovici ont débattu sur France 2 dans l’émission d’Yves Calvi. Un débat que j’ai essayé de regarder avec le minimum de parti-pris (certains d’entre vous doivent sourire) pour essayer de restituer ce qu’un électeur normal pourrait en avoir tirer.



Moscovici, beau parleur eurolibéral gonflé

A moins d’être un militant socialiste absolument convaincu par la politique menée depuis près de deux ans (cela existe-t-il seulement ?), il était sans doute difficile de ne pas être choqué par le discours du ministre de l’économie. Certes, son discours eurolibéral, qui consiste à dire que, l’Allemagne réussissant avec la même monnaie que nous, la direction à suivre est la la baisse du coût du travail et rigueur budgétaire, offre un semblant de vraisemblance. C’est la ligne de la politique de l’offre désormais défendue par le président de la République. Mais un Jacques Sapir, qu’il a scandaleusement qualifié d’économiste d’extrême-droite (et qui lui a répliqué sur son blog), aurait mis en miette son argumentaire.

En fait, son discours semblait totalement déconnecté de la réalité. Voilà un ministre qui dit qu’il a réglé les problèmes de déficit de la France alors qu’en deux ans et 60 milliards d’efforts, les déficits n’ont baissé que de 16 milliards. Voilà un ministre qui annonce que la reprise est là, alors que le pays est revenu en récession en 2013 ! Voilà un ministre qui parle de solidarité avec la Grèce alors que le chômage atteint 27% et que le pays subit une crise monstrueuse. Voilà un ministre qui ose dire que ce n’est pas la rue qui gouverne juste après le retrait du projet de loi sur la famille suite aux manifestations. Difficile d’être rassuré quand il disait que la France est un grand pays, la 5ème économie du monde.

Une Marine Le Pen anxiogène

samedi 13 septembre 2014

Cette petite musique néolibérale qui s’impose


Il fallait vraiment écouter l’interview de Christian Noyer sur Europe 1 jeudi matin. On y trouvait un condensé de toutes les idées préconçues néolibérales, défendues avec le sérieux donné par le statut de gouverneur de la Banque de France. Un discours malheureusement dans le vent.


Austérité, recul de l’Etat et compétitivité

La lecture de la crise actuelle par le gouverneur de la Banque de France est d’une simplicité biblique. Notre pays pêcherait par le poids de ses taxes et impôts, qui pénaliserait sa compétitivité. Il a également appelé à réduire le déficit budgétaire en « coupant hardiment dans les dépenses ». Même s’il ne l’a pas cité, on devinait derrière tout son discours une forme de fascination pour le modèle allemand. Mais cette fascination semble avoir également provoqué un arrêt du cerveau. En effet, couper vigoureusement dans les dépenses publiques ne ferait que plonger le pays dans une récession violente, comme on l’a vu à Madrid ou Athènes (avec plus de 25% de chômeurs), comme même le FMI le reconnaît.

La course à la compétitivité est également absurde dans un monde où il est possible de trouver des salariés que l’on paie 100 euros par mois en Europe de l’Est, en Afrique du Nord ou en Asie. Jusqu’où faudrait-il baisser les salaires et la protection sociale pour être enfin considéré comme compétitif dans ce monde mondialisé qu’il ne remet pas en question ? Naturellement, Christian Noyer n’a donné aucune preuve qui démontrerait que l’Etat français dépenserait tant que cela. Manque de chance : nous manquons de professeurs dans le primaire et ils sont moins payés que la moyenne de l’OCDE… Il est malheureux que Jean-Pierre Elkabbach n’ait pas cherché à remettre en question ses propos.

Le néolibéralisme gagne une bataille ?