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vendredi 26 septembre 2014

Le Monde contre le FN sur l’euro : zéro partout !

C’est à croire que tous les mois ou presque, le quotidien de référence se croit assignée la mission de disqualifier l’idée de démontage de la monnaie unique européenne, portée. Mais en pointant les faiblesses de l’argumentation du FN, il en oublie de présenter un raisonnement rigoureux.

 
Le Pen : la meilleure ennemie de l’euro

Les décodeurs du Monde pointent en effet les atermoiements et les réponses changeantes du FN sur la question du remboursement des dettes. Ils notent que pour la campagne présidentielle, Marine Le Pen avançait que la sortie de la monnaie unique européenne et la dévaluation de 25% du nouveau franc nous coûterait 107 milliards (il me semble plutôt qu’il s’agissait de deux fois plus qui  était alors évoqué), du fait que deux tiers de notre dette est possédée à l’étranger. Mais depuis fin 2013, avec l’étude de Jacques Sapir et Philippe Murer, le FN soutient que 94% de notre dette est de droit français ce qui nous protégerait en vertu de la lex monetae. Les décodeurs attaquent sur l’incertitude juridique qui existerait ainsi que sur le sort des dettes privées.

Ce faisant, on pourrait même ajouter que Marine Le Pen a flirté avec l’idée de rétablir l’étalon or.  Déjà, j’avais moi aussi trouvé proprement effarant la légèreté de Marine Le Pen qui osait présenter un plan qui alourdissait notre endettement de plus de 100 milliards. Et quel manque de professionnalisme et de crédibilité de revenir plus tard en disant que finalement, l’addition sera beaucoup plus légère ! Pourtant, dès février 2012, j’avais déniché, dans l’étude de Jonathan Tepper que c’est la nationalité du droit qui compte. En outre, il est totalement absurde de penser que le nouveau franc serait dévalué de 25% par rapport à l’euro, comme toutes les études l’indiquent. Bref, il règne un grand amateurisme au FN sur la préparation de cet élément clé de leur programme.

Décoder les décodeurs du Monde


dimanche 12 octobre 2014

L’effarante campagne du Monde pour les plus riches


Décidémment, les Décodeurs du Monde se distinguent une autre fois par un manque de précisions et une absence de mise en perspective criante, alors qu’en général leurs éclairages sont de bonnes factures. Pour un peu, on croirait presque lire le Figaro Magazine en pleine révolte fiscale



Décoder les décodeurs

Le titre est sans doute ce qu’il y a de plus choquants dans ce papier : « les 20% de foyers les plus aisés ont absorbé 75% des hausses d’impôts ». Ce titre est un raccourci choquant puisque s’il s’agit d’une étude de la commission des finances de l’Assemblée, elle ne concerne que l’Impôt sur le Revenu, 67 milliards de recettes fiscales en 2013, soit un peu plus de 7% des prélèvements obligatoires. Il ne serait pas inutile de rappeler également que 50% des ménages ne paient pas l’IR, ce qui concentre mécaniquement les recettes de l’impôt sur le revenu sur les ménages aux plus forts revenus. En outre, si on se plonge dans les statistiques de Piketty, Landais et Saez, on déduit que les 20% les plus riches touchent environ 65% des revenus de ceux qui paient l’IR, ce qui relativise aussi grandement les 75%.

Et cela concerne seulement les 8 milliards de hausses de l’IR, sur 60 milliards de hausses d’impôts décidées depuis 2011 ou des 28 décidés par la nouvelle majorité, détaillées par le Monde il y a seulement un an. Bref, si on prend de recul, la véritable information, c’est qu’environ un tiers des hausses d’impôts décidées depuis 2012 portent sur l’impôt sur le revenu et que les 20% qui gagnent le plus, qui représentent environ 65% des revenus de ceux qui paient l’IR, en ont acquitté 75%. Pas de quoi aller s’exiler au Luxembourg. En outre, le Monde oublie de rappeler que le taux d’imposition global baisse en haut de l’échelle, comme l’ont révélé Piketty, Landais et Saez, et que les gains de revenus sont aussi très inégaux (aux Etats-Unis, 1% des ménages accaparent 95% de la hausse des revenus depuis 2009).

La mythique oppression fiscale des riches

vendredi 20 juin 2014

Grève de la SNCF : non à la grève de l’information objective !


La couverture médiatique de la grève à la SNCF est effarante. Elle se contente trop souvent  de montrer un cortège d’usagers exaspérés, en évoquant, au mieux, de manière très superficielle, les raisons de cette mobilisation. Pourtant, cela mérite un traitement plus équilibré, comme l’a bien noté Jérôme Leroy dans Causeur, où il s’en prend à France Inter, ironie de l’histoire…

 

L’oubli du droit de grève

Bien sûr, les grèves peuvent créer de grosses perturbations pour les usagers, particulièrement quand ils n’ont pas de substitut, ou qu’ils se retrouvent contraints d’utiliser leur voiture en subissant bouchons et coût élevé de l’essence. Cela est d’autant plus problématique quand il y a le baccalauréat ou que des demandeurs d’emplois ratent des entretiens suite aux perturbations, comme certains médias s’en sont émus. Néanmoins, il faut noter que la SNCF a mis en place un dispositif particulier pour faciliter la tâche des bacheliers et Benoît Hamon confirmait cette semaine sur RTL qu’il n’y avait pas plus de retard que les années précédentes (même s’il faut reconnaître que les critères ont été assouplis cette année). Et puis, on passe souvent son baccalauréat à  proximité.

Mais il faut noter deux choses. D’abord, comme me l’ont indiqué des lecteurs, il n’est pas possible pour les grévistes de faire la grève du zèle (où les usagers n’ont pas à payer), ce qui serait un moyen de faire des grèves populaires. Ensuite, et cela est insuffisamment rappelé, il ne faut pas oublier que les jours de grève ne sont pas payés. La protestation des salariés de la SNCF a un coût qui n’est pas négligeable pour tous les grévistes. Par exemple, la défense de leurs idées va peut-être engloutir le budget vacances de ceux qui y participent. Pour les moins payés, elle imposera des privations dans les prochains mois. Et puis, ceux qui dénoncent la grève oublient également que le droit de grève est un acquis important, un marqueur démocratique majeur.

Une vraie question de fond


mercredi 1 février 2017

Ce qu’il y a de Le Pen dans Fillon, et inversement…

Alors que le climat de cette campagne présidentielle devient de plus en plus pesant, avec les innombrables affaires, réelles et supposées, qui encombrent les médias et les réseaux sociaux, d’étonnants rapprochements s’opèrent entre les deux favoris pour la qualification au second tour de cette campagne, et pas uniquement sur la question des assistants parlementaires…



Le pire de tout ce qui est rejeté depuis des décennies

lundi 2 novembre 2015

Air France : profits records et barbarie néolibérale

La semaine dernière, à la surprise générale, étant donné l’état des négociations entre direction et salariés, Air France a annoncé avoir réalisé les plus gros profits trimestriels de son histoire. Ceci, et la réaction des marchés, négative, en dit très long sur l’état de nos sociétés.



Profits records, mais insuffisants !


Son raisonnement est que ces résultats sont le fruit de la baisse conjoncturelle du prix du pétrole et que les concurrents de l’entreprise font mieux, Lufthansa et IAG (British Airways et Iberia) ayant accumulé plus de 150% de marge de plus, du fait d’un déficit de compétitivité qu’il faudrait combler et qui justifierait le nouveau plan de la direction. Le problème d’Air France, ce serait que la baisse du coût par passage ne serait que de 0,5 à 0,7% cette année, contre 1 à 1,3% prévu initialement. De plus la pression concurrentielle serait au plus haut. D’ailleurs, la réaction des marchés appuie le discours de la direction puisque ce record de profits a été accueilli par une chute étonnante de près de 5% du titre Air France, et de plus de 8% pour Lufthansa, malgré de meilleurs résultats, mais après une forte hausse.

Transformer les hommes en loups

dimanche 15 mars 2015

Que penser de la polémique sur les assistants du FN ?

C’est une des polémiques de la semaine : « le président social-démocrate du Parlement européen a saisi les instances anti-fraude de l’UE » au sujet d’une vingtaine de collaborateurs des eurodéputés du FN, payés par l’Europe mais soupçonnés de ne pas travailler pour ce mandat. Polémique révélatrice.



Deux poids, deux mesures ?

Je ne peux guère être soupçonné de la moindre complaisance à l’égard du parti lepéniste, pointant tous ses excès et ne manquant pas de prendre parti lors des élections, comme dans le Doubs. Mais ici, la première impression qui domine reste quand même que le Front National n’est pas complètement traité comme les autres partis, même quand on lit le dossier bien fait des Décodeurs du Monde, plus nuancé que ne l’indique son titre « Le FN, champion du cumul des fonctions chez ses assistants parlementaires » puisqu’il dit que sur « les 234 assistants des 74 eurodéputés français, les pratiques douteuses subsistent, et pas seulement au FN », détaillant les cumuls de fonction de tous les partis.

Même si le FN compte un plus grand nombre de cumulards que le PS ou l’UMP, cette analyse montre aussi que ces pratiques ne sont pas son seul apanage et il est forcément intriguant de constater que le Parlement européen n’agit que pour le parti lepéniste sans sembler avoir rien fait dans les autres cas, un deux poids, deux mesures guère acceptable démocratiquement. Et cela est d’autant plus vrai que les récentes fortunes électorales de ce parti expliquent quand même en partie ce cumul puisque le vivier de cadres du parti est limité et qu’il n’était pas illogique de piocher parmi les quelques élus ou des responsables déjà en place. Une récompense pour un engagement qui peut avoir un prix.

Ou mêmes pratiques politiciennes ?

dimanche 21 décembre 2014

Cannabis : le triste et prévisible renoncement du Monde


C’est l’effarant cadeau de Noël du journal qui se veut la référence du journalisme en France : un éditorial soutenant la légalisation du cannabis, avec tout un dossier pour soutenir cette position. Bizarremment, le Monde fait largement l’impasse sur les études scientifiques qui en démontrent tous les dangers



Une aberration pour la santé publique

Le Monde profite du dossier de Terra Nova pour défendre la légalisation du cannabis. Pourtant, il dit que « la consommation précoce et, plus encore, régulière de cannabis est dangereuse, tout particulièrement pour les jeunes ; selon toutes les études scientifiques récentes, elle provoque un ralentissement du développement intellectuel et accentue les risques de troubles psychiques ». Mais ceci ne pèse pas lourd face à l’argent que l’état pourrait gagner en légalisant ce commerce et face à la forte consommation que la pénalisation n’a pas réussie à réduire. En revanche, il est honteux que les décodeurs n’évoquent pas la question de la santé dans son papier « Pourquoi la répression n’est sans doute plus la solution ».

Pourtant, ce n’est pas comme si le Monde n’en avait pas parlé. En septembre 2012, il titrait « Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée », au sujet d’une étude démontrant, sur une durée de 20 ans, que la consommation de cannabis pouvait provoquer une baisse du Quotient Intellectuel de 8 points ! Pire, les troubles de la mémoire et de l’attention perdurent si l’on a commencé à l’adolescence. Outre la dépendance, la liste des effets est effrayante : problème de mémoire (jusqu’à une perte de 50% de la mémoire immédiate pour les gros consommateurs), d’attention, augmentation de 50 à 200% des maladies mentales et troubles comme la schizophrénie ou les psychoses, et réduction du cortex.

La démission habillée en laisser-faire

vendredi 27 octobre 2017

mercredi 15 février 2017

Le Decodex du Monde : entre inquisition et 1984

Les Décodeurs du Monde, qui font souvent – mais pas toujours - un bon travail, ont lancé le Decodex, un outil d’évaluation de la fiabilité de l’information des sites Internet. Mais les premiers listings, avec la mise à l’index de Jacques Sapir ou  Olivier Berruyer, révèlent une chasse aux sorcière bien peu factuelle.



Le Ministère de la Vérité du 21ème siècle

vendredi 19 septembre 2014

La critique révélatrice du Monde contre la grève des pilotes d'Air France


Bien sûr, il sera difficile de faire pleurer sur le sort des pilotes d'Air France, mais le papier du Monde « La grèves des pilotes d'Air France ne se justifie pas », par son caractère sans nuance et même assez biaisé, en dit long sur l'état d'esprit qui règne dans ce quotidien et sur l'évolution récente du débat public.



Une présentation biaisée du débat

Pour le Monde, la messe est dite : les pilotes d'Air France voleraient 20 à 25% de moins que ceux de British Airways ou Lufthansa et leurs salaires seraient 40% plus élevés que ceux de Transavia, la filiale bas coûts d'Air France. Pour un peu, il appelerait à tailler dans le gras... Sauf que, contrairement à de nombreux papiers publiés dans la rubrique souvent intéressante des Décodeurs, la présentation des faits est un peu courte. Un papier du Nouvel Observateur, que l'on n'imagine pas spécialement favorable aux pilotes d'Air France, explique que le niveau des salaires n'est pas si éloigné et que l'écart sur la moyenne vient du fait que les pilotes d'Air France sont beaucoup plus expérimentés.

En outre, l'argumentation du Monde est assez limite : il n'est pas compliqué pour une compagnie de créer une petite filiale à bas coûts qui paie ses salariés moins pour dire ensuite aux autres qu'il faut baisser leur salaire ! Et même s'il est évident que les pilotes d'Air France gagnent plus que 98% de la population, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une des professions qui mérite le plus une forte rémunération étant donné leurs responsabilités, la vie de leurs passagers, et que la formation pour devenir pilote est, heureusement, très dure et complète. Et, plus que le niveau absolu, il serait intéressant de mesurer l'évolution des salaires depuis 30 ans, qui n'a sans doute rien à voir avec ce qui s'est passé dans le monde de la finance ou du sport professionnel, qui ne me semblent pas mériter davantage que les pilotes...

Une course vers le moins disant qui ne peut être arrêtée ?

mercredi 18 février 2015

L'arbitrage Tapie est bien une affaire d’Etat




Fraude sur l’arbitrage ?

L’enquête a logiquement retenu le grave « manque d’indépendance » d’un des trois arbitres, Pierre Estoup, qui avait des liens non signalés avec l’avocat de Bernard Tapie, maître Maurice Lantourne. Les éléments rassemblés par les Décodeurs du Monde sont accablants. En outre, les circonstances sont tout de même extrêmement troublantes. Bernard Tapie, qui a longtemps milité à gauche, a appuyé la candidature de Nicolas Sarkozy en 2007, puis a été reçu à de multiples reprises à l’Elysée après l’accession de son favori à la présidence de la République, et il est difficile de croire que Nicolas Sarkozy n’a pas validé le choix de la procédure d’arbitrage sur un tel cas. Un donné pour un rendu ?

Affaire d’Etat au carré ?

Qui plus est, je persiste à penser que l’on peut totalement contester le bienfondé de la demande de Bernard Tapie. On peut soupçonner que le Crédit Lyonnais a racheté Adidas au ministre d’alors, quelques semaines avant la défaite des législatives de 1993, pour l’arranger, personne n’ayant souhaité racheter l’entreprise à la valeur qu’il avait demandée, pour faire une simple opération blanche. Mais à cette possible première affaire d’Etat, s’ajoute le soupçon qui sort renforcé par ce jugement sur cette procédure d’arbitrage qui ressemble un peu trop à un arrangement entre amis, aux frais des Français, d’une indécence dont les deux principaux protagonistes sont malheureusement un peu trop coutumiers.

Merci donc à la cour d’appel d’invalider cette procédure ubuesque d’abitrage qui avait abouti au versement de 400 millions d’euros à Bernard Tapie. Reste à espérer que le jugement qui sera donné en septembre sur le fond de l’affaire en éclaircira les différentes zones d’ombre.

jeudi 11 décembre 2014

Que penser du projet de loi Macron ?


C’est le sujet législatif de la semaine. Le projet de loi Macron a été présenté en conseil des ministres, puis à la presse hier. Il doit rester comme un marqueur du quinquennat, une des meilleures illustrations du cap libéral assumé par François Hollande, puisqu’il prolonge les travaux de la commission Attali.



Jacques Attali au pouvoir ?

Quand on prend un peu de recul, il y a de quoi être assez estomaqué par ce projet phare de la deuxième moitié du mandat de François Hollande. Bien sûr, il peut exister certaines rentes injustifiées et excessives et il est normal de s’y attaquer et certaines complexités de notre droit peuvent être contre-productives, mais ce projet va bien au-delà. De manière stupéfiante, il s’agit d’un projet néolibéral, qui, sous couvert initialement de redonner du pouvoir d’achat aux ménages, ce qu’avait défendu Montebourg cet été, est un projet global de déréglementation de l’économie française, visant à faire reculer le service public et poussant le détail jusqu’à prévoir quelques dérisoires milliards de session d’actifs.

Encore plus effarant, ce projet fourre-tout est un prolongement du rapport de Jacques Attali de « libération de la croissance », qu’avait en partie mis en place Nicolas Sarkozy. Il est tout de même incroyable de voir ce qu’on appelle la gauche déréglementer plus encore l’économie française deux ans et demi après avoir pris le pouvoir à la droite ! Ainsi, Hollande dépasse Sarkozy sur sa droite sur plusieurs questions économiques. Par exemple, il est assez effarant que ce soit le candidat du PS qui libéralise le travail du dimanche, que le président de l’UMP avait tant de fois appelé de ses vœux mais n’avait pas osé faire. Tout ceci démontre la faillite du débat politique actuel quand il se limite au PS et à l’UMP.

Courant d’air néolibéral

jeudi 23 février 2017